D'Hauenens, France


Entre 1837 et 1856, pour tenter d'échapper à la misère qui règne dans les campagnes flamandes depuis l'indépendance de la Belgique, les demi-frères François et Léopold D'haenens passent en France, alors à l'aube de la révolution industrielle, laissant à Melden leur frère aîné et leur mère. Ils font partie des nombreux ressortissants belges qui, à partir de 1845 et surtout de 1851répondent à l'appel de l'economie française en manque de main-d'oeuvre.

"Les pôles d'attraction, en France, sont les mêmes pour tous. Dans le nord de la France, les énormes besoins de main-d'oeuvre de l'industrie - du textile surtout - et des charbonnages créent un appel continu. Raoul Blanchard écrivait en 1906 : "Depuis cinquante ans, le bassin houiller du Pas-de-Calais fait l'effet d'une énorme pompe pneumatique dont l'aspiration puissante enlève des hommes de toutes les parties du pays flamand". La même formule aurait pu être employée - et pour une période remontant plus haut encore - pour le textile de la région de Lille. La thèse de M. Lentacker, a ce sujet, est tout à fait éclairante. Les Belges trouvent aussi de l'emploi dans certains secteurs que l'ouvrier français boude, parce qu'il y trouve le travail trop lourd, ou trop rebutant. Le consul de Belgique à Lille, en 1865, signale que dans son ressort, "les terrassiers belges forment sinon la totalité des bras employés, au moins l'immense majorité". À la fin du siècle, les ouvriers français étaient devenus pratiquement introuvables, dans la région, pour les travaux de terrassement et pour ceux de briqueterie ; il y fallait des Belges." [Jean Stengers, "Les mouvements migratoires en Belgique aux XIXe et XXe siècles", in Revue belge de philologie et d'histoire, tome 82, fasc. 1-2, 2004.]


Des "piqueteurs" belges venant louer leurs services en France pour la moisson [Le Petit Journal, 1908].

Ci-contre, la zone traversée par les frères sur une carte des années 1850 (en orange : Bruxelles, Gand et Lille ; en bleu : les régions de départ et d'arrivée ; frontière internationale en vert). Ci-dessous, une vue détaillée de la région d'arrivée, plus précise mais plus ancienne (Cassini, 100 ans plus tôt) : la route Lille-Paris traverse la rivière Aronde (Moyenneville et Wacquemoulin en amont).

Oise (années 1850-1870)

Sur la route de Lille à Paris, les frères D'haenens interrompent leur périple au niveau du relais de poste de Gournay (dans le département de l'Oise, anciennement dans la province historique de l'Île-de-France mais rattaché à la Picardie depuis 1790). 

François van der Guchten réside à Grandvillers-aux-Bois.
En 1856, âgé de 25 ans, il est valet de cour chez le cultivateur Jacques Napoléon Martin.
Le 23 juin, il épouse à la hâte Caroline Lesueur, enceinte (ouvrière en gants née en 1835).
Leur fils François Adolphe naît en octobre (de nationalité belge par filiation).

Léopold D'haenens réside à Estrées-Saint-Denis, rue du Lion-Noir, où il travaille comme charretier (manouvrier). Il a 19 ans. 

Le 26 juin 1858, âgé de 20 ans, il épouse Lucie Virginie Leclercq, de Moyenneville, issue d'une vieille famille de paysans de Wacquemoulin. François est témoin. Lors de ce mariage, le nom de famille est transcrit sous la forme "d'Hauenens". Illettré, Léopold n'y voit rien à redire. La coquille va se transmettre à toute la descendance.

La carte de Cassini ci-dessus met en évidence les villes de Clermont et Compiègnes en bas, et plusieurs villages en bleu à proximité de Gournay : Wacquemoulin et Moyenneville sur l'Aronde, puis Grandvilliers-aux-Bois et Estrées-Saint-Denis de part et d'autre de la route.

Virginie donne naissance à un fils, Gustave Édouard "d'Hauenens", le 27 août 1859 (à Estrées-Saint-Denis). Il est de nationalité belge, comme son père Léopold.

Puis Virginie et Léopold s'établissent à Moyenneville, rue Qui-Branle, à côté des parents de Virginie.

À Moyenneville, naissance de deux autres garçons : Paul Raymond d'Hauenens, le 30 juin 1862 ; Octave Alfred d'Hauenens, le 16 décembre 1864

   
Estrées-Saint-Denis, Moyenneville et Wacquemoulin.

Guerre franco-prussienne et Commune de Paris

Le 17 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. La population est appelée à verser des impôts exceptionnels. 
La guerre se passe très mal, et Napoléon III capitule à Sedan dès le 2 septembre. Le 4, l'Assemblée Nationale destitue Napoléon III et proclame la Troisième République.

Le 13 septembre, les troupes allemandes entrent dans le département de l'Oise et atteignent Compiègne en milieu d'après-midi.
Paris est assiégée. Le 7 octobre, le ministre de l'Intérieur Léon Gambetta quitte la capitale en ballon et atterrit dans l'Oise.
Le 19 novembre, la première armée prussienne forte de 40 000 hommes arrive dans l'Oise.

  
Gambetta quitte Paris en ballon, dans l'intention de se réfugier à Tours. Touché par des balles prussiennes, il est contraint d'atterrir dans l'Oise, à Épineuse.
À droite, réquisitions prussiennes dans les fermes (par Louis Ulysse Souplet).

Le 26 décembre, les Allemand destituent le préfet nommé par Gambetta et le remplacent par le baron von Schwartzkoppen.
Le 18 janvier 1871, à Versailles, le roi de Prusse Guillaume Ier proclame l'Empire allemand
Le 19 janvier, victoire allemande à Saint-Quentin.
Le 28 janvier, signature d'un armistice entre le gouvernement provisoire de la Troisième République et les Allemands.

Des élections législatives ont lieu le 8 février. À Paris, Louis Blanc arrive en tête, suivi de Victor Hugo, Léon Gambetta et Joseph Garibaldi.
L’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux le 13 février. Jules Grévy est porté à la présidence de l'Assemblée et Adolphe Thiers est élu chef du gouvernement.
Le 13 février, les troupes d'occupation réclament une contribution de guerre de 11 millions de francs au Conseil général de l'Oise (les Allemands refusent d'abord de négocier et retiennent prisonniers les membres du Conseil, qui seront finalement libérés le 24 février contre versement de 2 millions de francs).
26 février : signature d'un second armistice à Versailles. 

Le 18 mars 1871 : une insurrection éclate à Montmartre. Construction de barricades.
Les Prussiens craignant que des troubles éclatent dans l'Oise comme à Paris, toutes les villes ouvrières du département sont placées sous étroite surveillance.
Le 30 mars, le drapeau rouge de la Commune flotte sur l'hôtel de ville et sur tous les monuments publics de Paris.
Dans l'Oise, la deuxième quinzaine d'avril est marquée par un important reflux de Parisiens fuyant la capitale.

Le Traité de Francfort, qui met fin à la guerre franco-allemande, est signé le 10 mai.

21-28 mai : semaine sanglante à Paris. Les troupes de Versailles entrent par l'ouest, franchissent les barricades et massacrent les insurgés.
La capitale est ravagée par les incendies. Derniers combats sporadiques début juin, puis l'ordre se rétablit et la reconstruction commence.

Au cours de cette période de troubles, après la naissance des trois fils (entre 1866 et 1872), Virginie et Léopold s'en vont à Paris.


     
Paris au lendemain de la Commune.
le Ministère des finances     

(cliquer pour agrandir)

Paris, 12e arrondissement (années 1870-1910)

Virginie et Léopold vont chercher fortune à Paris. Ils s'installent dans le 12e arrondissement (187 rue de Charenton), avec leurs deux fils. Leur immeuble se trouve au niveau de la rue Montgallet, en face de la mairie.
Léopold travaille comme employé journalier. Virginie est blanchisseuse. 


Une blanchisseuse à Paris en 1897 (par Camille Bellanger - Musée Carnavalet)                                                                                         

Naissance d'une fille : Lucie Virginie d'Hauenens, le 10 août 1874.

À Paris, Léopold disparaît définitivement entre 1874 et 1880 : il sera certifié "absent sans nouvelles" aux mariages des quatre enfants.

1) L'aîné, Édouard, devient découpeur, puis marqueteur, journalier.
Le 7 février 1880, dans le 11e arrondissement, il épouse Thérèse Marie Meunier (née le 17.10.1856 à Belleville), journalière, fille de Marie Charles Meunier, monteur en bronze, et de Charlotte Catherine Berthauld, couturière. 
Lettré et conscient de ses origines balges, Édouard signe son acte de mariage de son nom D'haenens. Mais l'état-civil français saura rappeler à la fratrie la valeur incontestable du malheureux document établi dans l'Oise en 1858. 

Au centre, la nouvelle mairie du 12e arrondissement, construite en 1876. À droite, la rue Montgallet.
  


Ébénistes et marqueteurs dans l'Encyclopédie de 1765.

 
2) Le puîné, Paul Raymond, devient galochier, puis ébéniste.
Le 31 octobre 1885, dans le 12e arrondissement, il épouse Camille Augustine Marie Martineau (née dans le 18e arrondissement le 31.12.1865), cravatière, fille de Léon Pierre Martineau (ouvrier peintre en bâtiment) et de Marie Josèphe Duchatelle (couturière).
Ils vivent au 185 rue de Charenton (chez la mère d'Hauenens) ; au 38 passage Montgallet, Paris 12e (chez la mère Martineau, à 200 mètres) ; puis au 97 rue de Charonne. (Puis 32 rue Hénard ? à 400 m de l'immeuble de la rue de Charenton.)
Enfants (de citoyenneté française en vertu du double droit du sol) :
     
La rue de Charenton à son commencement sur la place de la Bastille, puis au niveau du boulevard de Bercy et de la rue de la Brèche-aux-Loups.

 
3) Le plus jeune des garçons, Octave, est cordonnier.
En même temps que son frère Paul Raymond (le 31 octobre 1885, dans le 12e arrondissement), il épouse Élisabeth Chameau, fille des ouvriers Jean-Baptiste Chameau et Madeleine Ferrier. Élisabeth est ouvrière (piqueuse de bottines).
Ils se rapprochent du 11e arrondissement : 97 av. Daumesnil, Paris 12e (et 4 rue Gambey, Paris 11e).
Enfants (de citoyenneté française en vertu du double droit du sol) :
 
Deux exemples d'ateliers de chaussures (hommes et femmes) autour de 1900

 

Londres

Le marqueteur Édouard et son épouse Thérèse sont de passage en Angleterre en 1885. Ils résident alors au 22 Rutland Road (South Hackney), dans le Middlesex, en banlieue est de Londres.

En 1886-1886, ils sont dans le quartier de Saint-Pancrace.
St Pancras est une ancienne paroisse du comté de Middlesex. Depuis 1855, son territoire constitue un faubourg de la ville de Londres, à laquelle il sera rattaché administrativement en 1889. (En 1900, le quartier deviendra un borough de Londres, qui fusionnera en 1965 avec Hampstead et Holborn pour former l'actuel borough de Camden).

Londres dans les années 1880 [cliquer pour agrandir] et le drapeau du comté de Middlesex :
   
En bleu, la moitié sud de St-Pancras
; en rouge, Tottenham Court Road. En vert : les gares de Euston, St-Pancras et King's Cross.
En rose, quelques points de repère (dans les faubourgs de Holborn et Westminster) : de haut en bas, le British Musem,
Marble Arch, Covent Garden, Leicester Square et Trafalgar Square.
Le 39 Goodge Street est indiqué par un point orange.

Ci-dessous : les gares de Euston (vers Birmingham), Saint-Pancras (Midland) et King's Cross (York et Écosse).
                  

Édouard et Thérèse ont deux enfants à Londres :
  • Lucie Jannette G., née fin 1885 à Hackney, morte l'année suivante à St Pancras.
  • Lucien-Édouard, né le 21 septembre 1887 à Tottenham Court (St Pancras). C'est la mère qui fait la déclaration au bureau de l'état civil, le 26 octobre. Elle a accouché chez elle, au 39 Goodge Street

  
Le commencement de Tottenham Court Road. Goodge Street est à 500m sur la gauche. - À droite : chambres à louer sur Tottenham Court Road (1886).

Édouard est belge, comme son père ; mais son fils Lucien-Édouard est sujet britannique (en vertu du droit du sol alors en vigueur au Royaume-Uni).

Buenos Aires

  • Un autre Lucien naît à Buenos Aires le 10 janvier 1890. La date, le prénom et les circonstances laissent penser qu'il s'agit d'un nouvel enfant d'Édouard, qui sera allé chercher fortune en Amérique. 
Le nouveau port, Puerto Madero, est inauguré en 1889.
Entre 1880 et 1895, la population de la capitale fédérale argentine passe de 337.617 habitants à 649.000 (dont seulement 320.000 natifs).

     
Buenos Aires et son port en 1889-1890.


Comme son père et son grand-père avant lui, Octave disparaît. Élisabeth demande le divorce, qui est publié le 24 septembre 1890. Élisabeth habite alors au 19 rue Beccaria, près de la place d'Aligre. En 1895, elle est piqueuse de bottines et habite au 9 rue de Lyon.  

 

4) La petite dernière, Lucie Virginie, est cravatière. Elle habite chez sa mère au 187 rue de Charenton.
En décembre 1891, dans le 12e arrondissement, elle épouse Benoît Guillet (né à Saint-Christophe-entre-deux-Guiers (38) le 06.05.1866, gardien de la paix, 5 impasse Châlons puis 187 rue de Charenton, Paris 12e), fils de François Guillet (cultivateur mort à St-Christophe le 18.08.1866) et d’Élisabeth Rey (ménagère). Ils s'installent au 7 rue du Colonel-Oudot (à la porte Dorée).
Lucie Virginie mourra à Paris 12e le 11 janvier 1901.  


L'oncle marqueteur à Alfortville et Paris 11e

Entre 1892 et 1894, Édouard et Thérèse Marie rentrent en France et s'établissent à Alfortville, au 66 rue de Villeneuve [aujourd'hui Paul-Vaillant-Couturier]. 
Le 6 juin 1894, naissance de leur enfant René Emmanuel (de citoyenneté française en vertu du double droit du sol). Lucien-Édouard a bientôt 7 ans ; le petit Lucien en a 4 (sous réserve). 

Thérèse Marie née Meunier meurt le 11 juin 1895. L'enfant est sans doute confié à une nourrice ou à une tante, ou à la grand-mère Virginie (de même que Lucien, sous réserve). 
En 1896, le belge Gustave-Édouard, 36 ans, et son fils anglais Lucien-Édouard, 8 ans, résident provisoirement au 300 rue de Villeneuve (aujourd'hui dans la rue Étienne Dolet, vers le marché). Le père est journalier. 

Le 16 octobre 1897, Édouard épouse en secondes noces Hélexine Céline Mériel (née à Sainte-Gauburge-Sainte-Colombe, Orne, le 03.11.1863, fille de Pierre François et de Zéphirine Rosalie Françoise). Ils vont habiter dans le 11e arrondissement de Paris, au 16 rue des Immeubles-Industriels. 

Édouard est témoin du décès de sa soeur Lucie Virginie le 11 janvier 1901, et de celui de sa mère le 7 avril 1902 (tous deux à Paris 12e).

En avril 1902, âgé de 43 ans, il participe à l'Exposition d'Arts Décoratifs et Industriels de Nîmes, où il obtient une médaille d'argent. 
En mai 1905, les marqueteries de "monsieur d'Hauenens" sont présentées et remarquées à l'Exposition des Beaux-Arts de Paris-Province (salle des fêtes du Palais du Travail, place Dupleix).
En septembre 1906, à l'Exposition du Cercle artistique de Crépy-en-Valois (Oise), d'Hauenens reçoit une médaille d'argent.
 


Pendant la Grande Guerre, Octave réapparaît. Il se remarie avec Anne-Clémence Pauline Cournier le 19 mai 1917, dans le 14e arrondissement. Il a 52 ans.

Parmi les petits-enfants de Léopold, les seuls à conserver le nom de famille sont :

Le cousin français dans la Grande Guerre

René Emmanuel, fils d'Édouard et de Thérèse Marie, réside à Paris 10e. Il est citoyen français par double droit du sol.
En 1914, il est incorporé au 85e régiment d'infanterie en tant que soldat de 2e classe [matricule 248, Seine 1er bureau (Paris).
En février 1915, le régiment prend position en Lorraine, dans les tranchées du Bois Brûlé (commune d'Apremont, aujourd'hui "Apremont-la-Forêt", dans la Meuse).



"Le régiment était remonté vers le 12 février à la tranche Bois Brûlé où l'ennemi, supérieur en artillerie et en engins de tranchée, entretenait depuis novembre une lutte sévère, nous causait de lourdes pertes et, bastion par bastion, tranchée par tranchée, enlevait la redoute du Bois Brûlé et ses abords. Le 15 février, il faisait sauter quatre mines sous la 8e compagnie et s'emparait de notre première ligne. Ce même jour, le sous-lieutenant Ducruet, blessé pour la deuxième fois, perdait l'oeil gauche. Les brancardiers l'emmenaient sous un violent bombardement : "Laissez-moi, leut dit-il, vous n'êtes pas blessés, mettez-vous à l'abri" ; puis, la face ensanglantée, il se leva de son brancard et se rendit seul au poste de secours. 
Quelques jours après, le commandement décide de reprendre à l'ennemi le terrain perdu. Une attaque est montée pout lr 22 février et c'est au 1er bataillon que revient l'honneur de son exécution.
L'attaque a été préparée dans tous ses détails par le commandant Sallé, qui, venu du 95e, a d'abord commandé le 3e bataillon, puis, après une évacuation pour blessure, a remplacé à la tête du 1er bataillon le commandant Bouvier blessé grièvement. L'heure de l'attaque est fixée à 6 heures 30. Une seule compagnie est désignée, la 2e, sous les ordres du sous-lieutenant Charton. Tous les hommes, à qui les chefs ont insufflé l'ardeur et l'esprit de sacrifice qui les animent, ont une confiance absolue dans le succès. D'un bel élan, après une courte préparation par obus Save, ils franchissent notre parapet et, sous la fusillade, enlèvent d'un bond la partie est de leur objectif, que deux sections occupent aussitôt. Puis, après une courte lutte à la grenade, à 7 heures toute la tranchée est prise.
Mais l'ennemi ne veut pas abandonner un terrain dont la conquête lui a coûté de longs mois d'une lutte obstinée. Dès 9 heures, les contre-attaques se succèdent. Toute progression en terrain découvert lui étant interdite par nos feux, il ne peut avancer que par un seul boyau reliant à l'arrière son ancienne première ligne. À la hâte, avec des sacs à terre enlevés au parapet, nos hommes y ont établi un barrage derrière lequel s'engage une lutte acharnée à la grenade. La 2e section de la 2e compagnie est chargée d'interdire à l'ennemi toute avance dans le boyau. Avec un dévouement au-dessus de tout éloge, tous les hommes s'y emploient et en particulier le caporal Barbier. [...]
Cependant, malgré l'énergie des hommes du 1er bataillon, l'ennemi, dans une nouvelle contre-attaque, réussit à franchir le barrage et nos grenadiers doivent reculer dans la tranchée conquise que, pas à pas, ils abandonnent." [Historique du 85 R.I.].


René Emmanuel meurt de blessure de guerre ce 22 février 1915, à l'âge de 20 ans ("mort pour la France").

Le cousin anglais à l'Octroi de Paris

En 1912, Lucien-Édouard, fils aîné d'Édouard, est reçu au concours de commis ambulant à l'Octroi de Paris. Il commence avec un salaire de 1400 francs.

En 1921, il habite au 5 villa Jean-Godard, dans le 12e (à la porte Dorée).
Le 2 juin, épouse Alphonsine Gabrielle Veillant (née le 05.12.1878, acte de naissance du 06.12 à Paris 12e), sans profession. C'est le premier mariage de Lucien-Édouard, 33 ans, mais le 3e d'Alphonsine, 42 ans. Elle a d'abord été mariée avec Augustin Charles Decoin (à Paris 12e le 12.05.1900), puis avec Raymond Henri Cordy (à Bagnolet le 29.12.1906), dont elle a divorcé le 23.02.1920. Par ce 3e mariage, elle perd la citoyenneté française, puisque son mari est anglais depuis la naissance.

Le 5 novembre 1927, Lucien-Édouard est naturalisé français (décret 11668-27), et son épouse Alphonsine est réintégrée dans la nationalité française (décret 11679-27).

Lucien-Édouard fait une carrière de fonctionnaire dans l'administration des douanes (au moins jusqu'en 1933).
 


Le cousin américain, mécanicien à Bagnolet

En mars 1929, Lucien d'Hauenens rachète à un certain Beauchamp le local commercial du 64 rue Sadi-Carnot à Bagnolet. 
Il tient un commerce "mécanique, motos, garage" aux numéros 74 et 62 de la rue Sadi-Carnot.
En septembre et novembre, il dépose deux brevets :

  • Lanterne de signalisation pour véhicules automobiles et autres applications (FRD717759); Application Date September 22, 1930; Publication Date January 14, 1932 ;
  • Contacteur rotatif électrique pour l'allumage ou l'extinction des feux de signalisation des voitures automobiles et autres applications (FRD721670); Application Date November 17, 1930; Publication Date March 7, 1932.
Dès le 15 novembre 1930, la justice enregistre la clôture de son activité commerciale à Bagnolet.
Lucien disparaît quelque temps. Dans Le Petit Parisien du 24.09.1931 : "Récompense à qui donnera adresse de Lucien d'Hauenens, né à Buenos-Ayres, Argentine, le 10.01.1890."
Les deux brevets sont publiés en janvier et mars 1932.

Le 5 mai 1938, le journal Ce Soir rapporte qu'un certain François Baudry a été arrêté pour carambouillage : il passait commande de stylos et de maroquinerie mais ne payait pas les factures ; pendant ce temps, Lucien d'Hauenens (49 ans, porte de Bagnolet) et sa femme écoulaient la marchandise sur les marchés de la région.
 
 

Marseille (années 1910-1960)

Le 20 septembre 1910, à Marseille, Paul d'Hauenens épouse Andrée Foignet, née à Bourges le 01.03.1893, fille du Parisien Charles Carpentier-Foignet, inspecteur d'assurances à Bourges, et de Marguerite Victoire née Jouannet, issue de familles de Moulins et de Lavault-Sainte-Anne (Allier).

      
                                                                         Paul d'Hauenens à Marseille.                                      Probablement Andrée Foignet.                           Charles avec sa mère et sa grand-mère.

Ils ont un enfant, Charles (né le 20 juin 1911), puis se séparent rapidement (comme le père Octave, le grand-père Léopold et l'arrière-grand-père inconnu).
Charles est élevé par sa mère et sa grand-mère maternelle.

 
Paul épouse en secondes noces (le 18 mars 1924 à La Grand-Combe, Gard) Jeanne Constance Augusta Bourrier. Il finira sa vie à Marseille.
La mère d'Andrée épouse en secondes noces (le 18 mars 1926, à Marseille) Joseph Marius Bourelly.
Quant à Andrée, elle épouse en secondes noces (le 28 avril 1927, à Marseille) Dominique Antoine Rossi. Elle mourra à Marseille en 1934.

Années 1930

Le 28 avril 1932, à Marseille, Charles épouse Adrienne Coustures, issue d'une famille d'agriculteurs de l'Ariège.
 


Comptable, commerçant, magasinier, Charles est gérant de la succursale marseillaise de l'entreprise Mintex (rattachée à la filiale parisienne du groupe britannique).


     
Charles en voyage professionnel à Londres.


L'après-guerre


    
Charles et Adrienne à Marseille vers 1946-1947.



Sources :
Archives départementales
Parcours de la famille Lepoivre.

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