Mihail Lebedev

L'intrépide

De la vie des anciens Komis (1929)




Avec L’intrépide, Lebedev entreprend de brosser un tableau de la vie quotidienne des anciens Komis. Son sujet, ici, n’est pas mythologique, il ne fait pas appel à des symboles ou à des représentations mystiques : à travers le personnage de Iokych, il imagine la vie héroïque d’un jeune chasseur, et nous renseigne au passage sur les usages et les traditions de la région.

Ce poème ethnographique est d’un grand intérêt, pour les lecteurs étrangers, dans la mesure où Lebedev y décrit scrupuleusement les caractéristiques de la vie des anciens Komis : l’environnement naturel (forêts, rivières), la chasse (calendrier, animaux à fourrure), l’habitation (villages, campements), la navigation fluviale (barques, acheminement des marchandises), le fer, le troc, la malhonnêteté des marchands étrangers (russes ?) qui tentent de piller le pays komi…

Il situe son récit sur le cours de l’Ejva (nom komi de la Vytchegda), probablement dans la région de Körtkerös (qu’il connaît bien) : dès que le climat le permet, Iokych descend le cours du fleuve, vers l’embouchure du Syktyv (nom komi de la Sysola). Les bouches du Syktyv, c’est littéralement « Oust-Sysolsk », aujourd’hui la ville de Syktyvkar. Les étrangers qui remontent l’Ejva, ils viennent peut-être de Kotlas, de Veliki Oust-Ioug, de Vologda : ce sont vraisemblablement des Russes qui, à la fonte des glaces, s’aventurent dans les régions boréales pour y acquérir de précieuses fourrures (renard, martre, zibeline…).

Quand les mystérieux étrangers, qu’on prenait naïvement pour d’honnêtes marchands, s’avèrent des bandits sans pitié, Lebedev transforme son sujet ethnographique en un récit épique, où les valeureux Komis doivent combattre des ennemis dangereusement armés… L’intrépide Iokych, livré aux pirates de la taïga, sauvera-t-il l’honneur de son peuple ?

 

Les 372 vers (93 quatrains) sont des tétramètres trochaïques, avec rimes plates et élision de la dernière syllabe sur les deux derniers vers de chaque quatrain.


L’intrépide

(De la vie des anciens Komis)

Повтöм зон

(Важся коми олöмысь)

Le passé, voilà mon sujet :
Je pense qu’il n’est pas mauvais
Que je présente ici aux gens
À quoi ressemblait l’ancien temps.

Ce temps est tombé en poussière,
Oublié de nos vieux grands-pères.
Je ne dis pas là de mensonge :
Six cents ans ont passé depuis.


Войдöр со мый шуа–кайта:
Оз ло омöльыд, ме чайта,
Иöзлы петкöдла кö тан
Важся кадлысь чужöмбан.

Тайö кадыс мупыр мунi,
Пöрысь пöльяслöн нин вунi.
Менам пöръялöм оз ло—
Коли сэсянь квайтсё во.


* * * * * * * * * * * *



Il y avait dans la taïga,
Sur l’Ejva dans la forêt noire,
Robuste et le cœur intrépide,
Un gars komi nommé Iokych.

Vivant avec les villageois
Dans le calme et la bonne entente,
Il sévissait dans la forêt,
N’étant pas tendre avec les bêtes.

Il capturait de nombreux ours,
Abattait moult renards et martres ;
Trouvait de rares zibelines,
Pas moins de vingt en une année.

Iokych avait la tête claire,
En tout il raisonnait très bien,
Il savait où et quand aller
Dans la forêt chercher les pièges.

Rien ne lui avait résisté.
Même le renard ne pouvait
User de ruse avec Iokych :
Pas moyen de lui échapper.

Ayant accumulé l’hiver
Tant de fourrures de valeur,
Iokych ne les gardait pour lui,
Ni ne les brûlait dans le poêle.

Telles étaient ses habitudes :
Le printemps à peine arrivé,
Il va mettre une barque à l’eau,
En ployant le dos sous le poids.

Mais quand il prépare la barque,
Il met les meilleures fourrures,
Non les mauvaises, évidemment,
Sous de l’écorce de bouleau.

Il charge encor des provisions,
Puis il s’élance sur l’Ejva.
Le but du voyage est ici
Où un marchand est établi.

Il était rusé, le marchand :
Qu’on mène à lui la barque pleine,
Il vous en donne quatre haches :
« Tu peux t’en retourner, mon gars. »

Qui vit au cœur de la taïga,
Il a grand besoin d’une hache.
Les Komis n’avaient pas de fer,
Ce qui causait bien des sanglots.

À moins d’un marchand pour le troc,
On ne peut obtenir de fer ;
L’ours ne se tue avec un pieu —
Dans la taïga on sait cela.

Chaque hiver Iokych descendait
Ainsi les précieuses fourrures,
Et ramenait haches et lances,
Comme on apporte un os au chien.

Le marchand, il s’en rendait compte,
Chasse les gens comme un renard,
Avec lui, il est impossible
De discuter, de résister.

Une année, l’hiver finissant,
Iokych, aux bouches du Syktyv,
Vit, flambant de rouge et de jaune,
Sept barques remontant le fleuve.

Toutes sont de même grandeur,
Et toutes de même facture :
Longues et fines, proue pointue,
On ne peut qu’en faire l’éloge.

Les gens s’affairent dans les barques,
Faisant leur travail avec zèle :
Ramant, souquant. Chacun est jeune,
La bouche ouverte pour chanter.

Le chant des rameurs est puissant,
Il est sagace, et non plaintif.
Jamais un Komi n’a chanté
Une chanson aussi joyeuse.

« Ô merveille ! Qui sont-ils donc ?
Et vers où s’acheminent-ils ?
Quelle grande célérité !
Et ils ne sont pas silencieux !

Mais ils ne réfléchissent point.
Et je vois d’ici leurs gros ventres.
Ces gens-là sont tous des marchands »,
Voilà ce que pensa Iokych.

Et comme il avait besoin d’armes,
Son cœur vaillant se ranima :
Il va pouvoir ravoir du fer,
Fût-ce en petite quantité.

Nul marchand encor cette année
N’est venu vendre ou échanger.
Iokych n’a pas encor livré
Les peaux de valeur de l’hiver.

Le jour déjà se terminait.
Le soleil plongeait dans les bois.
Vint la sœur du doux vent du sud :
La chaude nuit au clair visage.

Les marchands sortirent dormir,
Voici qu’ils arpentent la rive,
Y dressent une tente blanche,
Pour s’y abriter des moustiques.

À côté, un bûcher s’allume.
Ils veulent cuire en grand chaudron,
Les inconnus, viande et poisson.
Fument les bûches résineuses.

Sur le sable, tels des brochets,
Les sept barques pointent leur nez.
Voici que les prend la paresse.
Comme l’homme elles se reposent.

Iokych ne resta pas longtemps
À guetter leur tempérament.
Vers son village sans tarder
Il se rendit tout guilleret.

Son village n’était pas loin,
Sur une butte entre deux fleuves.
Il abritait trente habitants.
L’ami Iokych y arriva.

Puis il accourt de tente en tente,
Avec un bâton de bouleau
Il tape à la paroi — toc-toc :
« Écoute, écoute-moi, cher frère !

Des marchands sont venus en groupe,
Remontant le cours de l’Ejva.
Dans leurs sept barques, il me semble,
Ils transportent beaucoup de fer. »

Tel l’Ejva le camp bouillonna.
Dehors tous les gens s’agitèrent.
Court le vieillard, court le jeune homme,
Comme dans l’eau l’omble rapide.

Leur chagrin reste derrière eux.
Iokych rappelle ce qu’on sait :
« Si les marchands ne montaient pas,
Les chasseurs seraient bien en peine.

Tant de nos lances sont brisées,
Tant de fils komis n’ont pas même
Une hache en leur possession :
Sans le couper, l’arbre ne tombe.

Les marchands montent dans sept barques.
C’est sûr, ils transportent du fer.
S’il faut du fer, que chacun porte
Les précieuses peaux pour l’échange ! »

Les gens bouillonnent : « Portons donc,
Si nous les trouvons sur leur rive,
Pourvu qu’ils ne soient repartis.
Nous voici prêts à échanger ! »

Sous la tente on se mit à l’œuvre :
Chacun choisit dans ses fourrures
Martre, renard et zibeline,
Richesses du pays komi.

Ce travail n’était pas ardu :
Ils eurent vite tout fini.
Bien des fardeaux, depuis la rive,
Ils lancent dans leurs barques — boum !

Leurs barques de tremble sont bonnes :
D’une barque, on peut faire un toit.
Mais par forte houle, à la rame,
On n’y peut pas voguer nombreux.

Comme des brebis apeurées,
Les barques filent en aval.
Voici ce que leur crie Iokych :
« Tournez, mes frères, vers la gauche ! »

L’eau s’élargit, fait des remous :
Dans l’Ejva coule un affluent,
Du Syktyv on voit l’embouchure.
Sur la rive, une tente blanche.

Les barques des marchands sont là.
Quant aux marchands, où sont-ils donc ?
Ils ne font pas beaucoup de bruit :
Il n’y a là que deux personnes.

Ces deux-là ont de grosses haches,
Des chapkas rouges sur la tête,
De jolies chemises brodées,
De drap précieux, probablement.

« Ce soir les moustiques font rage :
Les gens se sont mis sous la tente,
Sauf deux qui surveillent les barques »,
Explicita l’ami Iokych.

Les Komis rament vivement,
Arrivent au camp des marchands.
L’un des veilleurs, comme un mulot,
Se glissa soudain sous la tente.

La tente s’ouvrit : en sortirent
Les propriétaires des barques,
Robustes et larges d’épaules,
Et de visages rubiconds.

Puis ils posèrent des questions :
« Qui dieu amène-t-il ici ?
Écoutez, quel est votre but ?
Venez-vous en bien ou en mal ? »

Iokych se leva sur le sable,
Les invita à s’approcher :
« Venez par là, venez, vous tous !
Nous apportons des peaux précieuses.

Ce que nous prîmes en un an,
Avec vous nous souhaitons troquer
Contre votre fer que voici.
Vous voyez quel est leur visage !

Venez, marchands, n’ayez pas peur,
Les Komis sont des gens de paix,
Qui ne font de mal à personne,
Ne demandant que lance et hache. »

Le groupe de marchands répond :
« Nous n’avons peur que rarement.
À qui vient à notre rencontre
Nous pouvons briser bras et jambes.

Si nous prenons les peaux précieuses,
De fer nous remplirons le pays komi.
Notre fer est par trop fameux :
Il a tranché beaucoup de têtes ! »

Iokych médita ces paroles
Et repartit en plaisantant :
« Pour sûr que ce n’est pas un mal,
Quand la bête a le chef tranché.

Si vous nous donnez un tel fer,
Vous aurez assez de fourrures :
En un village et en un an,
Trois cents vingt martres et renards ! »

Les marchands ont les yeux qui brillent,
Et ils trépignent sur le sable,
Nul ne retourne vers la tente,
Leur doux sommeil est oublié.

Les Komis sortirent des barques,
Ouvrant leurs sacs et déversant
Leur marchandise sur le bord.
La rive s’emplit de fourrures.

« Regardez là, Iokych déclare,
Ceci n’est pas de peu de prix.
Quel poil si dense et si joli !
Où en verrait-on de meilleur ?

Allons, procédons à l’échange,
Comptons la valeur des fourrures,
Et vous calculerez vous-mêmes
Ce qu’on peut en donner de fer. »

Lors quelqu’un d’entre les marchands
Vociféra, très courroucé :
« Nous n’avons rien à calculer :
Le fer vous fera rendre l’âme ! »

Les Komis sont tout étonnés.
Qu’est-ce : rêve ou réalité ?
Le ton des marchands a changé,
Leur discours n’est plus pacifique.

Chacun s’exclame méchamment,
Chacun prend une arme tranchante :
Qui une épée, qui une hache,
Tout stupéfaits qu’ils peuvent être.

Les bras brandissent des couteaux,
Les javelots sont avancés,
Les flèches prêtes à voler.
Personne n’avait les mains vides.

Iokych leur cria : « Braves frères,
Décampez bien vite d’ici !
Vous voyez à quoi ils ressemblent :
Ces bateliers sont des brigands ! »

Il n’avait pas fini de dire
Comment il fallait décamper,
Qu’en avant les brigands bondirent :
« Écrasons ces hommes des bois ! »

Les fils de la taïga restèrent.
Aucun ne put prendre la fuite.
Pif ! paf ! — la bande de brigands
Rossa les chasseurs vertement.

Il plut sur le dos des Komis,
De manche et de contre-tranchant
Des coups en veux-tu en voilà.
Les brigands étaient malveillants.

Ils n’en tuèrent pas un seul,
Mais affaiblis les autres furent
Par de si fortes meurtrissures,
Et leur cerveau fut embrouillé.

« Puis voici ce qu’on va leur faire :
Jetons-les tête en bas au fleuve »,
Dit un brigand encor tout jeune.
C’est alors que la nuit prit fin.

L’aube jolie finit de poindre,
Le soleil saillit des forêts,
Le bois noir s’éveille et s’anime.
La terre et l’eau changent d’aspect.

Le mal va-t-il durer longtemps ?
Les gens sont dévorés de coups,
Et les méchants y vont toujours
De leurs cris et leurs coups de pieds.

Iokych se retrouva derrière,
Parmi les brigands, sur la rive :
Sans couteau ni hache à la main,
Mais il était très courroucé.

À part soi il s’encouragea :
« Si je ne me bats avec eux,
Mon honneur sera bien petit,
Je ne serai un vaillant gars ! »

Les brigands, en effervescence,
Le traînent sur l’escarpement,
Et pan ! et pan ! contre sa nuque,
Il a la tête qui résonne.

Le cœur de Iokych s’enflamma.
Quelqu’un des brigands voulut le
Pousser dans l’eau, mais c’est alors
Que commença leur dur combat.

Iokych casse au brigand le bras,
Et il lui arracha sa lance,
Puis avec sa lance il le — vlan !
Aussi rapide qu’une puce.

Le brigand estropié tomba,
Pour ne plus se lever de terre,
Son visage vira au bleu.
Tel l’ours crièrent les méchants :

« Tuez, tuez-moi ce garçon,
Ce chien issu des bois obscurs !
Il a quelque chose d’habile,
Seul il nous a fait front ici ! »

Un grand tumulte emplit la rive.
Les trente jambes des brigands
Firent un cercle autour du gars
Là où gisait l’homme tombé.

De sa lance aiguë, l’intrépide
Ne les laisse pas s’approcher :
À un autre homme à nouveau — hop !
Tel l’aigle déchirant du bec.

Il frappe un autre à la poitrine,
Avec adresse il se retourne,
À un tiers il ôte la vie,
Guerroyer seul ne l’effraie pas.

Les fils brigands s’exaspérèrent :
« Un quatrième homme est tombé !
Eh bien, allons, mettons-nous donc
À trancher la chair du garçon ! »

De feu les yeux étincelèrent,
Les dents grincèrent vivement,
Beaucoup de bras tendent l’épée,
Cernant le fils de la taïga.

De la rive et de la forêt,
Qui de devant, qui de derrière,
Comme souffle le vent du sud,
De même ils se précipitèrent.

Le cœur de Iokych n’eut pas peur :
« Ma vie touchât-elle à son terme,
Commencez-vous donc à comprendre
À quel peuple vous vous frottez ? »

Hurle et rugit toute la bande,
Lutte et cogne avec lance et hache.
Par une grande épée — tchac ! tchac ! —
Voilà la chair vive entaillée.

Ils n’hésitèrent pas longtemps,
Laissant le lutteur dans ses affres.
Là-bas mourut l’ami Iokych,
Et ne revit plus sa maison.

Puis les brigands se tracassèrent :
« Cet individu acharné
A fait déborder notre coupe,
Et fait couler assez de sang.

Si nous avançons sur le fleuve,
De tels garçons viendront à nous,
Cernés de tristes forêts noires.
Allons, mes amis, repartons. »

Chacun reprend : « Partons, partons,
D’ici pour un pays meilleur,
Où les habitants sont gentils,
Où pousse du pain de froment ! »

À nouveau s’éleva leur chant :
« Notre vie est bien agréable,
Ici aujourd’hui, là demain,
Point ne nous vaincra le chagrin ! »

Et les brigands de pagayer,
Les avirons de travailler.
En aval voguent les sept barques,
Suivant le courant par paresse.

Telle était alors l’existence,
Les brigands venant en Komi.
Tel était-il, sagace et fort,
Le gars komi nommé Iokych.


Олiс–вылiс парма шöрын,
Эжва дöрса пемыд вöрын
Повтöм сьöлöма да ён
Ёкыш нима коми зон.

Сиктса йöзкöд сiйö вöлi
Рам да сёрни вылас мелi,
Давйын ветлöдлiгöн лёк,
Зверлы абу муса вок.

Уна ошкöс сiйö кыйлiс,
Уна руч да тулан лыйлiс;
Шедлiс сылы дона низь
Öти вонас гашкö кызь.

Ёкыш эз вöв пемыд юра,
Быдтор мöвпалiс зэв бура,
Тöдiс, кытысьджык да кор
Вöрын корсьны кыянтор.

Сiйö некöн эз на йöрмыв.
Весиг мудер руч эз вермыв
Удал зонлы пöртны син—
Некыдзь Ёкышысь эз мын.

Тöвся заптöм дона куяс,
Кодi вузöс вылö туяс,
Ёкыш аслыс, дерт, эз чöж,
Паччöр сэрöгын эз пöж.

Сылöн сэтшöм вöлi ладыс:
Муртса воас тувсов кадыс,
Сiйö лöсьöдö нин пыж,
Улö копыртöма мыш.

А кор пыжсö сiйö вöчас,
Бурджык кусö сэтчö тэчас,
Лёксö, тöдöмысь оз сöвт,
Вылас шлапкас сюмöд вевт.

Сёянтор на сэтчö лöдас,
Сэсся Эжва кывтчöс мöдас.
Туйлöн помыс лоас сэн,
Купеч овмöдчöма кöн.

Купеч вывтi вöлi наян:
Пыж тыр кусö сылы ваян,
Сетас сы вылö нёль чер.
«Мун пö, зонмö, сэсся бöр».

Кодi парма пытшкын олö,
Черыд ёна сылы колö.
Эз вöв комияслöн кöрт,
Кöть тэ сыркъялöмöн бöрд.

Он кö купечыдкöд вежсьы,
Кöртакöлуйыд оз чöжсьы;
Ошкöс майöгöн он ви—
Тöдiс тайö парма пи.

Ёкыш увланьö быд тулыс
Дона куяс тадзи нулiс,
Гортас вайлiс чер да шы,
Быттьö понлы сетöм лы.

Гöгöрволiс эськö сiйö,
Кыдзи руч моз йöзсö кыйö
Купеч мортыд, да оз позь
Сыкöд панны зык да кось.

Öти воö, тулыс помын,
Ёкыш аддзис Сыктыв вомын
Мича рöма — гöрд да виж —
Увсянь локтысь сизим пыж.

Найö ыджданас дзик öткодь.
Вöчан ногнас мöда мöдкодь:
Кузь да векни, нырыс ёсь,
Шуны омöльöн оз позь.

Сизим пыжын йöзыс вöрö,
Ассьыс уджсö зiля керö—
Сынö–гурскö. Быдöн том,
Сьывны паськöдöма вом.

Сьылöм сынысьяслöн гора,
Збойлун сяма, абу нора.
Некор коми морт эз сьыв
Татшöм гажа сьыланкыв.

«Аттö дивö, код нö тайö?
Кытчö мöдöдчисны найö?
Мыйкö визывöсь нин зэв.
Оз тай, майбыр, овны чöв.

Но да мöвпавнысö нинöм.
Тöдчö налöн паськыд кынöм.
Тайö ставыс купеч морт»,—
Шуис аслыс Ёкыш ёрт.

Кыйсян кöлуй сылы ковзис
Удал зонлöн сьöлöм ловзис:
Бара сюрас сылы кöрт,
Кöть и ичöтика, дерт.

Таво купеч эз на волы,
Вежсьöм–вузасьöм эз лолы.
Ёкыш увлань эз на ну
Тöлын чöжöм дона ку.

Луныс помасьны нин пондiс.
Парма пытшкö сунiс шондi.
Локтiс тувсов лунтöв чой—
Югыд бана шоныд вой.

Пыжа войтыр узьны сувтiс,
Ветлö–жуö вадор увтiс,
Зэвтö еджыд дöра чом,
Мед оз курччав найöс ном.

Чомкöд орччöн бипур öзйö.
Ыджыд пöртйын пуны кöсйö
Яй да чери тöдтöм йöз.
Тшынсö лэдзö конда пес.

Лыа вылö, быттьö сиръяс,
Пыжъяс лэпталiсны ныръяс.
Катны водзö налы дыш.
Морт моз шойччö сизим пыж.

Ёкыш сэнi дыр эз жуяв.
Сямсö наялысь эз туяв.
Аслас сиктö пырысь–пыр
Мунiс нимкодясигтыр.

Сылöн сиктыс зз вöв ылын—
Кык ю костын, нöрыс вылын.
Сиктас олiс комын морт.
Воис сэтчö Ёкыш ёрт.

Пондiс ветлöдлыны öдйöн
Чомйысь чомйö кыдз пу беддьöн
Стенö катшкас– тук да ток:
«Кывзы менö, муса вок!

Купеч котыр воис татчö,
Увсянь мунö Эжва катчöс.
Сизим пыжас, чайтсьö мем,
Уна кöртакöлуй эм».

Эжва ю моз сиктыс гызис.
Ывла тырнас йöзыс шызис.
Жöдзö пöрысь, жöдзö том,
Быттьö ваын тэрыб ком.

Шогныс налöн бöрö кольö.
Тöданторсö ёкыш дольö:
«Купеч эз кö эськö кат,
Лои кыйсьысьяслы мат.

Уна шыяс чеги миян,
Уна эмöсь коми пиян,
Кодлöн абу весиг чер—
Пуыд керавтöг оз пöр.

Сизим пыжöн купеч кайö.
Дерт жö кöртакöлуй вайö.
Кöрт кö колö, быдöн ну
Накöд вежны дона ку!»

Йöзыс ызго: «Нуам, нуам,
Найöс вадорас кö суам,
Эз кö мунны найö тась.
Вежанторйыд миян дась!»

Чомъяс дорын мырсьöм воссис
Быдöн бöрйö куяс костсьыс
Низь да руч да тулан ку,
Мыйöн озыр коми му.

Тайö уджыс абу сьöкыд—
Ставыс эштiс налöн регыд.
Вадорвывсянь уна ноп
Пыжö шыблалöны —шнёп!

Пипу пыжъяс налöн бурöсь—
Öти пыжöн керка юрö.
Пыжас пелыс да кузь зыб.
Уна мортöн сэн он лыб.

Öтпыр, быттьö повзьöм ыжъяс,
Увлань öддзöдчисны пыжъяс.
Горзö Ёкыш сэтшöм кыв:
«Кежöй, вокъяс, шуйгавыв!»

Ваыс паськалö да пузьö—
Эжва юö мöд ю усьö
Воссьö синлы Сыктыв вом.
Вадор вылас еджыд чом.

Купеч пыжъяс пыр на сэнi.
Купеч котырыд нö кöнi?
Оз тай кызсьы налöн зык.
Ловъя мортыд сöмын кык.

Тайö кыкыс паськыд чера,
Вылас дöрöм мича сера,
Юрас шапкаясныс гöрд,
Дона нойысь кöнкö, дерт.

«Талун войыд вывтi номйöсь,
Унджык йöзыс пырис чомйö,
Пыжсö видзöны кык морт»,—
Гöгöрвоис Ёкыш ёрт.

Коми войтыр збоя сынö,
Воö купеч шойччанiнö.
Öти видзысь, быттьö шыр,
Чомъяс тювкнитiс дзикпыр.

Чомйыс воссис, сэсся сэтысь
Пыжъяс вывса йöзыс петiс
Паськыд пельпома да ён,
Чужöм гöрдöдöма дон.

Сэсся юалiсны найö:
«Кодöс енмыс татчö вайö?
Кывзöй, кутшöм тiян мог?
Бур–ö: омöль ветланног?»

Ёкыш сувтiс лыа дорö,
Найöс матыстчыны корö:
«Локтöй талань ставныд тi?
Дона куяс вайим ми.

Мыйда вермим вонас чöжны
Кöсьям тiянкöд ми вежны
Кöртакöлуй вылö тан.
Аддзад, кутшöм налöм бан!

Локтöй, купечьяс, эн полöй,
Коми йöзыд рама олö,
Лёксö некодлы оз кер.
Сöмын корö шы да чер».

Купеч котыр шуö воча:
«Полöм миян овлö шоча.
Паныд сюрысьяслы ми
Вермам чегны кок и ки.

Ми кö босьтам дона кусö,
Кöртнад тыртам коми мусö.
Миян кöртыд вывтi бур—
Уна орöдлывлiс юр!»

Ёкыш шмонитöмöн чайтiс
Тайö кывъяссö да кайтiс
«Дерт нин абу омöльтор,
Зверлöн юрыс орлö кор.

Татшöм кöрттö кö тi сетад,
Дона кунад, майбыр, пöтад.
Öти сиктын руч да низь
Таво кыйим сё да кызь!»

Синныс купечьяслöн ворсö,
Кокныс лойö лыа дорсö,
Некод чомлань бöр оз мун,
Вунi налöн чöскыд ун.

Коми войтыр пыжысь петiс,
Нопъяс разялiс да лöдiс
Вадор вылö вайöмтор.
Куöн тыри Сыктыв дор.

Ёкыш петкöдлö:  «Со, видзöд,
Талöн доныс абу ичöт.
Кутшöм сук да мича гöн.
Таысь бурсö аддзан кöн?

Вайö вежлалöмсö вöчам,
Низьлысь; ручлысь донсö тэчам,
Асьныд артыштанныд, дерт,
Мыйда позяс сетны кöрт».

Кодкö купеч чукöр шöрысь
Гора равöстiс зэв скöрысь:
«Ёна артавны оз ков—
Кöртнад виньдас тiян лов!»

Коми войтыр ставныс шемöс.
Мыйнö тайö: вöт–ö, вемöс?
Вежсис купечьяслöн сям,
Сёрни налöн абу рам.

Быдöн лёкысь мыйкö горзö,
Быдöн кутö виянторсö:
Кодi шыпурт, кодi чер,
Кöть тэ сэтчö весьöпöр.

Пуртöн шенасьöны кияс,
Водзö чургöдчöны шыяс,
Лэдзны лöсьöдчöны ньöв.
Некод куш киа эз вöв.

Ёкыш горöдiс:  «Бур вокъяс,
Öдйö нуöй татысь кокъяс!
Аддзад налыс чужöмбан—
Пыжа рöзбойяс тай тан!»

Эз на удит помöдз шуны,
Кыдзи коктö колö нуны,–
Водзö петiс рöзбой йöз:
«Вай пö вöрсаяссö пес!»

Парма пиян сэтчö йöрмис.
Некод пышйыны эз вермы.
Рöзбой чукöр— ук да ок!—
Шонтiс кыйсьысьяслы бок.

Пöттöдз сюри коми мышкö
Шыпурт воропöн да тышкöн
Зургöм, вачкöм унаног.
Рöзбой чукöр вöлi лёк.

Найö некодöс эз вины,
Сöмын мукöдъяслöн чинi
Ёна нöйтöмысла нэм,
Весиг дзугсьыштiс юрвем.

«Сэсся накöд со мый вöчам:
Увланьюрöн юас лэдзам»,–
Шуис öти том рöзбой.
Сэки помасис нин вой.

Мича кыа кусны пондiс,
Парма пытшкысь петiс шондi,
Садьмис, ловзис пемыд вöр.
Мулöн, валöн вежсис сер.

Омöльторсö вöчны дыр–ö?
Нöйтöм войтыръясöс йирö
Лёк йöз шыблалiсны пыр,
Равзiгтыр да чужйигтыр.

Ёкыш коли кыдзкö бöрас
Вадор вылас, рöзбой шöрас.
Киас чер ни пурт эз вöв,
Сöмын скöрмис сiйö зэв.

Аслыс шуис сiйö лючки:
«Найöс вöча оз кö кучкы,
Ичöт лоас меным дон,
Ог нин ло ме удал зон!»

Рöзбой чукöр жуö, ызгö,
Кыркöтш дорö сiйöс кыскö,
Балябöжас зур да зур,
Тронякылö сылöн юр.

Ёкыш ёртлöн сьöлöм öзйис.
Öти рöзбой сiйöс кöсйис
Ваö тойыштны, но сэн
Пансис налöн чорыд вен.

Ёкыш чегис рöзбой кисö,
Мырддис-босьтiс сылысь шисö,
Сзсся шынас сiйöс—бытш!
Ачыс тэрыб, быттьö пытш.

Чегöм соя рöзбой усис,
Эз нин чеччыв сэсся мусьыс,
Чужöм сылöн лои лöз.
Ош моз равöстiс лёк йöз:

«Вийöй, вийöй тайö зонсö,
Пемыд вöрысь петöм понсö!
Мыйкö вывтi сiйö ёсь,
Öтнас лэптiс танi кось!»

Вадор тыри ыджыд зыкöн.
Рöзбой пиян комын кыкöн
Зонсö гöгöртiсны сэн,
Усьöм мортыс куйлiс кöн.

Повтöм Ёкыш лэчыд шынас
Оз сет матыстчыны дiнас,
Öти мортлы бара— сутш,
Быттьö кокыштöма кутш.

Мöдлы зургас морöс шöрас,
Пелька бергöдчыштас бöрас,
Коймöд мортлысь перъяс лов,
Öткöн тышкасьны оз пов.

Ёна лёкмис рöзбой пиян:
«Нёльöд морт нин усис миян!
Ноко заводитлам вай
Кома зонлысь шырны яй!»

Биöн югнитiсны синъяс,
Яра йирыштчисны пиньяс,
Лэптiс шыпурт уна ки.
Кытшын лои парма пи.

Öтпыр вадорcянь и вöрсянь,
Кодi водзсянь, кодi бöрсянь,
Саридз гыыс ветлö кыдз,
Найö зырöдiсны сiдз.

Сьöлöм Ёкышлöн эд повзьы:
«Кöть пö олöм менам овсис,
Тöдны пондад öнi тi,
Кутшöм войтыр танi ми?»

Рöзбой чукöр эргö–мургö,
Черöн, шыöн кучкö–зургö.
Паськыд шыпурт вач да вач—
Ловъя яйсö шырö тадз.

Регыд эштiс налöн нырсьöм.
Öтка тышкасьыськöд мырсьöм.
Кулi сэнi Ёкыш ёрт,
Эз нин аддзыв ассьыс горт.

Рöзбой йöзлы эз ло лöсьыд:
«Тайö морт вöсна пö пöсьыд
Миян киссис пельса тыр,
Киссис унакодъ и вир.

Водзö ю кузя кö мунам,
Такодь зонмыс сюрас уна,
Гöгöр шуштöм пемыд вöр.
Вайö, другъяс, кывтам бöр.»

«Кывтам, кывтам,— быдöн шуö:—
Мунам татысь бурджык муö,
Кöнi олысьясыс шань,
Кöнi быдмö шобдi нянь!»

Бара лыбис налöн сьылöм:
«Гажа миян олöм–вылöм,
Талун танi, аски–сэн,
Шогыд миянöс оз вен!»

Рöзбой котыр сынны босьтсис.
Уджыс пелысъяслы воссис.
Увлань лэбзис сизим пыж.
Катны налы лои дыш.

Татшöм вöлi сэкся олöм,
Коми муö рöзбой волöм.
Татшöм вöлi збой да ён
Ёкыш нима коми зон.




Le confluent de la Sysola et de la Vytchegda

Sur l'image suivante, on voit bien le cours de la Vytchegda, qui arrive de l'est (Oural), et reçoit les eaux de la Sysola par la gauche (là où se trouve aujourd'hui la ville de Syktyvkar, et où les visiteurs du récit plantent leur tente) :



Traduit du komi et présenté par Sébastien Cagnoli (2007).
Source : « Повтöм зон », in Лебедев М. Н., Бöрйöм гижöдъяс -Сыктывкар: Коми госиздат, 1940. Texte original établi avec l'aide de Vit Serguievski.
Illustrations : calendrier de chasse des anciens Komis ;
Engels Kozlov, Nuit blanche sur la Pechora, 1969, Musée national des beaux-arts, Syktyvkar.

© 2007, S. Cagnoli
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contact : sampo@tiscali.fr
http://www.cagnoli.eu/