Chronologie de Nice





Reconstitution environnement de la grotte du Vallonnet il
        yPaléolithique : passage de chasseurs-cueilleurs nomades

Paléolithique inférieur

Il y a environ un million d'années :
présence humaine dans la grotte du Vallonnet (Roquebrune).



Vers 600 000 - 540 000 : période glaciaire de Günz.
Vers 480 000 - 430 000 . période glaciaire de Mindel.

400 000 av. JC ? 
Des chasseurs nomades (homo erectus) s'établissent à Terra Amata (sur le littoral, à 26 m au-dessus du niveau actuel de la mer).
Ils apprennent à maîtriser le feu.
Panorama site de Terra Amata il y a 400 000 ans

Vers 240 000 - 180 000 : période glaciaire de Riss.

Cabane de chasseurs Homo Erectus dans la grotte du Lazaret,
        dessin tiré d'une conférence d'Henry de LumleyPaléolithique moyen

170 000 av. JC ? 
Des nomades (homo sapiens primitif) s'installent dans la grotte du Lazaret.







Il y a environ 120 000 à 10 000 ans : dernière grande glaciation (période glaciaire de Würm).

45 000 - 10 000 : grottes de Balzi-Rossi (Grimaldi)

Nouveau refroidissement vers 10 000 - 9 000 av. JC, sans glaciation complète.

Nissa ligure (Xe-Ier millénaires av. JC) : premiers habitats sédentaires

Les premiers habitats sédentaires sont identifiés en pays niçois à partir du VIe millénaire av. JC. Les sites se trouvaient alors en bord de mer ; aujourd'hui, ils sont à flanc de colline.
Ces premiers résidents permanents peuvent-ils déjà être qualifiés de "Ligures" ? Dans les textes anciens, le nom de Ligures apparaît au Ier millénaire av. JC pour désigner les habitants du littoral méditerranéen "du Rhône à l'Arno" (ou plus strictement "du Var à la Magra", selon d'autres interprétations). Les tribus en questions présentent alors des caractéristiques culturelles étonnamment homogènes et distinctives, alors qu'elles n'ont manifestement aucun contact régulier : cette observation permet de les considérer comme "un peuple", même si leur origine et leur histoire restent énigmatiques. Il est pertinent d'attribuer ce nom, arbitrairement, aux autochtones de la région (donc aux peuples ci-dessous), et de considérer qu'ils auront subi ensuite de nombreuses influences extérieures, au fil des millénaires et au gré des mouvements migratoires en Europe.

Colline de Caucade

Autour de 5700 av. JC (Néolithique ancien).

Colline de Cimiez

Le site de Giribaldi présente des vestiges de communautés paysannes datés de 4700 à 4000 av. JC (Néolithique moyen).

    
La vallée du Paillon et le site de Giribaldi au Néolithique moyen (reconstitutions par Michel Grenet).

Mont Bego

IIIe millénaire av. JC ? Gravures dans la vallée des Merveilles. 
  https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/19/Vall%C3%A9e_des_Merveilles_103.jpg/306px-Vall%C3%A9e_des_Merveilles_103.jpg?uselang=fr
Illustration par Pierre Joubert d'un berger de la vallée des Merveilles. - Le "sorcier".

Le pays niçois est une étroite bande de terre entre les Alpes et la mer, passage obligé entre la péninsule italienne et la vallée du Rhône. Bien avant l'expansion romaine, c'est donc déjà une zone frontalière où s'affrontent les peuples venus d'Italie (notamment les Indo-Européens) et de Provence. Cette caractéristique sera une constante de l'histoire de Nice, de siècle en siècle, jusqu'à nos jours.

L'influence celtique

Avec l'arrivée des peuples indo-européens, les Ligures vont adopter peu à peu leur langue. La nette parenté entre la langue tardive des Ligures et celle des Celtes (constatée notamment dans les toponymes) laisse penser que ces derniers, à une époque indéterminée, ont pu se mêler étroitement aux autochtones de Ligurie (au point qu'on parle souvent, à partir de ladite époque indéterminée, de peuple "celto-ligure", parlant une langue "italo-celtique").
(Un autre choix terminologique pourrait consister à dire que les "Ligures" sont un peuple apparu à la fin du Ier millénaire av. JC, résultant de la fusion entre le peuple autochtone "X" et des immigrants indo-européens sans doute celtiques.)




Les Védiantiens

Au Ier millénaire av. JC, la tribu ligure des Védiantiens vit entre le Var et la Turbie, entre les Alpes et la mer, sur un espace qui correspond approximativement à ce qui formera le Comté de Nice.
Les Védiantiens construisent un petit oppidum sur la colline du Bois Sacré (Cemenelion, futur Cemenelum, aujourd'hui Cimiez), et un autre sur un rocher en bord de mer (future Nicæa, aujourd'hui colline du Château). Ces deux oppida védiantiens sont apparemment le véritable point de départ du développement urbain de la future commune de Nice.

http://beniculturali.altaviadeimontiliguri.it/beniAVML/resources/cms/images/Ric_Neolitico_d0.jpgDu Var à Monaco, du littoral à la crête des Alpes : c'est là que les Alpes du sud sont à la fois le plus hautes et le plus proches de la mer (Argentera, 3297 m d'altitude à 47 km du littoral).
De l'époque des Ligures jusqu'à nos jours, ce territoire a toujours été considéré comme le confin de la France et de l'Italie (la frontière géographique, insaisissable, étant placée tantôt sur le Var, tantôt à La Turbie).
À l'Ouest (au-delà du Var, donc "au-delà des Alpes" selon Tite-Live), ce sera la Provence : à cette époque, la tribu ligure des Décéates vit autour d'Antibes, et celle des Oxybiens du côté de Fréjus.
À l'est des Védiantiens, les Intéméliens vivent dans la basse vallée de la Roya (Vintimille).

           
Tribus ligures (avec les sites de Caucade et Giribaldi en vert, Nicæa et Cemenelion en bleu) ; territoire des Védiantiens ; langues d'Italie au milieu du Ier millénaire av. JC.

Du fait de leur rencontre avec les Grecs et les Romains, les Ligures sont les premiers habitants de la région à avoir fait l'objet de descriptions écrites.
Les Ligures s'abritent dans des huttes en bois ou en pierres sèches, ainsi que dans les grottes naturelles. Ils aménagent quelques petites places fortifiées (oppida), mais pas de véritable ville.
Selon la description de Pline (Ier s. ap. JC), qui évoque des "Ligures Chevelus", on imagine les Védiantiens avec une barbe épaisse, de longs cheveux ondoyants. Ils portent vraisemblablement des toisons de brebis et des peaux d'animaux sauvages.
Ils se nourrissent de lait, de racines, de fruits, de gibier, d'un peu de bétail, et pratiquent une agriculture rudimentaire (sans grand succès, étant donné les conditions naturelles). Ils préparent une boisson fermentée à base d'orge, ainsi qu'un peu de vin dont ils font commerce.Pline mentionne un délicieux fromage de brebis et des herbes officinales.
Pour chasser ou se défendre, les Ligures ont des arcs, des flèches probablement garnies de pointes en pierre ou en os, des frondes, de courtes épées en fer, de petites haches et des boucliers d'airain de forme oblongue.
Ils sont souvent pâtres et bûcherons, les montagnes étant couvertes de pâturages et de forêts. Ils élèvent en plein air des chevaux de petite taille et des mulets.
Avec leurs magnifiques arbres de 8 pieds de diamètre (probablement une espèce d'if) aux veines multicolores, ils font des tables valant celles de citronnier.
Les Ligures sont aussi de bons navigateurs. Dans leurs petites embarcations, ils se livrent à un commerce très actif et, parfois, à la piraterie.
Leur principal centre commercial est Gênes (qui était déjà une grande ville au Ve siècle av. JC). Depuis leurs ports, les Ligures naviguent dans toute la Méditerranée jusqu'à Gibraltar.
Leur vision du monde est animiste : ils ne vénèrent pas de divinités spécifiques mais vivent en communion avec tous les esprits de la nature, sous la protection d'une Mère créatrice et salvatrice. Le pin et l'olivier occupent certainement une place prépondérante dans leur environnement sacré. Les morts sont incinérés.

Les auteurs grecs admirent leur sobriété et la simplicité de leurs mœurs. Ils les représentent comme des hommes infatigables et durs envers eux-mêmes, comme de vaillants guerriers et d'intrépides marins.
De constitution robuste, les femmes prennent part aux mêmes travaux pénibles que les hommes. On raconte qu'il leur arrivait souvent d'accoucher pendant leurs travaux, en plein champ ; dans ce cas, elles allaient plonger le nouveau-né dans les eaux de la source voisine, puis revenaient tranquillement reprendre le travail interrompu.
Les Grecs sont impressionnés par la position sociale des femmes : elles sont honorées et écoutées ; elles interviennent avec une singulière autorité dans les querelles civiles, ainsi que dans les transactions politiques. Cette égalité entre hommes et femmes, voire l'autorité particulière dont elles jouissent dans la société ligure, renforce l'hypothèse d'une organisation "matriarcale".


Nicæa, un comptoir grec chez les Ligures

Au VIe siècle avant JC, les Phocéens, peuple grec issu de Phocée (en Ionie, sur la côté de l'actuelle Turquie), explorent l'Adriatique, l'Italie et l'Espagne, et installent des colonies un peu partout. Dès 600 av. JC, ils ont fondé le port de Massalia (Μασσαλία, Marseille).
Peu après, vers les Ve-IVe siècles, les Phocéens de Massalia créent d'autres comptoirs commerciaux sur le littoral ligure : Nicæa ou Nikaïa (Νίκαια, Nice) et Monaco (Ηρακλής Μονόϊκος) chez les Védiantiens, Antipolis (Αντίπολις, Antibes) chez les Décéates. À Nice, ils s'installent au pied de la colline du Château, sous l'oppidum ligure. Ces Phocéens se livrent à leurs activités commerciales (et plantent notamment les premiers vignobles de la région).
Eux-même issus d'une colonie grecque en terre ligure (Massalia, chez les Salluviens), ils ont certainement déjà une culture composée d'éléments grecs, ligures et celtes, ainsi que l'habitude de vivre en paix avec les autochtones. Ils se mêlent probablement à la population locale, mais sans chercher à l'assimiler. À Nice, les Ve-IIe siècles sont plutôt caractérisés par la cohabitation de deux cultures : ligure et hellénique.

Aucune chronique ne signale de conflit entre Ligures et Phocéens avant l'arrivée des Romains (contrairement à d'autres époques ou à d'autres lieux). Ce constat rend peu probable l'hypothèse étymologique selon laquelle le nom de Nice viendrait du grec nikè, victoire : les Phocéens auront plus vraisemblablement accosté en un lieu déjà désigné par un toponyme ligure en niss-, qu'ils auront transcrit en s'inspirant du toponyme grec "nicæa < nikaïa", attribué fréquemment par ailleurs autour de la Méditerranée à des victoires militaires grecques. En ancien ligure, Nissa (comme son homonyme Nissa en Montferrat, et bien d'autres) pourrait être plutôt une indication strictement topographique, désignant une pointe, un promontoire (soit l'actuelle colline du Château, soit le triangle formé à son pied entre le Paillon et la mer), ou encore une "source".

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/63/Colonie_Grecque_%C3%A0_Marseille_-_Puvis_de_Chavannes.jpg?uselang=fr           



Description des Ligures par Diodore de Sicile (V, xxvi) au Ier siècle av. JC :
Les Ligures habitent un canton sauvage et stérile. Ils mènent une vie misérable, travaillant assidûment à des ouvrages rudes et fâcheux. Comme leur pays est couvert d'arbres, ils sont obligés de passer tout le jour à les couper. Pour cet effet, ils se servent de haches extrêmement fortes et pesantes. Ceux qui travaillent à la terre sont le plus souvent occupés à casser les pierres qu'ils y rencontrent, car ce terroir est si ingrat qu'il serait impossible d'y trouver une seule motte de terre qui fût sans pierre. Cependant, quelque rudes que soient leurs travaux, la longue habitude les leur fait paraître supportables. Ils achètent une très petite récolte par beaucoup de peines et de fatigues. L'assiduité au travail et le défaut de nourriture les rendent extrêmement maigres, mais en même temps très nerveux. Leurs femmes les aident dans leurs travaux, car elles ne sont pas moins laborieuses que leurs maris. Les Ligures vont fréquemment à la chasse et ils réparent, par le nombre des bêtes qu'ils y tuent, la disette de fruits qui règne chez eux. Comme dans leurs chasses ils sont souvent obligés de passer sur des montagnes couvertes de neige et par des lieux très escarpés, leurs corps en deviennent plus forts et plus agiles. La Ligurie étant pour ainsi dire un pays inconnu à Cérès et à Bacchus, la plupart de ses habitants ne boivent que de l'eau et ne mangent que de la chair des animaux domestiques ou sauvages, et quelques herbes qui croissent dans leurs campagnes. Ils passent ordinairement la nuit couchés à plate terre, rarement dans des cabanes, mais plus souvent dans les fentes des rochers ou dans des cavernes creusées naturellement et capables de les garantir des injures de l'air. Au reste, ils conservent en ceci comme en toute autre chose leurs premières et plus anciennes façons de vivre. On peut dire en général que dans la Ligurie, les femmes y sont aussi fortes que les hommes, et que les hommes y ont la force des bêtes féroces. Aussi leur entend-on souvent dire qu'à la guerre, le plus faible Ligure ayant appelé à un combat singulier le Gaulois le plus grand et le plus fort, ce dernier a presque toujours été vaincu et tué. Les Ligures sont armés plus à la légère que les Romains. Ils portent un bouclier à la gauloise et une épée d'une médiocre grandeur. Par-dessus leur tunique ils mettent un ceinturon et leurs habillements sont de peaux de bêtes fauves. Cependant, quelques-uns d'eux ayant servi sous les Romains ont changé l'ancienne forme de leurs armes pour se conformer aux usages de leurs chefs. Ils font paraître leur courage non seulement dans la guerre, mais encore dans toutes les rencontres périlleuses de la vie. Ils courent des risques infinis, lorsqu'ils vont négocier dans les mers de Sardaigne et d'Afrique, s'exposant aux plus horribles tempêtes, dans des barques ordinaires, et qui n'ont point les agrès nécessaires à la navigation.

Ligures et invasion latine (IIe-Ier siècles av. JC)

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239-173 av. JC : première grande guerre entre Ligures et Romains. "Les Ligures, retranchés au fond des Alpes, entre le Var et la Magra, et cachés au milieu de buissons sauvages, étaient plus difficiles à trouver qu’à vaincre. En sécurité dans leurs retraites et par la promptitude à fuir, cette race infatigable et agile se livrait à l’occasion plutôt au brigandage qu’à la guerre. Salyens, Décéates, Oxybiens, Euburiates, Ingaunes, tous surent éluder longtemps et souvent la rencontre de nos armées ; enfin, Fulvius entoura leurs repaires d’un vaste incendie ; Baebius les fit descendre dans la plaine, et Postumius les désarma totalement si bien qu’à peine leur laissa-t-il du fer pour cultiver la terre" (Florus, II, iii).
Vers 189, les Ligures infligent un revers militaire à la légion romaine de Lucius Baebius Dives se rendant en Hispanie (Tite-Live).

154 av. JC. La cohabitation des Phocéens avec les Ligures de Provence (Oxybiens et Décéates) devient, elle aussi, conflictuelle. Les Romains s'allient alors aux Phocéens pour combattre les tribus ligures. Campagne de Quintus Optimus en 154 av. JC entre Nice et la Siagne. À l'issue de cette guerre, la République romaine annexe tous les territoires ligures à l'est du pays niçois, dans la plaine du Pô et sur le littoral ("Gaule cisalpine").



Années 120 av. JC
campagne de Fulvius Flavius en 125 av. JC dans la vallée de la Durance ; campagne de Sextius Calvinus en 124/122 av. JC à Entremont.
La République romaine finit par conquérir la Provence vers 122 av. JC : ce nouveau territoire romain prend le nom de "Gaule transalpine".
Le pays niçois fait alors partie d'un couloir alpin où les Ligures restent libres, entre les Gaules cisalpine et transalpine. 
  • Pendant la guerre contre Jugurtha (de 112 à 105 av. J.-C.) et la guerre des Cimbres (de 104 à 101 av. J.-C.), les Ligures servent de troupes auxiliaires dans l'armée romaine. Au cours de ce dernier conflit, ils jouent un rôle important lors de la bataille d'Aix. (Salluste et Plutarque)


Au milieu de ces fréquentes bagarres, les Védiantiens ne sont jamais mentionnés dans les chroniques militaires. Pourtant, Romains et Oxybiens doivent nécessairement traverser leur territoire pour s’affronter. Les Védiantiens étaient donc sans doute pacifiques ou sans défense – ou peut-être avaient-ils déjà appris au fil des siècles, bien avant l'arrivée des Romains, qu'il est inutile de lutter contre des envahisseurs qui ne cesseront de revenir et qui trouveront toujours le moyen d'obtenir ce qu'ils désirent (leçon qui restera d'actualité dans les millénaires suivants).
Pendant ces décennies de guerre, les Védiantiens sont donc fréquemment en contact avec les armées de la République romaine, avec les guerriers ligures et grecs de Provence, ainsi qu'avec les voisins ligures de "Gaule cisalpine", rapidement latinisés. Pendant toute cette période, la langue des Ligures a déjà subi une forte influence latine.


Sous la République, les Romains ont seulement cherché à traverser les Alpes, non à soumettre formellement ces territoires.
Image illustrative de l'article AugusteL'empereur Octave Auguste renforce l'autorité romaine en Gaules et pérennise la présence militaire dans le couloir des Alpes :
28 av. JC : fondation de Turin.
14 av. JC
: fondation d'un camp militaire en pays védiantien, à Cemenelion (au pied de la colline du Bois Sacré), où débouche la route venant d'Italie.
Les Alpes-Maritimes deviennent un protectorat de l'Empire romain : l'armée y tient garnison, mais le territoire n'est pas véritablement intégré à l'Empire. Par contre, dans le cadre de la réforme administrative de l'an 6 ap. JC, les Ligures orientaux, de l'autre côté de La Turbie, seront englobés dans la région IX d'Italie. À Suse, à l'entrée des Alpes cottiennes, un arc de triomphe (vers 9 av. JC) célèbre la victoire d'Auguste sur les tribus des Alpes. De même, à La Turbie, point culminant de la voie romaine entre Vintimille et Cemenelum (entre les territoires des Intimilii et des Vediantii), érection du Trophée des Alpes (6 av. JC).

 
Le village actuel de La Turbie. - Les Ligures enchaînés (détail du Trophée d'Auguste).

Cemenelum, capitale romaine à l'aube du christianisme (Ier-IIIe siècles)

DrapeauVers l'an 63 (sous Néron), une fois la pax romana établie, Cemenelum devient capitale de la province romaine des "Alpes-Maritimes". En tant que territoires stratégiques, les quatre entités administratives qui contrôlent les cols des Alpes – Alpes-Maritimes, Alpes-Cottiennes (Suse), Alpes-Grées (Aime puis Moûtiers) et Alpes-Pennines (Martigny) – sont des "provinces impériales", c'est-à-dire qu'elles sont gouvernées par un procurateur désigné directement par Rome et que l'armée y est en garnison en permanence (contrairement à la Gaule transalpine dite "Narbonnaise" et à l'Italie, qui sont des provinces sénatoriales). Les Ligures de la région sont définitivement intégrés à l'Empire. La latinisation s'impose et l'assimilation est rapide.

La ville se développe ; elle est équipée de thermes, d'arènes, de commerces...
Outre la vie sociale, la vie spirituelle s'adapte aussi aux mœurs romaines. L'inhumation se substitue à l'incinération traditionnelle. Les esprits qui peuplaient l'univers spirituel ligure s'identifient sans peine aux divinités romaines : la divinité Cybèle, Magna Mater, offre un support parfait pour incarner les esprits de la nature et illustrer l'autorité de l'ancienne société matriarcale ; Attis devient la représentation du pin, etc. De même, la légende fait d'Hercule un héros fondateur, qui créa le port de Villefranche lors de sa traversée des Alpes en revenant d'Espagne. Mais la religion romaine n'aura guère le temps de s'ancrer dans les esprits. Tandis qu'on grave encore, en latin, des inscriptions votives aux déesses mères védiantiennes ("NVMINIBVS MATRVM VEDIANTEIARVM..."), le christianisme fait déjà son apparition, introduit dans la région par saint Barnabé à l'époque même des missions de Paul. Saint Nazaire prêche à Cemelenum, d'où il est rapidement chassé, avec son jeune disciple niçois Celse, par le préfet Dinovatus ; le corps de saint Tropez, martyrisé à Rome sous Néron et recueilli du côté de Fréjus, fait l'objet d'un culte jusqu'à Nice.



         

Deux épisodes contemporains, autour du règne de Néron : une inscription votive aux divinités maternelles védiantiennes (>61), et les chrétiens Nazaire et Celse chassés de Cemenelum (vers les années 50).


Publius Helvius Pertinax [buste ci-contre] serait né en 126 quelque part à la campagne entre Nice et Monaco, peut-être à La Turbie ou à Peille (mais d'autres sources le font naître à Albe, en Piémont). Il sera empereur de janvier à mars 193.



Au IIIe siècle, la population de Cemenelum est d'environ 20 000 habitants.
   
Gauche) En gris : les sites néolithiques de Caucade et de Giribaldi. En bleu : les sites ligures de Nissa et de Cemenelion. Le fond de carte représente la colonisation romaine du pays védiantien.
Droite) Développement de deux centres urbains à partir des anciens oppida ligures : Nicæa en bord de mer et Cemenelum au premier plan. On distingue le bois sacré au sommet de la colline. (Dessin de Jean-Claude Golvin.)

Nice paléochrétienne

Le christianisme s'ancre véritablement à Nicæa et à Cemenelum à partir du IIIe siècle (il sortira de la clandestinité en 313 sous l'empereur Constantin).

http://www.nicerendezvous.com/images/stories/visite/nice-ste-reparate-182.jpgUn évêché est fondé à Nicæa, sur le site de l'ancien oppidum ligure.
  • Saint Basse est considéré comme le premier évêque de Nicæa ; il est martyrisé à Nice sous l'empereur Dèce, vers 252 ("brûlé de lames rougies puis percé de deux grands clous jusqu'au dernier soupir").
Sainte Réparate (originaire de Césarée, en Palestine) serait morte en 250, à l'âge de 15 ans [ci-contre, tableau d'Hercule Trachel à la Cathédrale], dans le cadre des mêmes persécutions de l'empereur Dèce. Selon la légende, elle fut décapitée et son corps placé dans une barque qu'on laissa dériver sur la Méditerranée. L'embarcation atteignit les côtes niçoises, où ses restent furent ensevelis.


  • En 314, une délégation de Nicæa (le diacre Innocent et l'exorciste Agapius) participe au concile d'Arles. 
  • Armantius est évêque de Nicæa en 381-439. 




Au IIIe siècle, le Romain saint Pons aurait évangélisé la vallée de l'Ubaye. En 257, sous l'empereur Valérien, il est martyrisé à Cemenelum (décapité) [ci-contre, tableau à l'abbatiale].
À la même époque, saint Dalmas prêche dans les montagnes.

297. Réforme territoriale de Dioclétien. Fusion des anciennes Alpes-Cottiennes et Alpes-Maritimes. La nouvelle province des Alpes-Maritimes a pour capitale Embrun (et est intégrée au "diocèse de Vienne", avec la Narbonnaise, dans la partie occidentale de l'Empire). C'est le début du déclin de Cemenelum.


Cemenelum aura aussi son évêché au Ve siècle :
  • saint Valérien, premier évêque de Cemenelum en 439-455.

     
Sainte Réparate, saint Basse, saint Pons et saint Valérien sur la façade de la cathédrale [Wikipedia].





https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fb/Head_Constantine_Musei_Capitolini_MC1072.jpg/159px-Head_Constantine_Musei_Capitolini_MC1072.jpg
Vers 318, Constantin a réorganisé les divisions de l'Empire. Les Alpes-Maritimes deviennent une province du "diocèse des Sept-Provinces", en Gaule (avec la Narbonnaise et la Viennoise).



Sous l'influence du christianisme, les divinités romaines, qui s'étaient déjà associées aux esprits ligures, s'identifient à leur tour aux saints chrétiens. À Cimiez, par exemple, "saint Sylvain" remplace sans peine le culte du dieu des forêts. De même, "sainte Marie Mère de Dieu" remplace Cybèle, les déesses mères, et plus généralement les esprits suprêmes de la nature qu'on vénérait dans la société "matriarcale" des Védiantiens ; elle gardera ce statut particulier jusqu'à nos jours.
Le monastère de Laghet sera sans doute érigé sur l'emplacement d'un ancien temple romain dédié à Cybèle et/ou d'un sanctuaire védiantien : les légendes mentionnent la déesse mère, associée à la métamorphose de personnages mythologiques en pin, en hirondelle, etc.

Alors que Constantin, en officialisant le christianisme, pensait pouvoir en maîtriser la force politique, une nouvelle division idéologique apparaît autour de la controverse arienne. En 325, au concile de Nicée, Rome rejette l'arianisme, qui devient alors une force religieuse et politique d'opposition.

Au milieu du Ve siècle, les papes Léon Ier le Grand et Hilaire réunissent l'évêché de Cimiez à celui de Nice. Auxianus est évêque vers 464.


Nice et les invasions germaniques

Au Ve siècle, les Goths, peuple germaniques arrivés par l'Europe centrale et les Balkans, constituent des royaumes ariens qui vont finir par renverser l'Empire romain. En 410, ils marchent sur Rome (sous le règne de leur roi Alaric). Ils passent les Alpes et occupent toute l'Europe méditerranéenne.



Les Alpes maritimes sont convoitées par trois royaumes germaniques concurrents :
  • les Wisigoths s'établissent à l'ouest (notamment en Provence), capitale Toulouse, roi Euric en 466-484 ; 
  • les Ostrogoths restent en Italie, capitale Ravenne, roi Théodoric en 477-526 ; 
  • les Burgondes tentent aussi de consolider leur royaume dans la vallée du Rhône, roi Gondebaud v.480-516. 
Trois autres peuples germaniques arriveront peu après :
  • les Francs (par l'ouest, en descendant la vallée du Rhône) ;
  • les Lombards (par l'est, en remontant la plaine du Pô) ;
  • les Saxons (également par l'Italie).

Entre les royaumes germaniques (Ve-VIIIe siècles)

À la chute de l'Empire romain d'Occident, dans un premier temps, l'ancienne province des Alpes-Maritimes reste livrée à elle-même. Les habitants retrouvent leur indépendance, tandis que le territoire est traversé par les uns ou les autres au gré des guerres et des mouvements migratoires, comme c'était le cas avant la conquête latine.



En 508-511, Théodoric [portrait ci-contre sur une médaille] lance une campagne dans le sud de la Gaule : les Ostrogoths se rendent maîtres de la Provence.
Au milieu, les Alpes du sud sont donc englobées dans cette nouvelle entité.
Pendant ce temps, dans la vallée du Rhône, les Francs, peuple germanique issu de la mer du Nord, conquièrent le territoire des Burgondes.



Dans les années 530, les Francs s'emparent de la Bourgogne et de la Provence, et arrivent donc au bord du Var. À l'ouest des Alpes, la constitution du royaume franc met un terme aux conflits entre Burgondes et Wisigoths. À l'est, les Ostrogoths (roi Vitigès) règnent sur la Ligurie.

Un certain Magnus est évêque de Nice en 549-581.

En 554, l'empereur byzantin Justinien réorganise l'Empire romain d'Orient. C'est la fin du règne des Ostrogoths. Mais tandis que le littoral génois forme une province byzantine, les Lombards affirment leur autorité dans la plaine du Pô et lancent des raids pour s'étendre vers les Alpes.
Dès lors, Nice se trouve à la frontière entre les Francs (Provence et Bourgogne) et les Lombards.



En 575, lorsque les Lombards franchissent les Alpes pour entrer en Provence, Cemenelum est assiégée et totalement détruite.
La cité romaine ne sera jamais reconstruite : les habitants l'abandonnent et se replient sur la colline de Nicæa, où ils tentent de se défendre tant bien que mal.


Les ruines de Cemenelum au XIXe s. (Clément Roassal)


En 577, des Saxons franchissent les Alpes maritimes en direction de la Provence, commettant encore de grands pillages en passant par Nice.

Austadius et Catulinus sont évêques de Nice dans les années 580.

Au VIIe siècle, pour se défendre face aux invasions lombardes, la cité niçoise adhère la Ligue génoise (617), fédération de cités indépendantes.



Les invasions lombardes cesseront en 774 avec la conquête de la Lombardie par Charlemagne : le Comté de Nice est alors englobé dans ce qui va devenir l'Empire franc (800).

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/70/Frankish_Empire_481_to_814-fr.svg/640px-Frankish_Empire_481_to_814-fr.svg.png  

Entre Francs et Maures (VIIIe-Xe siècles)

Charlemagne se rend en Provence. À cette époque (ou au début du IXe siècle), saint Syagre, neveu de l'empereur et évêque de Nice, fonde l'abbaye de Saint-Pons.

     
Portrait de Charlemagne sur une médaille. - Saint Syagre représenté sur la façade de la cathédrale de Nice.

Si Nice, dans l'Empire franc, n'est plus un territoire frontalier sur le continent, sa position sur le littoral méditerranéen en fait tout de même le théâtre des affrontements entre Francs et Maures. En effet, depuis le début du VIIIe siècle, les Francs (Charles Martel) tentent de repousser les invasions "sarrasines" (plus exactement maures, c'est-à-dire des peuples musulmans d'Afrique du Nord et d'Espagne). En outre, à cette époque, les côtes sont visées par de nombreux corsaires normands (notamment en 778, lors de la venue de Charlemagne).

En 813, Nice est attaquée et pillée par les Maures d'Espagne (Émirat de Cordoue).



Après la mort de Charlemagne, le royaume est partagé entre ses trois petits-fils (traité de Verdun, 843). Nice se trouve dans la partie attribuée à Lothaire Ier (Lotharingie, ou Francie médiane, berceau du futur Saint-Empire).
Dès la mort de Lothaire (855), la Lotharingie est divisée : Nice se trouve alors entre les territoires de Charles (roi de Provence) et de Louis II (roi d'Italie).

   
Nice dans le sud de la Lotharingie (843) ; en Italie (870) ; entre Italie et Provence (879)

À partir de 890 (et jusqu'à 983), les Maures d'Espagne établissent une colonie fortifiée au Fraxinet, dans le golfe de Saint-Tropez (d'où le nom de "massif des Maures"). De là, ils effectuent des raids sur tout le littoral provençal et italien. Le château de Nice est de nouveau attaqué.



À cette époque, les biens des églises, notamment les reliques, sont mis à l'abri pour échapper aux razzias mauresques. C'est à cette ocasion que le corps de saint Basse est emporté en Italie orientale ; celui de saint Pons en Languedoc (Thomières) ; etc.

Les Maures se rendent maîtres des routes des Alpes. 

Une cité maritime sous l'influence du Saint-Empire (Xe-XIIIe siècles)

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a0/Armoiries_Saint-Empire_monoc%C3%A9phale.svg/200px-Armoiries_Saint-Empire_monoc%C3%A9phale.svg.png?uselang=frEn 962, le roi d'Italie Otton Ier [ci-contre avec son épouse sainte Adélaïde à la cathédrale de Meissen] devient empereur d'un nouvel empire romain en Europe : le "Saint-Empire romain germanique".
Le comté de Nice se trouve maintenant entre le royaume de Bourgogne (Provence) et le Saint-Empire (Italie). Nice restera dans la zone d'influence du Saint-Empire jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
La ville de Nice commence à former une entité bien identifiée, gérée de façon plus ou moins autonome, entre Provence et Italie. C'est l'époque des "cités impériales" organisées comme de petites républiques autonomes.

En 983, les Maures sont définitivement chassés du continent (mais les affrontements avec l'Afrique du Nord continueront en mer jusqu'au XIXe siècle).
Les documents écrits commencent à garder la trace de notables niçois. Des seigneurs émergent, qui se partagent apparemment les terres et financent les oeuvres religieuses. Odile, "vicomtesse de Nice" (976-1032), et son mari Miron semblent être des personnalités importantes, qui possèdent et/ou gouvernent des terres considérables à Nice. Leur fils Pons devient évêque de Nice.

1032-1034 : guerre de succession de Bourgogne (entre l'empereur Conrad II et Eudes de Champagne). Conrad II devient roi de Bourgogne, et la Provence est donc intégrée au Saint-Empire. Le Comté de Nice cesse pour quelques siècles d'être un territoire frontalier.
En 1040, le Pape Benoît IX quitte l'Italie et se rend en Provence.

En 1044, une chronique mentionne la "commune de Nice", petite cité médiévale fortifiée, sur le site de l'ancienne Nicæa. On y parle occitan, comme dans tout le littoral méditerranéen des Alpes à la péninsule ibérique.

Au XIe siècle, les chrétiens retrouvant une certaine tranquillité en Europe, on entreprend de reconstruire les églises (notamment la cathédrale de Nice, Saint-Marie de l'Assomption, au Château). L'église Saint-Tropez (disparue, qui se trouvait sans doute au pied du Château, à l'est) est donnée aux moines de Lérins.

En 1108, la cité de Nice devient une petite République maritime (sur le modèle d'Amalfi, Pise, Gênes ou Venise), cité autonome au sein du Saint-Empire (Marseille en deviendra une par la suite).
Nice s'allie avec Gênes et Pise pour repousser les comtes de Provence.

 

Finalement, le comte de Provence Raymond-Bérenger IV parvient à s'emparer du pays niçois en 1229 et à l'intégrer à ses terres.

Nice en Provence sous le Saint-Empire (1229-1381)

Le bref épisode provençal de la commune de Nice va de l'annexion de 1229 à la guerre civile de 1381.

La dynastie d'Aragon (1229-1246)

1229. Soumission de la commune de Nice par le comte de Provence Raymond-Bérenger IV (les comtes d'Aragon règnent sur la Provence depuis 1112).

 

La dynastie d'Anjou (1246-1388)

1246-1285. Règne du comte Charles d'Anjou
Le troubadour Raimont Feraut est né à Ilonse en 1245. Il passe plusieurs années à la cour du comte Charles, puis se retire au monastère de l'île Saint-Honorat, où il compose des poèmes en occitan (notamment la Vie de saint Honorat).

1309-1343. Règne du roi Robert d'Anjou
En 1340, avec 13 500 habitants, Nice est la troisième ville de Provence (après Arles et Marseille).
1343-1382. Règne de Jeanne, reine de Naples et comtesse de Provence
La fin du XIVe siècle est marquée par des épidémies de peste et par la guerre. La
population va tomber à 4 ou 5 000 habitants.
1381
. Début de la guerre civile en Provence : la succession du royaume de Naples est disputée entre la famille de Louis d'Anjou (Marseille, Arles) et celle de Charles de Duras (Aix, Tarascon, Nice).
1388. À l'issue de cette guerre de succession, les Duras perdent le pays de Nice, qui se place sous la protection du comte de Savoie Amédée VII "le Rouge".
Le territoire en question prend le nom de "terres neuves de Provence". I
l est composé des vigueries de Nice, du val de Lantosque, de Puget-Théniers et de Barcelonnette.

Nice dans les États de Savoie (1388-1860)

Prise aux comtes de Provence en 1388, et avant d'être annexée par la France en 1860, Nice fait partie pendant cinq siècles des États de la maison de Savoie.

Sous les comtes de Savoie

28 septembre 1388 : Amédée VII reçoit la Dédition de Nice. Il s'agit d'un accord juridique qui définit les droits et devoirs mutuels du pays niçois et de la Maison de Savoie.
Le 12 novembre 1391, les communautés des "terres neuves de Provence" prêtent allégeance définitive à Amédée VII.

En 1416, le comté de Savoie devient Duché.

Sous les ducs de Savoie

Nice joue un rôle crucial dans le duché : c'est un rempart qui doit protéger le littoral.

Au milieu du XVe siècle, la ville retrouve une prospérité fondée sur le commerce avec l'Italie et toute la Méditerranée orientale, et le transit vers le Piémont.

1481. La Provence est intégrée au Royaume de France.
1489. Souveraineté de Monaco.


Au début du XVIe siècle, les souverains savoisiens entreprennent de transformer la colline en citadelle.
Construction de la citadelle de Nice, des forts de Mont-Alban, Villefranche, Saint-Hospice, Eze, La Turbie.

1526. Les "terres neuves de Provence" deviennent officiellement "comté de Nice", au sein des États de Savoie. Depuis 1524, le territoire est augmenté de la région de Dolceaqua (acquisition de Charles III de Savoie). C'est la première unification du "pays de Nice".



En 1536, le duc Charles II se trouve pris dans un conflit géopolitique et familial entre le roi de France François Ier et l'empereur Charles V de Habsbourg ("8e Guerre d'Italie"). Son duché étant dans la sphère d'influence du Saint-Empire, les troupes françaises envahissent la Savoie et une partie du Piémont. Le duc s'échappe avec sa famille et ses biens les plus précieux, notamment le Saint-Suaire (acquis par la famille de Savoie en 1452, lorsque son héritière Marguerite de Charny en fit don à la duchesse Anne, épouse de Louis Ier ; en 1502, Philibert II le Beau le fit transférer au palais ducal de Chambéry, dans la Sainte-Chapelle). Charles II et sa famille se réfugient d'abord à Verceil, puis à Nice en 1537. Le 30 mars 1537, Vendredi Saint, le linceul est présenté au peuple du haut de la tour St-Elme (à peu près à l'emplacement de l'actuelle tour Bellanda).
Le pape Paul III tente d'aider les deux parties à trouver une issue au conflit. À cet effet, il organise un congrès, au printemps 1538, pour réunir les intéressés à Nice. Mais les Nicois refusent d'ouvrir les portes de la ville à des soldats étrangers. Finalement, le pape loge au couvent Sainte-Croix (où une Croix de Marbre sera érigée en 1568 pour commémorer ce Congrès de Nice) ; Charles V reste sur sa galère à Villefranche ; et François Ier réside au château de Villeneuve-Loubet. Le Congrès de Nice débouche sur une trêve, mais la paix ne durera guère.

En 1543, Francois Ier rompt la trêve de 1538 : alliés aux Ottomans (Soliman le Magnifique), les Francais assiègent Nice ("9e Guerre d'Italie").

Les troupes françaises du duc d'Enghien et la flotte turque du bey de Tunis Barberousse (
Khayr-al-Din) parviennent à prendre et piller la ville basse, mais la citadelle résiste.

C'est au cours de cet épisode que la lavandière Catarina Segurana aurait héroïquement mis en fuite les assaillants, en allant se battre sur les remparts.




1553-1580 : règne du duc de Savoie Emmanuel-Philibert
 
1580-1630. Règne du duc de Savoie Charles-Emmanuel
En 1639 (sous Charles-Emmanuel II), création du Collegium jurisconsultorum niciensium, ancêtre de l'Université de Nice. Elle sera bientôt suivie d'une École de médecine.

 

1691-1696 : Guerre de la Ligue d'Aubsbourg => 2e siège français
  • Le 4 avril 1691, ravagé par deux explosions, le Château doit se rendre à Nicolas de Catinat. Les Français occupent Nice et le Comté pendant 5 ans.
  • Louis XIV se proclame "comte de Nice". 


Le 29 août 1696, Nice et son comté sont rendus au duc de Savoie Victor-Amédée II.
1705-1713 : Guerre de Succession d'Espagne => 3e siège français
  • En avril 1705, une nouvelle invasion (sur ordre de Louis XIV) aboutit à la prise de la ville le 14 novembre. Le siège dure 51 jours, et la ville ne se rend (le 4 janvier 1706) qu'une fois le château et les murailles complètement détruits.
  • Louis XIV est à nouveau "comte de Nice".
  • Du 13 février au 25 juillet 1706, les Français procèdent au "rasement du château et du corps de la place de Nice". L'enceinte, la citadelle et ses annexes disparaissent, de même que le fort Saint-Hospice, sur le Cap Ferrat.
1713 : signature du traité d'Utrecht, qui rend le comté de Nice à la Savoie. Mais la France garde Barcelonette. En 1718, une frontière est tracée entre le comté de Nice et la France.
En 1713, Victor-Amédée II reçoit le royaume de Sicile : Nice-Villefranche devient le port d'un royaume maritime.


   
L'Europe en 1713. -
Victor-Amédée II, roi de Sicile (monastère de Saorge).

En 1720 (Traité de La Haye, à l'issue de la Guerre de la Quadruple-Alliance), Victor-Amédée II échange la Sicile contre la Sardaigne.

Le royaume de Sardaigne

1720. Le comté de Nice fait maintenant partie du "royaume de Sardaigne".

1735. Dans le cadre de la guerre de succession de Pologne (1733-1738), les États-Sardes s'allient à la France contre les Autrichiens. Les combats en Lombardie et dans le duché de Parme font des ravages dans les rangs de l'armée.


 1744-1748. Occupation française (Guerre de succession d'Autriche).
 


     

Les Anglais, alliés du roi Charles-Emmanuel III, découvrent Nice.

Nice, qui a perdu toute fonction militaire, se cherche des activités commerciales.
Construction du cours bordé de terrasses-promenades en bord de mer.
Le port est creusé à l'est entre 1749 et 1780.

24 mars 1760. 1er Traité de Turin, qui réajuste la frontière entre le comté de Nice et la France. Cette frontière, qui suit approximativement le cours du Var, sera bornée l'année suivante.

1760-1770. Une nouvelle vocation s'amorce pour Nice : le tourisme hivernal avec l'arrivée des Anglais d'abord, puis d'aristocrates européens de plus en plus nombreux. A partir de 1755, on y voit Lady Fitzgerald, puis les ducs d'York et de Gloucester, Lord et Lady Cavendish, le prince de Brunswick, les duchesses de Penthièvre et de Bourbon-Condé, l'archiduc de Milan Ferdinand.

En 1787, 115 familles étrangères séjournent à Nice, où un casino, un théâtre, une gazette sont créés à leur intention.

1792-1814 : occupation française  
  • Irruption des armées révolutionnaires françaises dans le comté de Nice (28-29 septembre 1792). Tandis que la guerre se poursuit dans les Alpes entre l'armée alliée et l'envahisseur français, le comté est annexé (31 janvier 1793), de même que la principauté de Monaco. La France crée le département des Alpes-Maritimes (4 février 1793). Ce premier essai d'annexion à la France est un échec : les idées révolutionnaires ne s'imposent pas, la législation française est détournée ou peu appliquée, et ce malgré la victoire finale des troupes françaises (avril-mai 1794) et la cession du comté de Nice à la France par la Sardaigne (15 mai 1796).
  • En 1804, Napoléon proclame l'Empire. En 1805, l'arrondissement de San Remo est intégré au département des Alpes-Maritimes.


Napoléon abdique le 6 avril 1814. Le 30 mai 1814 (traité de Paris), Nice revient à la maison de Savoie (et Monaco retrouve son autonomie).
La frontière rétablie entre le comté de Nice et la France sera à nouveau bornée en 1823.

1814-1847 : Restauration

Le roi Victor-Emmanuel reprend possession de ses États. Le Palais de Nice devient l'une de ses résidences royales.
La ville dépasse 23 000 habitants en 1814, et atteint 25 000 en 1820.

En 1815, le Congrès de Vienne cède l'ex-république de Gênes à la Maison de Savoie. Gênes devient le port principal du Royaume, et l'activité maritime et commerciale de Nice-Villefranche commence à décliner (malgré la restauration des franchises du port par Charles-Félix).

1826-1827.
Première visite du roi Charles-Félix.
1829-1830. Seconde visite de Charles-Félix.

En 1832, un plan régulateur est établi pour normaliser le développement de la ville : le "Consiglio d'Ornato".
1835 : achèvement de la future place Massena.

1848-1860 : Risorgimento

En 1848, le roi Charles-Albert abolit l'absolutisme et accorde au royaume une constitution parlementaire (le "Statuto").

1848-1849 : Première guerre d'indépendance italienne en Lombardie. Les États-Sardes adoptent le drapeau tricolore des révolutionnaires italiens. Garibaldi et Anita rentrent d'Amérique. Abdication de Charles-Albert.

Dès 1849, vraisemblablement, les territoires frontaliers font déjà l'objet de négociations secrètes entre le président français Louis-Napoléon Bonaparte et le nouveau roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II.
2 décembre 1851. Coup d'Etat en France : le président Louis-Napoléon Bonaparte se proclame empereur.
La présence des investisseurs français s'intensifie, et le gouvernement sarde commence à abandonner le Comté : en 1853, Turin retire les franchises du port de Nice (incompatibles avec l'abolition des privilièges entreprise en 1848).
1854. Éclairage au gaz dans les rues de la ville.
1855-1856 : Guerre de Crimée. les États-Sardes s'allient à la France pour combattre la Russie.
1856. Visite de l'impératrice russe Alexandra Fedorovna, veuve de Nicolas Ier. Victor-Emmanuel II la reçoit au Palais royal. Alexandra fait édifier la première église orthodoxe de la Côte d'Azur (rue Longchamp, construite en 1859, inaugurée en janvier 1860).
1858. "Entrevue de Plombières" entre Cavour et Napoléon III pour négocier Nice et la Savoie en échange d'un soutien militaire français contre l'Autriche.
1859. Construction des futures Galeries Lafayette.

1859. Deuxième guerre d'indépendance italienne en Lombardie, cette fois avec une aide militaire de la France. Les États-Sardes conquièrent la Lombardie.



24 mars 1860. Annexion à la France :
1861. Victor-Emmanuel II est proclamé roi d'Italie.

Nice en France

1860-1870 : l'Empire

Le comté de Nice devient le chef-lieu des "Alpes maritimes". Cet épisode impérial ne durera que dix ans.
À l'occasion de ce redécoupage, le comté est amputé de la région de Tende. La France crée à nouveau un département des Alpes-Maritimes, en y ajoutant cette fois l'arrondissement de Grasse (qui faisait partie du département du Var, en Provence).
Le Palais royal devient le siège de la Préfecture des Alpes-Maritimes.



1864. Arrivée du chemin de fer.
Napoléon III reçoit le tsar Alexandre II dans l'ancien palais royal.

1865 : mort à Nice du tsarévitch, le grand-duc Nicolas Alexandrovitch (frère aîné du futur Alexandre III).

En 1869, inauguration de la statue de Masséna, commémorant les victoires françaises de 1792-1812.

Depuis 1871 : la République 

8 février 1871. "Vêpres niçoises". Suite à la chute de l'Empire et à la proclamation de la République, les élections législatives sont massivement favorables aux candidats séparatistes (à 74 %). Le préfet étouffe les résultats du vote et réprime un soulèvement populaire.
Le 30 avril, les élections municipales confirment ce refus de l'annexion française.

1880-1914. Tourisme hivernal de luxe et croissance urbaine

Construction d'hôtels sur la Promenade des Anglais : le West-End, le Westminster en 1878-79 à l'emplacement de la villa Dalmas où s'était retiré le dey d'Alger après 1830, le Negresco en 1912...

Casino de la Jetée-Promenade, détruit par le feu le jour de son inauguration le 4 avril 1883, puis reconstruit et inauguré le 10 janvier 1891.

En 1889, Sadi Carnot reçoit le roi Léopold II de Belgique à l'ancien palais royal.

En 1891, inauguration de la statue de Garibaldi.

Ouverture de la "Gare du Sud" en 1892. Entre 1891 et 1911, mise en service de la ligne de chemin de fer Nice-Digne (avec un écartement spécifique pour des raisons militaires).
Extension de la ville vers le nord en direction de la nouvelle gare
1895 à 1899 : la reine Victoria passe ses printemps à Nice, sur le colline de Cimiez. L'hôtel Regina est inauguré à son intention en 1897.
Les palaces fleurissent sur la colline de Cimiez : l'Excelcior-Regina (1895-98), le Riviera-Palace (1899), le Winter-Palace (1900), l'Alhambra (1901), le Majestic (1908), l'Hermitage (1910)...

1894, 1897, 1900 : Anton Tchekhov réside à la "Pension russe" (23 rue Gounod).
1900 : construction du palais du Parc Impérial, pour héberger les touristes russes.
1903-1912 : construction de la cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas, à l'initiative de Maria Féodorovna (princesse Dagmar du Danemark, veuve d'Alexandre III) et de l'empereur Nicolas II. L'architecte est Mikhail Préobrajenski (qui a conçu notamment la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski de Tallinn). Inauguration en 1912 en présence de la grande-duchesse Anastasia.

En 1896, Félix Faure inaugure le "Monument du Centenaire", commémorant la brève occupation par la France révolutionnaire.


1914-1918 : Première Guerre mondiale

1918-1942. Tourisme estival

1928. Inauguration de la ligne de chemin de fer Nice-Coni.
Style Art-Déco : Palais de la Méditerranée, 1929.
1931. Maurice Maeterlinck (1862-1949) s'installe dans sa villa Orlamonde.

1940-1945. La deuxième Guerre mondiale ravive les conflits entre la France et les États de Savoie et remet sur le tapis la question de l'annexion de 1860.

1939-1940 : "drôle de guerre"
1940 : invasion italienne de Menton. Signature d'un armistice qui démilitarise la région.

1940-1942 : Nice en zone démilitarisée sous le régime de Vichy.

1942-1943. Occupation italienne

1943-1944. Occupation allemande
30 août 1944. Libération et occupation américaine.
Les combats continuent en montagne jusqu'au printemps 1945.


http://fresques.ina.fr/images_v4/imagettes/reperes-mediterraneens/jpegVisionneuse/Repmed00213.jpgL'après-guerre

1945. Air France inaugure la ligne Paris-Nice. C'est le début de l'aéroport international le plus fréquenté de France après ceux de Paris.

L'Italie proclame la République le 2 juin 1946.
10 février 1947. Le Traité de Paris définit un nouveau tracé de la frontière orientale du pays de Nice : Tende et La Brigue sont récupérées par la France et ajoutées au département des Alpes-Maritimes.

1949. Création de l'Otan, organisation de coopération militaire entre le Benelux, la France, le Royaume-Uni, le Canada et les USA. Ils sont rejoints par le Danemark, l'Italie, l'Islande, la Norvège et le Portugal.

1950. Nouvelle explosion urbaine, économique et démographique

1956. Inauguration de la Fontaine du Soleil sur la place Masséna (statues d'Alfred Janniot).

11 septembre 1968. Explosion d'une caravelle d'Air France en provenance d'Ajaccio (vol 1611) en phase d'atterrissage, causée officiellement par un incendie, vraisemblablement par un missile de l'armée française tiré depuis la base de l'île du Levant. 95 victimes. L'épave repose à 2300 m de fond.

1969. Électrification de la ligne Marseille-Vintimille.
1987. Arrivée du TGV.
...

Nice dans le conflit entre la France et l'Algérie

1954-1962Guerre d'Indépendance de l'Algérie
Novembre 1954 : début de l'appel du contingent.
21 avril 1961 : putsch des généraux. Fermeture de l'aéroport de Nice de peur d'un débarquement.
Mars 1962 : cessez-le-feu (accords d'Évian).
Début de l'exode des Pieds-Noirs.
Massacres en Algérie pendant l'été. 
"Rapatriement" massif des Français d'Algérie (Pieds-Noirs, Juifs et quelques harkis), majoritairement en région parisienne et sur le littoral provençal et niçois.


Monuments érigés à Nice en 1973, 2007 et 2012 "aux martyrs de l'Algérie française" et "aux Français d'Afrique du Nord de toutes confessions"

1992-1999. Le GIA
1992. Fondation du Groupe Islamique Armé.
Attaques contre la France, à Alger et en France, en 1994-1996.
Déclaration de djihad contre la France en 1999.





Au XXe siècle, la découverte de réserves de pétrole au Moyen-Orient a placé le golfe persique au centre de la carte géopolitique du monde.

Nice dans le conflit international du monde arabe

1979. Révolution iranienne. Une partie de la famille du shah se réfugie en exil sur le littoral niçois.
Le Moyen-Orient commence à former un bloc islamique indépendant du pôle américain (Otan) et du pôle russe (Urss).

1979-1989 : Guerre d'Afghanistan menée par l'Urss // 1980-1988 : Guerre Iran-Irak (locale)
1987. Fondation de l'organisation al-Qaïda.

1990-1991 : Guerre du Golfe menée par les USA et leurs alliés (dont la France et l'Italie) contre l'Irak.

Attentats d'al-Qaïda aux USA le 11 septembre 2001 : environ 3000 morts.

2001-2014 : guerre d'Afghanistan menée par l'Otan.
2003-2011 : guerre d'Irak menée par les USA et leurs alliés (partiellement avec l'Italie, mais sans la France)
2006 : proclamation de l'État islamique (en Irak).

2010-2012 : "Printemps arabe"

Depuis 2014 : coalition internationale contre l'État islamique en Irak et en Syrie.


La coalition contre l'État islamique en 2016
   Irak et Syrie
   Pays intervenant militairement en Irak et en Syrie
   Pays intervenant militairement uniquement en Syrie
   Pays intervenant militairement uniquement en Irak
   Coalition Russie-Iran (en Syrie et Irak)

Attentats à Paris en janvier et novembre 2015. Attaques à Nice contre des militaires.
14 juillet 2016 : attaque contre des civils sur la Promenade des Anglais (au moins 86 morts), revendiquée par l'État islamique.




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