Chameau dans le désert du Maine




Le nom Chameau est assez dispersé en France, et relativement rare. La branche du Maine est présente dans la moitié nord de l'actuel département de la Mayenne, sur le cours supérieur de la Mayenne, autour de la capitale antique de Jublains.

L'orthographe est vraisemblablement une altération tardive (XVIIIe-XIXe siècles) par rapprochement avec l'animal. Il existe aujourd'hui encore un lieu-dit "Chameau" un peu plus bas, en Maine-et-Loire, entre Laval et Angers, orthographié "Chamots" sur la carte de Cassini :




En mai-juin 1832, le Maine est secoué par une insurrection initiée en Vendée par la duchesse de Berry (5e Guerre de Vendée). En particulier, le combat de Toucheneau (ou Touchenault) s'est déroulé le 30 mai à proximité de la ferme de la Gaudinière (Vergéal, entre Laval et Rennes).

Selon son acte de décès, Jean-Baptiste Chameau serait né le 7 avril 1833 à "Vilaine la Doucelle", commune fictive du département de la Mayenne. Son acte de naissance ne figure ni sur les registres de Villaines-la-Juel, ni sur ceux de la Doucelle (Lignières-la-Doucelle), et l'enfant n'apparaît pas dans les recensements de ces communes.
Peut-être s'agit-il de l'enfant naturel déclaré le 7 avril 1833 à Domfront : le 6 avril, à minuit et demi, la soeur Marie Ménard, directrice de l'hospice civil de Domfront (département de l'Orne), a recueilli un enfant paraissant né le 5, "vêtu de deux linges, d'un morceau d'étoffe et d'un petit linge à la tête, auquel enfant elle a donné le prénom et le nom de Jean Petit".

De même, le 29 mars 1836 à 23 h, la sœur Marie Ménard recueille un enfant de sexe féminin, paraissant né le jour même, "vêtu d'un bonnet d'indienne fond rouge, une chemise, un linge, un mauvais mouchoir, un pouillot de molleton et une enveloppe de croisure rouge et bleu". Elle l'appelle Madelaine Ferrier.

Si Domfront a toujours été rattaché administrativement à la Normandie, la carte ci-contre (de la fin du XVIe siècle) met en évidence sa position géographique dans le bassin de la haute Mayenne. "L'hospice de Domfront reçoit les malades, les vieillards et les informes des 96 communes de l'arrondissement, sans aucune indemnité." À l'époque, l'arrondissement réunit les cantons de l'ouest du département de l'Orne (Athis-de-l'Orne, Domfront, la Ferté-Macé, Flers, Juvigny-sous-Andaine, Passais, Messei et Tinchebray). Depuis 1747, l'hospice est équipé d'un "tour" où les mères démunies peuvent déposer leur enfant plutôt que de l'assassiner. Une vingtaine d'enfants furent ainsi sauvés chaque année avant la révolution ; en 1788, 42 ; en 1789, 62 ; en 1790, 107 ; en 1791, 172 ; 112 dans le seul premier semestre de 1792, dont 60 meurent peu après, pour un total de 515 orphelins au-dessous de l'âge de sept ans. En 1840, il restera 163 enfants trouvés à la charge de l'hôpital.


   
Domfront et son Hospice.

"Jean Petit" est sans doute adopté ensuite dans une ferme du "Désert", cette région du Maine vallonée et peu cultivée qui s'étend entre Villaines et la Doucelle (un petit affluent droit de la haute Mayenne), et renommé "Jean-Baptiste Chameau".

 

Domfront, sous-préfecture de l'Orne de 1800 à 1926, est marqué en rose. Villaines et la Doucelle sont en jaune.
Le bassin de la haute Mayenne est délimité au nord et à l'est par les monts de Normandie-Maine, dont le point culminant (mont des Avaloirs, 416 m) se trouve à proximité de Pré-en-Pail (au bord des disques jaunes).
À droite : les roches d'Orgères, à Lignères-la-Doucelle.


Jean-Baptiste et Madeleine se rencontrent et se marient dans les années 1850, sans doute dans le pays de leur enfance.
Illettrés, ils vont chercher fortune à Paris, où les opportunités économiques paraissent en plein essor dans le cadre de la Révolution industrielle et des grands chantiers de Napoléon III. 


Ouvriers à Paris

À Paris, ils vivent dans les quartiers industriels.
En 1860, ils habitent au 14 passage Sainte-Marie (aujourd'hui passage Thiéré), dans le 11e arrondissement.
Jean-Baptiste est maçon, Madeleine est ouvrière en porte-monnaie.

Leur fille Anne Françoise naît en août 1860, alors qu'ils ont respectivement 27 et 24 ans. Elle meurt l'année suivante.
Le couple habite ensuite au 127 rue de Charenton, quartier des Quinze-Vingt (1861).

Puis Madeleine est femme au foyer. Une autre fille naît le 28 octobre 1864 : Élisabeth.

Occupation allemande en 1870, Commune en 1871.

On retrouve la famille au 100 avenue Daumesnil (1871) ; au 125 rue de Charenton (1876) ; puis au 185 rue de Charenton (1878).
Le fils Édouard Louis Jean Chameau, né en juin 1871, deviendra employé d'octroi ; Henriette Chameau naît en mars 1876 ; et Emma Louise Chameau, née en août 1878, deviendra fleuriste en perles.
Quant à Élisabeth, elle devient piqueuse de bottines. Le 31 octobre 1885, elle épouse le cordonnier Paul Raymond d'Hauenens (12e arrondissement).


Des ouvrières dans un atelier de chaussures en 1900.



Ensuite, Jean-Baptiste est charretier et ils habitent au 60 bis boulevard Diderot (1895) ; puis au 134 bis rue de Charenton.

 
Les carrières de Bagnolet. - Vidage d'un tombereau sur les quais de Seine.

En juin 1900, âgé de 67 ans, Jean-Baptiste subit un accident à Ivry pendant qu'il transporte un tombereau rempli de moellons [cf. Le Petit Parisien du 18/06/1900]. Il est transporté à l'hôpital de la Pitié.
Il cessera ensuite de travailler.
En 1912, le couple habite au 17 rue Crozatier. Madeleine meurt cette année-là. Jean-Baptiste la suit en 1916.