Carpentier-Foignet du Loiret à Marseille 


Yèvre-le-Châtel (années 1830-1860) : la transmission du domaine des Foignet 

À Yèvre-le-Châtel, dans le Loiret, sur le cours de la Rinarde (affluent droit de l'Essone en aval de Pithiviers), Jean-Jacques Foignet est propriétaire du domaine des Grands-Châtelliers

   
Le village d'Yèvre-le-Châtel, ancienne place forte sur la route entre Paris et Orléans,
avec les vestiges de son château-fort (démantelé au XIIe siècle, reconstruit au XIIIe, abandonné au XVe).

Le domaine des Grands-Châtelliers est une ancienne terre seigneuriale.

À l'église paroissiale Saint-Gault de Yèvre-le-Châtel, un monument rappelle la famille qui l'habitait au XVIIe siècle : il s'agit de la tombe de Charlotte de Garges (de la famille des seigneurs de Macquelines), seconde épouse de François de Montmorency (baron de Fosseux), morte en sa maison des Grands-Châtelliers le 4 juillet 1631 (la tombe de
son frère Philippe se trouve aussi dans l'église) :

CY DESSOVBS GIST ET REPOSE LE CORPS DE DAME CHARLOTTE DE GARGE
DE LA MAISON DE MAQVELLINE EN PICARDIE
FEME EN PREMIERE NOPCE DE M. PEPIN DE BONNOVVRIER
ET EN DERNIER DE M. FRANCOIS DE MONTMORANCY VIVANT SEIGNR ET BARON DE FAVSSEVSE
LAQVELLE DECEDA EN L' AGE DE LVI ANS
EN SA MAISON DES GRANDS CHASTELLIERS
PAROISSE D' YEVRE LE CHASTEL
LE IIII JUILLET 1631
PRIEZ DIEV POVR ELLE



En septembre 1785, la "terre et seigneurie des Grands-Châtelliers" était à vendre, avec tous les privilèges associés [cliquer sur l'annonce ci-contre pour l'agrandir].

Le domaine comprenait alors château, bosquets, jardins, clos, 55 arpents de terres labourables ; en outre, sous l'ancien régime, la transaction incluait cens et rentes seigneuriales et foncières, droits de chasse et de pêche, ainsi que droits de banc et sépulture en l'église d'Yèvre (c'est-à-dire une dérogation à l'ordonnance de 1776 qui obligeait à enterrer les morts dans les cimetières).


En 1810, Jean-Jacques Foignet a déposé à la sous-préfecture une demande de dérogation à la réglementation sur les inhumations (cf. Archives départementales du Loiret), où l'on apprend qu'il était déjà propriétaire sous l'Empire. (Peut-être sa famille en a-t-elle fait l'acquisition en 1785, ou peut-être l'a-t-il racheté lorsque le domaine aura été confisqué à la Révolution.) Il souhaite apparemment faire proroger son droit à l'inhumation en église (malgré l'abolition des privilèges féodaux).
 
Marie-Thérèse Foignet née Carpentier réside au domaine avec son mari jusqu'à la mort de celui-ci.


Marie-Thérèse meurt à son tour aux Grands-Châtelliers le 4 janvier 1841. (Les deux témoins du décès sont un cultivateur et un vigneron.) Elle est inhumée à Yèvre-le-Châtel, non pas au cimetière mais à côté des ruines de la chapelle Saint-Lubin, où l'on peut toujours voir la croix de fer forgé érigée sur sa tombe :

 
(photos Jean-Marie Clausse)
     


Son fils (et fils adoptif de Jean-Jacques), l'avocat parisien Charles Jean Carpentier-Foignet (environ 38 ans), hérite du domaine, où il passe sans doute le reste de sa vie, aux côtés de son épouse Amable Constance née Delaporte. Comme on l'a vu ci-dessus, il hérite aussi du bien immobilier des Delaporte à Paris (et le transmet vraisemblablement à son fils Charles).
Le mardi 4 septembre 1855, lors de la séance du conseil général du Loiret, à Orléans, "Carpentier-Foignet" fait partie du jury d'expropriation adopté pour l'année 1856 (arrondissement de Pithiviers).
En 1858, "Carpentier-Foignet" est conseiller d'arrondissement.
En juillet 1860, "Foignet" est nommé maire de Yèvre-le-Châtel (Journal du Loiret, 10.08.1860).

(Dans les années 1860, comme on l'a vu ci-dessus, Charles Jean et Amable Constance revendent leur bien parisien dans le cadre des expropriations du baron Haussmann. C'est peut-être à ce moment que leur fils Charles quitte Paris pour Moulins ?) 



L'avocat "Charles Jean Foignet" meurt à Yèvre-le-Châtel le 10 avril 1869, âgé d'environ 66 ans.

Les témoins sont deux amis du défunt : Louis Antoine Péguy, un propriétaire de 51 ans, et Jean-Baptiste Bannier, 54 ans, fermier.

Charles Jean est inhumé non loin de sa mère, dans l'enclos du cimetière d'Yèvre-le-Châtel [photo à gauche].










L'année suivante, la soeur de Charles, Marie, meurt à Paris à l'âge de 33 ans. Elle est inhumée près de son père [photo à droite].





(L'ami Péguy sera également enterré dans ce cimetière, en 1878. Quant aux Bannier, ils ont une chapelle de famille à côté.)


La veuve Amable Constance (55 ans) va quitter le château et suivre son fils Charles (37 ans), célibataire, qui fait carrière dans l'administration.
 

Pendant ce temps, un certain monsieur Péguy (sans doute Louis Antoine, l'ami de la famille mentionné ci-dessus) administre les Grands-Châtelliers pour le compte des propriétaires.

Du 20 novembre au 3 décembre 1870, le domaine est occupé par les troupes prussiennes, ce qui occasionne des dégâts considérables.

En février 1871, la propriétaire Mme Foignet (qui réside sans doute déjà à Moulins) charge son homme d'affaire M. Péguy de se rendre au domaine pour y réparer les dommages. Les jours suivants, il remarque que la maison a été cambriolée : quelqu'un est entré par une fenêtre en cassant un volet et un carreau, et a dérobé une cave à liqueurs dans la salle à manger. Les semaines suivantes, deux matelas disparaissent, des habits, des couvertures, du mobilier, des ustensiles de cuisine et des cahiers de musique. Les deux accusés, Louis-Albin Barthélemy, cultivateur de 25 ans, et sa femme Célina-Ermance Petit, 23 ans, domiciliés à Yèvre-la-Ville, comparaissent le mercredi 12 juillet à la Cour d'assises du Loiret, inculpés de vols qualifiés. Barthélemy est condamné à 5 ans de prison et au paiement des dommages et intérêts ; sa femme est relaxée (Journal du Loiret, 14.07.1871).

Le 16 août 1874, la propriété sera finalement vendue aux enchères en 2 lots (mise à prix : 25.000 francs) :
  • 1) domaine des Grands-Châtelliers : habitation bourgeoise, jardin d'agrément et parc (superficie : 6 hectares, 13 ares et 90 centiares) ;
  • 2) domaine des Petits-Châtelliers : corps de ferme, grand jardin potager, jardin d'agrément, pépinière, pièce d'eau (superficie : 4 hectares, 68 ares et 5 centiares).

Un petit récapitulatif s'impose... Dans la moitié gauche du tableau ci-dessous [cliquer pour agrandir], on retrouve le fils Charles, avec ses parents et grands-parents.





Moulins (années 1860-1880) : Charles Foignet à la Préfecture de l'Allier, avec sa jeune mère et sa jeune épouse

Charles (Carpentier-)Foignet quitte la rue de Malte et Paris. Il est nommé à la préfecture de l'Allier, d'abord en tant que chef de division.

"Par décret impérial du 15 septembre 1869, M. Foignet, chef de division à la préfecture de l'Allier, a été nommé conseiller de préfecture de ce département, en remplacement de M. Pageol, démissionnaire."

En 1874, on revend (aux enchères) la propriété du Loiret.

Charles, 43 ans, réside maintenant à Moulins, sur l'Allier, au 18 rue de l'Oiseau (qui part vers la gauche, sur la photo ci-contre - l'immeuble n'existe plus aujourd'hui), avec sa mère, veuve et rentière de 60 ans.

En 1877, Charles est promu secrétaire général de préfecture. ("Par décret du Président de la République, en date du 21 février 1877, rendu sur la proposition du président du conseil, ministre de l'intérieur, M. de Martignac, conseiller de préfecture du département de Loiret Cher, a été nommé conseiller de préfecture du département de l'Allier, en remplacement de M. Foignet.")

Mais aussitôt, il démissionne : "Par décret en date du 1er novembre 1877, M. Trapet, conseiller de préfecture du Puy-de-Dôme, a été nommé secrétaire général de la préfecture de l'Allier, en remplacement de M. Foignet, mis en disponibilité, sur sa demande."

Charles devient inspecteur d'assurances (auprès de son futur beau-père ?). 

À Moulins, le 16 février 1882, il épouse la jeune Moulinoise Marguerite Victoire Jouannet. Il a 50 ans, elle en a 23. (La mère a 68 ans.)
Le père de la jeune fille est inspecteur des écoles et directeur de l’École normale d'instituteurs de Moulins, officier de l'instruction publique... ainsi qu'agent principal de la Compagnie d'assurances générales sur la vie.

La jeune épouse et la mère suivent Charles au gré de ses mutations. La famille s'établit ensuite à Bourges.


Bourges (années 1890-1900)

À Bourges, Charles réside au 2 place de la Gare. Il vit donc avec sa jeune femme et sa vieille mère.

C'est là que naît la fille de Charles et Marguerite, Andrée (Carpentier-)Foignet, le 1er mars 1893. Le père a alors 61 ans, et la mère 34.

(En 1894, le père de Marguerite meurt à Moulins : la mère reste veuve.)

Un second enfant, Jacques Marie, naît et meurt en 1895.


Amable Constance, meurt le 4 février 1896, âgée de 81 ans, en leur logement de la place de la Gare.

Charles fait inhumer sa mère à Yèvre-le-Châtel, où les terres ont eté vendues mais où reposent sa soeur, son père et sa grand-mère.






Il reste donc la petite Andrée et ses parents.

Charles meurt quand sa fille Andrée est encore jeune (probablement à Bourges entre 1902 et 1906).


Marseille (années 1900-1930)

Quelques années plus tard, on retrouve Marguerite et sa fille Andrée à Marseille :



Andrée épouse (le 20 septembre 1910 ?) Paul Alfred d'Hauenens, issu d'une famille d'ouvriers journaliers du quartier parisien de Daumesnil. Ils ne viennent pas du tout du même milieu social.

  
Paul Alfred d'Hauenens à Marseille. À droite, probablement Andrée Foignet.


Andrée et Paul ont un enfant (né le 20 juin 1911), puis se séparent rapidement.

Nouvelles vies

Paul Alfred épouse en secondes noces (le 18 mars 1924 à La Grand-Combe, Gard) Jeanne Constance Augusta Bourrier.
Il finira sa vie à Marseille.

La mère d'Andrée, Marguerite Victoire née Jouannet [ci-contre en 1921], réside au 17 vieux chemin d'Endoume.
Elle épouse en secondes noces (le 18 mars 1926, à Marseille) Joseph Marius Bourelly.
De nouveau veuve, elle mourra à Marseille en 1936.

Andrée épouse en secondes noces (28 avril 1927, à Marseille) Dominique Antoine Rossi.
Elle meurt à Marseille en 1933.


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