A.E. Housman

Derniers poèmes

1922

(Extraits)




X

L’homme fût-il toujours grisé

    De vin, d’amour ou de bagarres ;

Je me réveillerais serein,

    Serein me coucherais le soir.

 

Mais l’homme est sobre à l’occasion,

    Alors il pense non sans heurts ;

Et lorsqu’il pense, il entrelace

    Ses mains en travers de son cœur.


X

Could man be drunk for ever

    With liquor, love, or fights,

Lief should I rouse at morning

    And lief lie down of nights.

 

But men at whiles are sober

    And think by fits and starts,

And if they think, they fasten

    Their hands upon their hearts.

XI

Voici que le jour s’est levé :
Et moi je dois en faire autant,
Pour m’apprêter, boire et manger
Considérer, causer, penser
    Travailler, tout le temps.

Souvent je me suis apprêté
Pour un résultat éphémère.
Qu’on me laisse donc alité :
Dix mille fois j’ai essayé
    Et tout est à refaire.


XI

Yonder see the morning blink:
    The sun is up, and up must I,
To wash and dress and eat and drink
And look at things and talk and think
    And work, and God knows why.

Oh often have I washed and dressed
    And what’s to show for all my pain?
Let me lie abed and rest:
Ten thousand times I’ve done my best
    And all’s to do again.


XII

Aux lois de l’homme, aux lois de Dieu,
Qu’obéisse qui veut, qui peut ;
Pour ma part : Dieu et l’homme passent
Des lois pour eux — grand bien leur fasse ;
Et si mes voies des leurs diffèrent,
Qu’ils s’occupent de leurs affaires.
Je condamne leurs actes, moi,
Mais je n’impose point mes lois !
Faites-vous plaisir, dis-je, et eux
Ils n’ont qu’à détourner leurs yeux.
Or non : voici qu’ils font ployer
Leur prochain sous leur volonté,
Et me font danser à leur aise
Des fers à l’enfer et ses braises.
Et comment ne trouver odieux
Le diabolisme en l’homme, en Dieu,
Étranger, apeuré au sein
D’un monde qui n’est pas le mien ?
Ils règnent, à raison ou tort,
Tout aussi sots, tout aussi forts ;
Il n’est de fuite, ô âme pure,
Ni sur Saturne ou sur Mercure :
Nous devons, tant que se peut faire,
Céder à ces lois étrangères.


XII

The laws of God, the laws of man,
He may keep that will and can;
Now I:  let God and man decree
Laws for themselves and not for me;
And if my ways are not as theirs
Let them mind their own affairs.
Their deeds I judge and much condemn,
Yet when did I make laws for them?
Please yourselves, say I, and they
Need only look the other way.
But no, they will not; they must still
Wrest their neighbour to their will,
And make me dance as they desire
With jail and gallows and hell-fire.
And how am I to face the odds
Of man’s bedevilment and God’s?
I, a stranger and afraid
In a world I never made.
They will be master, right or wrong;
Though both are foolish, both are strong,
And since, my soul, we cannot fly
To Saturn or Mercury,
Keep we must, if keep we can,
These foreign laws of God and man.


XIV. Le coupable

La soirée où je fus conçu,

Mon père était bien loin de moi :

Il ne se donna pas la peine

D’imaginer qu’un jour je sois

    Le fiston que voilà.

 

Le jour où je naquis, ma mère

Se félicita follement,

Quoique je la fisse souffir,

De donner naissance à l’enfant

    Naissant à cet instant.

 

Ma mère et mon père tous deux

Loin du jour ils sont étendus ;

Le mandat ne peut les atteindre,

C’est moi seul qui suis attendu

    Et qui serai pendu.

 

Ô que l’homme ne se souvienne

De cette âme oubliée de Dieu :

Prenez le foulard du comté,

À mon cou faites-en un nœud,

    Je pourrirai sous peu.

 

C’est ainsi que prend fin ce jeu

Dont le début fut une erreur.

Mon père et ma mère tous deux

Ils avaient un fils prometteur,

    Je n’ai pas cet honneur.

XIV. The Culprit

The night my father got me

    His mind was not on me;

He did not plague his fancy

    To muse if I should be

    The son you see.

 

The day my mother bore me

    She was a fool and glad,

For all the pain I cost her,

    That she had borne the lad

    That borne she had.

 

My mother and my father

    Out of the light they lie;

The warrant would not find them,

    And here ’tis only I

    Shall hang so high.

 

Oh let not man remember

    The soul that God forgot,

But fetch the county kerchief

    And noose me in the knot,

    And I will rot.

 

For so the game is ended

    That should not have begun.

My father and my mother

    They had a likely son,

    And I have none.




A.E. Housman, Last Poems (1922).
Poèmes traduits de l'anglais par Sébastien Cagnoli (©2010-2011).
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