D'Hauenens, France


Entre 1837 et 1856, pour tenter d'échapper à la misère qui règne dans les campagnes flamandes depuis l'indépendance de la Belgique, les demi-frères Franciscus & Leopold D'haenens passent en France, alors à l'aube de la révolution industrielle, laissant à Melden leur frère aîné et leur mère. Ils font partie des nombreux ressortissants belges qui, à partir de 1845 et surtout de 1851répondent à l'appel de l’économie française en manque de main-d’œuvre.

"Les pôles d'attraction, en France, sont les mêmes pour tous. Dans le nord de la France, les énormes besoins de main-d’œuvre de l'industrie - du textile surtout - et des charbonnages créent un appel continu. Raoul Blanchard écrivait en 1906 : "Depuis cinquante ans, le bassin houiller du Pas-de-Calais fait l'effet d'une énorme pompe pneumatique dont l'aspiration puissante enlève des hommes de toutes les parties du pays flamand". La même formule aurait pu être employée - et pour une période remontant plus haut encore - pour le textile de la région de Lille. La thèse de M. Lentacker, a ce sujet, est tout à fait éclairante. Les Belges trouvent aussi de l'emploi dans certains secteurs que l'ouvrier français boude, parce qu'il y trouve le travail trop lourd, ou trop rebutant. Le consul de Belgique à Lille, en 1865, signale que dans son ressort, "les terrassiers belges forment sinon la totalité des bras employés, au moins l'immense majorité". À la fin du siècle, les ouvriers français étaient devenus pratiquement introuvables, dans la région, pour les travaux de terrassement et pour ceux de briqueterie ; il y fallait des Belges." [Jean Stengers, "Les mouvements migratoires en Belgique aux XIXe et XXe siècles", in Revue belge de philologie et d'histoire, tome 82, fasc. 1-2, 2004.]


Des "piqueteurs" belges venant louer leurs services en France pour la moisson [Le Petit Journal, 1908].

Ci-contre, la zone traversée par les frères sur une carte des années 1850 (en orange : Bruxelles, Gand et Lille ; en bleu : les régions de départ et d'arrivée ; frontière internationale en vert). Ci-dessous, une vue détaillée de la région d'arrivée, plus précise mais plus ancienne (Cassini, 100 ans plus tôt) : la route Lille-Paris traverse la rivière Aronde (Moyenneville et Wacquemoulin en amont).

Oise (années 1850-1870)

Sur la route de Lille à Paris, les frères D'haenens interrompent leur périple au niveau du relais de poste de Gournay (dans le département de l'Oise, anciennement dans la province historique d'Île-de-France mais rattaché à la Picardie depuis 1790). 

François van der Guchten réside à Grandvillers-aux-Bois.
En 1856, âgé de 25 ans, il est valet de cour chez le cultivateur Jacques Napoléon Martin.
Le 23 juin, il épouse à la hâte Caroline Lesueur, enceinte (ouvrière en gants née en 1835).
Leur fils François Adolphe naît en octobre (de nationalité belge par filiation).

Léopold D'haenens réside à Estrées-Saint-Denis, rue du Lion-Noir, où il travaille comme charretier (manouvrier). Il a 19 ans.
Le 26 juin 1858, âgé de 20 ans, il épouse Lucie Virginie Leclercq, de Moyenneville, issue d'une vieille famille de paysans de Wacquemoulin. François est témoin. Lors de ce mariage, le nom de famille est transcrit sous la forme "d'Hauenens". Illettré, Léopold n'y voit rien à redire. La coquille va se transmettre à toute la descendance.
[La mère de Virginie, Geneviève Dupont, est née en 1812 à Moyenneville, de père inconnu. Elle porte donc le nom de famille de sa mère, Marie Angadrème Dupont. Celle-ci a épousé ensuite un déserteur polonais arrivé en France avec la retraite de l'armée napoléonienne.]

La carte de Cassini ci-dessus met en évidence les villes de Clermont et Compiègnes en bas, et plusieurs villages en bleu à proximité de Gournay : Wacquemoulin et Moyenneville sur l'Aronde, puis Grandvilliers-aux-Bois et Estrées-Saint-Denis de part et d'autre de la route.

Virginie donne naissance à un fils, Gustave Édouard "d'Hauenens", le 27 août 1859 (à Estrées-Saint-Denis). Il est de nationalité belge, comme son père Léopold.

Puis Virginie et Léopold s'établissent à Moyenneville, rue Qui-Branle, à côté des parents de Virginie.

À Moyenneville, naissance de deux autres garçons : Paul Raymond d'Hauenens, le 30 juin 1862 ; Octave Alfred d'Hauenens, le 16 décembre 1864

   
Estrées-Saint-Denis, Moyenneville et Wacquemoulin.

Guerre franco-prussienne et Commune de Paris

Le 17 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. La population est appelée à verser des impôts exceptionnels. 
La guerre se passe très mal, et Napoléon III capitule à Sedan dès le 2 septembre. Le 4, l'Assemblée Nationale destitue Napoléon III et proclame la Troisième République.

Le 13 septembre, les troupes allemandes entrent dans le département de l'Oise et atteignent Compiègne en milieu d'après-midi.
Paris est assiégée. Le 7 octobre, le ministre de l'Intérieur Léon Gambetta quitte la capitale en ballon et atterrit dans l'Oise.
Le 19 novembre, la première armée prussienne (40 000 hommes) arrive dans l'Oise.

  
Gambetta quitte Paris en ballon, dans l'intention de se réfugier à Tours. Touché par des balles prussiennes, il est contraint d'atterrir dans l'Oise, à Épineuse.
À droite, réquisitions prussiennes dans les fermes (par Louis Ulysse Souplet).

Le 26 décembre, les Allemand destituent le préfet nommé par Gambetta et le remplacent par le baron von Schwartzkoppen.
Le 18 janvier 1871, à Versailles, le roi de Prusse Guillaume Ier proclame l'Empire allemand
Le 19 janvier, victoire allemande à Saint-Quentin.
Le 28 janvier, signature d'un armistice entre le gouvernement provisoire de la Troisième République et les Allemands.

Des élections législatives ont lieu le 8 février. À Paris, Louis Blanc arrive en tête, suivi de Victor Hugo, Léon Gambetta et Joseph Garibaldi.
L’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux le 13 février. Jules Grévy est porté à la présidence de l'Assemblée et Adolphe Thiers est élu chef du gouvernement.
Le 13 février, les troupes d'occupation réclament une contribution de guerre de 11 millions de francs au Conseil général de l'Oise (les Allemands refusent d'abord de négocier et retiennent prisonniers les membres du Conseil, qui seront finalement libérés le 24 février contre versement de 2 millions de francs).
26 février : signature d'un second armistice à Versailles. 

Le 18 mars 1871 : une insurrection éclate à Montmartre. Construction de barricades.
Les Prussiens craignant que des troubles éclatent dans l'Oise comme à Paris, toutes les villes ouvrières du département sont placées sous étroite surveillance.
Le 30 mars, le drapeau rouge de la Commune flotte sur l'hôtel de ville et sur tous les monuments publics de Paris.
Dans l'Oise, la deuxième quinzaine d'avril est marquée par un important reflux de Parisiens fuyant la capitale.

Le Traité de Francfort, qui met fin à la guerre franco-allemande, est signé le 10 mai.

21-28 mai : semaine sanglante à Paris. Les troupes de Versailles entrent par l'ouest, franchissent les barricades et massacrent les insurgés.
La capitale est ravagée par les incendies. Derniers combats sporadiques début juin, puis l'ordre se rétablit et la reconstruction commence.

Au cours de cette période de troubles, après la naissance des trois fils (entre 1866 et 1872), Virginie et Léopold s'en vont à Paris.


     le Ministère des finances
Paris au lendemain de la Commune.
     

(cliquer pour agrandir)

Paris, 12e arrondissement (années 1870-1910)

Virginie et Léopold vont chercher fortune à Paris. Ils s'installent dans le 12e arrondissement (187 rue de Charenton), avec leurs deux fils. Leur immeuble se trouve au niveau de la rue Montgallet, en face de la mairie.
Léopold travaille comme employé journalier. Virginie est blanchisseuse. 


Une blanchisseuse à Paris en 1897 (par Camille Bellanger - Musée Carnavalet)                                                                                         

Naissance d'une fille : Lucie Virginie D'Hauenens, le 10 août 1874.

À Paris, Léopold disparaît définitivement entre 1874 et 1880 : il sera certifié "absent sans nouvelles" aux mariages des quatre enfants.
 

1) L'aîné, Édouard, devient découpeur, puis marqueteur (journalier).
Le 7 février 1880, dans le 11e arrondissement, il épouse Thérèse Marie Meunier (née à Belleville en 1856), également travailleuse journalière, fille d'un monteur en bronze et d'une couturière. 
Lettré et conscient de ses origines flamandes, Édouard signe son acte de mariage de son nom D'haenens. Mais l'état-civil français saura rappeler à la fratrie la valeur incontestable du malheureux document établi dans l'Oise en 1858. 

Au centre, la nouvelle mairie du 12e arrondissement, construite en 1876. À droite, la rue Montgallet.
  


Ébénistes et marqueteurs dans l'Encyclopédie de 1765.

 
2) Le puîné, Paul Raymond, devient galochier, puis ébéniste.
Le 31 octobre 1885, dans le 12e arrondissement, il épouse Camille Augustine Marie Martineau (née dans le 18e arrondissement en 1865), cravatière, fille d'un ouvrier peintre en bâtiment et d'une couturière.
Ils vivent au 185 rue de Charenton (chez la mère D'Hauenens) ; au 38 passage Montgallet, Paris 12e (chez la mère Martineau, à 200 mètres) ; au 4 passage Thierré (1894) ; au 26 rue Érard, 12e (1896) ; impasse Mortagne, 11e (1898) ; puis au 97 rue de Charonne, 11e.
Leurs enfants (de citoyenneté française en vertu du double droit du sol) :
     
La rue de Charenton à son commencement sur la place de la Bastille, puis au niveau du boulevard de Bercy et de la rue de la Brèche-aux-Loups.

 
3) Le plus jeune des garçons, Octave, est cordonnier.
En même temps que son frère Paul Raymond (le 31 octobre 1885, dans le 12e arrondissement), il épouse Élisabeth Chameau, fille des ouvriers Jean-Baptiste Chameau et Madeleine Ferrier. Élisabeth est ouvrière mécanicienne (piqueuse de bottines).
Ils se rapprochent du 11e arrondissement : 97 av. Daumesnil, Paris 12e (et 4 rue Gambey, Paris 11e).
Leurs enfants (de citoyenneté française en vertu du double droit du sol) :
 
Deux exemples d'ateliers de chaussures (hommes et femmes) autour de 1900

 

Le frère marqueteur à Londres

Le marqueteur Édouard et son épouse Thérèse sont de passage en Angleterre en 1885. Ils résident alors au 22 Rutland Road (South Hackney), dans le Middlesex, en banlieue est de Londres.

En 1886-1886, ils sont dans le quartier de Saint-Pancrace.
St Pancras est une ancienne paroisse du comté de Middlesex. Depuis 1855, son territoire constitue un faubourg de la ville de Londres, à laquelle il sera rattaché administrativement en 1889. (En 1900, le quartier deviendra un borough de Londres, qui fusionnera en 1965 avec Hampstead et Holborn pour former l'actuel borough de Camden).

Londres dans les années 1880 [cliquer pour agrandir] et le drapeau du comté de Middlesex :
   
En bleu, la moitié sud de St-Pancras
; en rouge, Tottenham Court Road. En vert : les gares de Euston, St-Pancras et King's Cross.
En rose, quelques points de repère (dans les faubourgs de Holborn et Westminster) : de haut en bas, le British Museum,
Marble Arch, Covent Garden, Leicester Square et Trafalgar Square.
Le 39 Goodge Street est indiqué par un point orange.

Ci-dessous : les gares de Euston (vers Birmingham), Saint-Pancras (Midland) et King's Cross (York et Écosse).
                  

Édouard et Thérèse ont deux enfants à Londres :
  • Lucie Jannette, née fin 1885 à Hackney, morte l'année suivante à St Pancras.
  • Lucien-Édouard, né le 21 septembre 1887 à Tottenham Court (St Pancras). C'est la mère qui fait la déclaration au bureau de l'état civil, le 26 octobre. Elle a accouché chez elle, au 39 Goodge Street

  
Le commencement de Tottenham Court Road. Goodge Street est à 500 m sur la gauche. - À droite : chambres à louer sur Tottenham Court Road (1886).

Édouard est belge, comme son père ; mais son fils Lucien-Édouard est sujet britannique (en vertu du droit du sol alors en vigueur au Royaume-Uni).

Comme son père et son grand-père avant lui, Octave disparaît, vraisemblablement dès 1889. 
Désemparée, Élisabeth demande le divorce, qui est accordé le 23 juin 1890 en l'absence de l'intéressé et publié dans le journal le 24 septembre.
Elle habite alors au 19 rue Beccaria, près de la place d'Aligre. (En 1895, elle résidera au 9 rue de Lyon.) 

Pendant ce temps, à Buenos Aires... 

En fait, Octave s'est enfui en Amérique avec une certaine Marie Hées.
Hées est un nom originaire de Flandre orientale. Une Marie Caroline Hées est née en 1858 dans le 3e arrondissement (St-Eustache/Montmartre).


Leur fils Lucien D'Hauenens naît à Buenos Aires en janvier 1890.
Octave n'aura sans doute pas eu connaissance de la naissance de son fils Lucien-Édouard (et encore moins de celle de son neveu Lucien-Édouard), d'où la naissance d'un troisième D'Hauenens qui porte quasiment le même prénom (en hommage à sa grand-mère paternelle Lucie).

Le nouveau port de Buenos Aires, Puerto Madero, vient d'être inauguré en 1889.
Entre 1880 et 1895, la population de la capitale fédérale argentine passe de 337.617 habitants à 649.000 (dont seulement 320.000 natifs).

     
Buenos Aires et son port en 1889-1890.

En 1893, par application d'une nouvelle loi, Octave devient automatiquement français.
Il est alors appelé par l'armée. Apparemment, la famille américaine rentre en France (mais sans reprendre contact avec la première épouse).
En raison de sa petite taille (1,53 m), Octave fait ses classes dans les services auxiliaires : il sert comme cordonnier dans les ateliers civils de confection.

En 1909, Octave est apparemment de retour à Buenos Aires, domicilié calle Estados Unidos, 1612 [en bleu sur le plan ci-dessous].


Il rentrera en France pendant la Grande Guerre.

 
4) La petite sœur
du marqueteur Édouard, du galochier Paul Raymond et du cordonnier Octave,
 Lucie Virginie, est maintenant cravatière. Elle habite chez sa mère au 187 rue de Charenton.
En décembre 1891, dans le 12e arrondissement, elle épouse Benoît Guillet (né à Saint-Christophe-entre-deux-Guiers (38) le 06.05.1866, gardien de la paix, 5 impasse Châlons puis 187 rue de Charenton, Paris 12e), fils de François Guillet (cultivateur mort à St-Christophe le 18.08.1866) et d’Élisabeth Rey (ménagère). Ils s'installent au 7 rue du Colonel-Oudot (à la porte Dorée).
Lucie Virginie mourra à Paris 12e le 11 janvier 1901.  


Édouard, marqueteur à Alfortville et Paris 11e

Entre 1892 et 1894, Édouard et Thérèse Marie rentrent en France et s'établissent à Alfortville, au 66 rue de Villeneuve [aujourd'hui Paul-Vaillant-Couturier]. 
Le 6 juin 1894, naissance de leur enfant René Emmanuel (de citoyenneté française en vertu du double droit du sol). Lucien-Édouard a bientôt 7 ans. 

Thérèse Marie née Meunier meurt le 11 juin 1895. L'enfant est sans doute confié à une nourrice ou à une tante, ou à la grand-mère Virginie. 
En 1896, le Belge Gustave-Édouard, 36 ans, et son fils anglais Lucien-Édouard, 8 ans, résident provisoirement au 300 rue de Villeneuve (aujourd'hui dans la rue Étienne Dolet, vers le marché). Le père est journalier. 

Le 16 octobre 1897, Édouard épouse en secondes noces Hélexine Céline Mériel (née en 1863 à Sainte-Gauburge-Sainte-Colombe, Orne). Ils vont habiter dans le 11e arrondissement de Paris, au 16 rue des Immeubles-Industriels. 

Édouard est témoin du décès de sa sœur Lucie le 11 janvier 1901, et de celui de sa mère le 7 avril 1902 (tous deux à Paris 12e).

En avril 1902, âgé de 43 ans, il participe à l'Exposition d'Arts Décoratifs et Industriels de Nîmes, où il obtient une médaille d'argent. 
En mai 1905, les marqueteries de "monsieur D'Hauenens" sont présentées et remarquées à l'Exposition des Beaux-Arts de Paris-Province (salle des fêtes du Palais du Travail, place Dupleix).
En septembre 1906, à l'Exposition du Cercle artistique de Crépy-en-Valois (Oise), D'Hauenens reçoit une médaille d'argent.



 
Au tournant du siècle, à l'occasion de son service militaire et après, Octave est revenu vivre en France pendant quelques années. En 1897, il réside à Montreuil ("route stratégique", qui prendra le nom de "boulevard de la Boissière" en 1900). Pendant ce temps, sa première femme et ses enfants sont toujours sans nouvelles de lui. Après un nouveau séjour à Buenos Aires (et après avoir quitté Marie Hées), il revient à Paris pendant la guerre. Domicilié chez la couturière de 39 ans Anne-Clémence Pauline Tournier et ses parents au 3 rue Brodu, Paris 14e (aujourd'hui rue Maurice-Rouvier), il épouse la demoiselle le 19 mai 1917. Il a 52 ans. [Un nouveau divorce sera prononcé en 1933.]

Parmi les petits-enfants de Léopold, les seuls à conserver le nom de famille sont :


Marseille (années 1900-1960) 

Années 1910

En 1908, Paul est recensé par l'armée : il réside à Marseille, 2 rue Coeffier (quartier Menpenti). Ses parents, séparés, sont toujours à Paris.

Le 20 septembre 1910, à Marseille, Paul D'Hauenens épouse Andrée Foignet, née à Bourges en 1893, fille du Parisien Charles Foignet, inspecteur d'assurances à Bourges, et de Marguerite née Jouannet, issue de familles bourgeoises de l'Allier.

      
                                                                         Paul D'Hauenens à Marseille.                                      Probablement Andrée Foignet.                           Charles avec sa mère et sa grand-mère.

Paul est incorporé au 141e régiment d'infanterie 3 octobre 1910.
Sa femme accouche pendant qu'il effectue son service militaire, 9 mois jour pour jour après la nuit de noces (naissance de Charles le 20 juin 1911).
Le couple se sépare rapidement, et Charles va être élevé par sa mère et sa grand-mère maternelle.

Paul est envoyé dans la disponibilité de l'armée le 25 septembre 1912, avec certificat de bonne conduite.
Ce même jour, il fait paraître un avis dans Le Petit Marseillais pour signaler qu'il a divorcé et qu'il n'assume plus les dettes de sa femme.
Il réside au 133 rue Consolat, puis au numéro 101 l'année suivante. 

Grande Guerre

Pendant la guerre, Paul sert aux Armées en 1914-1917, à l'Intérieur en 1917-1918, puis en Orient de juin à décembre 1918.





Le cousin anglais, marqueteur

Pendant ce temps, Lucien-Édouard, fils aîné d'Édouard habite au 5 villa Jean-Godard, dans le 12e (à la porte Dorée).

Le 2 juin 1921, il épouse Alphonsine Gabrielle Veillant (née en 1878 à Paris 12e), sans profession. C'est le premier mariage de Lucien-Édouard, 33 ans, mais le 3e d'Alphonsine, 42 ans. Elle a d'abord été mariée avec Augustin Charles Decoin (Paris 12e, 1900), puis avec Raymond Henri Cordy (Bagnolet, 1906), dont elle a divorcé en février 1920. Par ce 3e mariage, elle perd la citoyenneté française, puisque son mari est anglais depuis la naissance.

Lucien-Édouard est marqueteur, comme son père et comme son oncle Paul Raymond.

Le 5 novembre 1927, il est enfin naturalisé français (décret 11668-27), et son épouse Alphonsine est réintégrée dans la nationalité française (décret 11679-27).
 
Ils résident ensuite dans le 19e (rue Haxo), et Lucien-Édouard meurt à l'hôpital Broussais en 1935. 



Le demi-frère américain, mécanicien à Bagnolet, délinquant et déserteur

En 1908, on retrouve Lucien D'Hauenens à Saussy, en Côte-d'Or, où il est charretier. En décembre, âgé de 18 ans, il est condamné à un mois de prison pour vol.

En 1910, il est recensé par l'armée française. Mécanicien outilleur, il réside à Bagnolet, 80 rue de Paris. Cheveux châtains, yeux marrons, 1,66 m, il porte une cicatrice de coup entre les yeux.

En juillet 1914, Lucien est condamné à Paris pour vente de briquets non estampillés.

Entrée du pénitencier militaire d'Albertville
                    (1900-1926)1914-1918

Lucien est mobilisé en décembre 1914. Incorporé au 19e bataillon de chasseurs à pied en tant que chasseur de 2e classe, il passe au 106e bataillon de chasseurs à pied en mars 1915.
Porté déserteur en septembre 1916, il est retrouvé et arrêté en avril 1918. Le 16 mai 1918, le conseil de guerre du 127e division d'infanterie le condamne à 5 ans de travaux publics pour désertion à l'intérieur en temps de guerre. Il est écroué à Collioure le 20 mai.
Le 1er janvier 1920, il est transféré au pénitencier militaire d'Albertville.
Finalement, Lucien bénéficie d'une remise de peine (décret du 29 avril 1920). Dirigé sur le 25e bataillon de chasseurs à pied le 14 mai, il est renvoyé dans son foyer le 17.
Il se retire à Paris 19e, 64 rue de la Marne, et sera définitivement amnistié par la loi du 29 avril 1921.


En 1927, Lucien est domicilié à Bagnolet, 31 rue Socrate, et à Paris 19e, 64 rue de la Marne.
En 1928, il figue dans l'annuaire de l'industrie automobile : à Bagnolet, au 62 rue Sadi-Carnot, il est spécialisé dans le "découpage et emboutissage de tous métaux".
En mars 1929, il s'agrandit : il rachète à un certain Beauchamp le local commercial du no 64. Désormais, il tient un commerce "mécanique, motos, garage". En septembre et novembre, il dépose deux brevets :

  • Lanterne de signalisation pour véhicules automobiles et autres applications (FRD717759) [soumis le 22.09.1930 ; publié le 14.01.1932] ;
  • Contacteur rotatif électrique pour l'allumage ou l'extinction des feux de signalisation des voitures automobiles et autres applications (FRD721670) [soumis le 17.11.1930 ; publié le 07.03.1932].
Mais dès le 15 novembre 1930, la justice enregistre la clôture de son activité commerciale à Bagnolet.
Du coup, Lucien disparaît quelque temps (comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui !). Dans Le Petit Parisien du 24.09.1931 : "Récompense à qui donnera adresse de Lucien D'Hauenens, né à Buenos-Ayres, Argentine, le 10.01.1890."
Les deux brevets sont publiés en janvier et mars 1932.

Le 5 mai 1938, le journal Ce Soir rapporte qu'un certain François Baudry a été arrêté pour carambouillage : il passait commande de stylos et de maroquinerie mais ne payait pas les factures ; pendant ce temps, Lucien D'Hauenens (49 ans, porte de Bagnolet) et sa femme écoulaient la marchandise sur les marchés de la région.

En 1939, Lucien réside au 33 avenue de la Porte de Bagnolet, Paris 20e.
 


Le petit frère douanier, prisonnier de guerre

Lucien-Édouard, deuxième fils d'Octave, est recensé par l'armée en 1906 : cheveux et yeux châtains, 1,58 m, il réside au 5 rue de la Brèche-aux-Loups, Paris 12e.
Il effectue ses 3 ans de service militaire en 1907-1910 pour le 131e régiment d'infanterie. Arrivé au corps comme soldat de 2e classe, il est promu caporal en 1908 mais demande à redevenir soldat de 2e classe en 1909. Le certificat de bonne conduite lui sera refusé.

En 1911, Lucien-Édouard est toujours sans nouvelles de son père (qui mène sa nouvelle vie sans s'être manifesté auprès de sa première famille). Il vit avec sa mère au 10 rue de Wattignies, dans le 12e, et travaille comme employé d'octroi.
Le 10 octobre, il épouse Madeleine Berthier.

En 1912, il est reçu au concours de commis ambulant à l'Octroi de Paris. Il commence avec un salaire de 1400 francs.
Il réside au 16 rue Paul-Bert, Paris 11e.

1914-1919

Lucien-Édouard est mobilisé dès le mois d'août 1914 et affecté au 31e régiment d'infanterie (Melun).
Le 25 décembre, il au 142e d'infanterie.
Il disparaît le 19 mars 1915 à Beauséjour (Marne), capturé par les Allemands.
Il passe les 4 années suivantes au camp de Cellelager (Hanovre) [photo ci-contre].
Il sera rapatrié le 7 janvier 1919 et démobilisé le 24 mars.

Puis Lucien-Édouard reprend ses activités dans l'administration et fait une carrière de fonctionnaire aux douanes (commis à l'Octroi de Paris : cf. actes administratifs du département de la Seine, gallica.bnf.fr).
En 1933 et 1943, il est domicilié au 42 rue de Charenton, Paris 12e.
Il mourra à Paris 12e en 1974.



Le jeune cousin mort pour la France

À la veille de la Grande Guerre, René Emmanuel, fils d'Édouard et de Thérèse Marie, réside à Charenton, 33bis rue Chabrol. Il est citoyen français par double droit du sol.
Cheveux blonds, yeux bleus, il porte une cicatrice sur la joue gauche.
En 1914, il est incorporé au 85e régiment d'infanterie en tant que soldat de 2e classe [matricule 248, Seine 1er bureau (Paris)].
En février 1915, le régiment prend position en Lorraine, dans les tranchées du Bois Brûlé (commune d'Apremont, aujourd'hui "Apremont-la-Forêt", dans la Meuse).



"Le régiment était remonté vers le 12 février à la tranche Bois Brûlé où l'ennemi, supérieur en artillerie et en engins de tranchée, entretenait depuis novembre une lutte sévère, nous causait de lourdes pertes et, bastion par bastion, tranchée par tranchée, enlevait la redoute du Bois Brûlé et ses abords. Le 15 février, il faisait sauter quatre mines sous la 8e compagnie et s'emparait de notre première ligne. Ce même jour, le sous-lieutenant Ducruet, blessé pour la deuxième fois, perdait l’œil gauche. Les brancardiers l'emmenaient sous un violent bombardement : "Laissez-moi, leur dit-il, vous n'êtes pas blessés, mettez-vous à l'abri" ; puis, la face ensanglantée, il se leva de son brancard et se rendit seul au poste de secours. 
Quelques jours après, le commandement décide de reprendre à l'ennemi le terrain perdu. Une attaque est montée pour le 22 février et c'est au 1er bataillon que revient l'honneur de son exécution.
L'attaque a été préparée dans tous ses détails par le commandant Sallé, qui, venu du 95e, a d'abord commandé le 3e bataillon, puis, après une évacuation pour blessure, a remplacé à la tête du 1er bataillon le commandant Bouvier blessé grièvement. L'heure de l'attaque est fixée à 6 heures 30. Une seule compagnie est désignée, la 2e, sous les ordres du sous-lieutenant Charton. Tous les hommes, à qui les chefs ont insufflé l'ardeur et l'esprit de sacrifice qui les animent, ont une confiance absolue dans le succès. D'un bel élan, après une courte préparation par obus Save, ils franchissent notre parapet et, sous la fusillade, enlèvent d'un bond la partie est de leur objectif, que deux sections occupent aussitôt. Puis, après une courte lutte à la grenade, à 7 heures toute la tranchée est prise.
Mais l'ennemi ne veut pas abandonner un terrain dont la conquête lui a coûté de longs mois d'une lutte obstinée. Dès 9 heures, les contre-attaques se succèdent. Toute progression en terrain découvert lui étant interdite par nos feux, il ne peut avancer que par un seul boyau reliant à l'arrière son ancienne première ligne. À la hâte, avec des sacs à terre enlevés au parapet, nos hommes y ont établi un barrage derrière lequel s'engage une lutte acharnée à la grenade. La 2e section de la 2e compagnie est chargée d'interdire à l'ennemi toute avance dans le boyau. Avec un dévouement au-dessus de tout éloge, tous les hommes s'y emploient et en particulier le caporal Barbier. [...]
Cependant, malgré l'énergie des hommes du 1er bataillon, l'ennemi, dans une nouvelle contre-attaque, réussit à franchir le barrage et nos grenadiers doivent reculer dans la tranchée conquise que, pas à pas, ils abandonnent." [Historique du 85 R.I.].


René Emmanuel meurt de blessure de guerre ce 22 février 1915, à l'âge de 20 ans ("mort pour la France").


Années 1920

Paul épouse en secondes noces une demoiselle du Gard, Jeanne Bourrier. Le mariage est célébré le 18 mars 1924 à La Grand-Combe (Gard). Jeanne mourra en 1940, et Paul finira sa vie à Marseille sans se remarier. À sa mort, sa dépouille sera expédiée dans le Gard.

La mère d'Andrée épouse en secondes noces (le 18 mars 1926, à Marseille) Joseph Marius Bourelly. De nouveau veuve, elle mourra à l'Hôtel-Dieu de Marseille en 1936.

Quant à Andrée, elle épouse en secondes noces (le 28 avril 1927, à Marseille) Dominique Rossi. Elle mourra à l'Hôtel-Dieu en 1933.

Années 1930

Le 28 avril 1932, à Marseille, Charles épouse Adrienne Coustures, issue d'une famille d'agriculteurs de l'Ariège. Adrienne est enceinte.
À la mort de sa mère en janvier 1933, Charles a 21 ans.
 

La Traction Avant, produite par Citroën de 1934 à 1957. À droite, le pont transbordeur de Marseille (1905, démoli en 1945). 

Comptable, commerçant, magasinier, Charles est gérant de la succursale marseillaise de l'entreprise Mintex (rattachée à la filiale parisienne du groupe britannique).


     
Charles en voyage professionnel à Londres.
Fondée en 1923, la compagnie privée Southern Railway reliait notamment la capitale britannique à la Manche (jusqu'à la nationalisation de 1948).


Leur premier enfant meurt tragiquement en août 1941, dans ses 9 ans.

En 1942, l'Allemagne envahit la zone libre.
L'Organisation de Résistance de l'Armée est créée en janvier 1943. En février 1944, elle s'unit aux autres organisations de résistance au sein des Forces Françaises de l'Intérieur. 
Charles s'engage dans l'ORA en mai 1944. Il fait la liaison pour son chef de groupe et distribue des tracts.
Les Américains bombardent le centre de Marseille le 27 mai (1 752 civils tués, 2 760 blessés, plus de 20 000 sinistrés).
Du 18 au 28 août, Charles prend part aux combats dans le secteur de la Préfecture et du cours Lieutaud. Marseille est libérée le 28 août 1944.

L'après-guerre


    
Charles et Adrienne à Marseille vers 1946-1947.

Sources :
Archives familiales.
Archives départementales.
Parcours de la famille Lepoivre.
Musée Carnavalet, Paris.
Service historique de la Défense, Vincennes.

Retour à l'arbre