Giletta, La Roquette-Saint-Martin



La Roquette-Saint-Martin est constituée d'une partie haute, le village perché de La Roquette, et d'une partie de basse, Saint-Martin, au bord du Var.
Sur le territoire de la commune, on cultive les oliviers, les céréales, le foin, et on élève un peu de bétail.

Les villages sont peu peuplés. Les Giletta y sont nombreux. Il ne faut sans doute pas chercher très loin leur origine. Giletta est le nom d'un village perché qui se trouve à 4 km de là, surplombant l'Estéron juste avant son confluent dans le Var.
À cet endroit, l'Estéron et le Var forment une frontière immuable avec la France (depuis le XIVe siècle et jusqu'à l'annexion de 1860). Gilette et Saint-Martin sont donc deux villages on ne peut plus frontaliers, et indissociables du Comté de Nice.


Le confluent de l'Estéron et du Var aujourd'hui.

Fief des Grimaldi et des Lascaris-Castellar, puis des Laugier, La Roquette passe par héritage à la famille Bonfiglio en 1702.

Années 1750

En 1752, la commune réunit 1 seigneur (Francesco Antonio Bonfiglio) et 90 chefs de famille, soit 450 habitants. La superficie est de 3100 stérées de Nice, dont 100 de champs, 700 de vignes, 500 de bois et 1600 de friches.

Dans les années 1750, de grandes crues emportent les hectares de terres qui avaient été gagnés sur le Var au cours des siècles, ainsi que l'église paroissiale et quelques maisons. L'église est reconstruite un peu plus haut, à l'est du village.

Matteo Giletta naît le 28 janvier 1758. Il est le fils de Stefano et de Catharina, paysans de La Roquette-Saint-Martin.

Années 1780

En 1784, Matteo Giletta épouse Teresa Roland, d'une famille de La Roquette-Saint-Martin (son père Giacomo est issu d'une branche Roland descendue d'Aspremont et d'Utelle au XVIIe siècle, et d'une branche Berenguiera venue de Bouyon, une commune d'outre-Var qui faisait partie du Comté de Nice jusqu'au traité de 1760 tout en étant rattachée au diocèse français de Vence).

Leur fils Jean-Louis est baptisé le 13 mai 1788, mais il meurt deux ans plus tard.

Francesca naît vers 1790 ou 1791.



Années 1790 et occupation française

En septembre 1792, l'armée française s'empare de Gilette et de La Roquette-Saint-Martin. La résistance s'organise aussitôt en montagne, sur la rive gauche du Var.

En février 1793, la France prend officiellement possession du Comté de Nice.
Le 29 août 1793, la marine anglaise arrive à Toulon pour soutenir les alliés et prendre le contrôle de tout le littoral provençal et ligure. Dès lors, le confluent de l'Estéron et du Var devient la seule voie de passage entre Provence et Italie. Par conséquent, l'armée piémontaise (qui bénéficie de renforts autrichiens) tente de reprendre le fort de Gilette à la mi-septembre. Le 30 septembre, une deuxième tentative permet de reprendre le village, mais les Français gardent le fort. L'armée austro-sarde rassemble 5000 hommes dans les environs. Les Français paniquent : ils ne sont que 600. Le combat se déroule le 19 octobre. Il fait 800 morts et 700 prisonniers, et se solde par une victoire décisive des Français sur le front italien.

     
Le combat de Gilette, par Adolphe Roehn, tableau commandé par Louis-Philippe pour le musée historique de Versailles en 1835 (à gauche). Il fera l'objet de nombreuses reproductions.

En 1796, le notaire de la commune, un certain Antoine François Gilette, est nommé capitaine de la garde nationale, chargée de combattre les Barbets.

Dans la ville basse (Saint-Martin), Matthieu est cultivateur, puis fabricant de tuiles [illustration à droite].


En 1799 ("an VII" de la République française), âgé de 41 ans, il vit avec sa femme et leurs enfants (environ 4). La famille paye 5 centimes d'impôts. À titre de comparaison, le notaire homonyme, domicilié dans la ville haute, paye 48,05 francs.


En 1807, la famille des paysans Giletta est recensée sur le territoire de la paroisse succursale de St-Martin-du-Var (la ville basse) : Matthieu a 48 ans ; Thérèse en a 39 ; Françoise, 16 ; Marie, 14 ; Dévote, 10 ; Pierre Antoine, 10 ; Félicité, 7 ; et la petite dernière, qui s'appelle également Françoise, a 2 ans.
Ils habitent rue de la Forge [ci-contre : la rue de la Forge en 2015].


Restauration

À la Restauration sarde, on retrouve Francesca (la fille aînée) sur les coteaux du nord de Nice. Entre-temps, ses parents Matteo et Teresa sont décédés.
Le 18 février 1816, à Cimiez, elle épouse Massimino Laugier, fils de cultivateurs propriétaires à Brancolar.



Le confluent de l'Estéron et de Var dans les années 1850 (carte d'état-major des États-Sardes).
Ci-dessous, détail du hameau de Saint-Martin, au bord du Var.




Le village de Saint-Martin dans les années 1850, imaginé par Alain Benedetto.

1860 : cession du comté de Nice à la France
1867 : sous Napoléon III, les hameaux de La Roquette-Saint-Martin
sont séparés en deux communes distinctes : La Roquette-sur-Var et Saint-Martin-du-Var.


Sources :
Archives départementales des Alpes-Maritimes
Pierre Robert GARINO, La Roquette - Saint Martin : Crounica dei Rouquetan e San Martinenc, Serre, 1994.
Archives personnelles de Georges Roland

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