Falicon, Sainte-Hélène


La campagne de Sainte-Hélène se trouve à l'ouest de Nice, au pied des collines, en bord de mer, à 4 km environ des portes de la ville. L'image de droite donne une idée du cadre, et de la vue qu'on y a sur Nice et sur le cap Ferrat. À l'écart de la ville et de ses fortifications, le quartier est parsemé de quelques fermes et de maisons rurales de la noblesse niçoise, mais sa situation n'est pas commode, exposée en permanence aux invasions françaises (par la route) et aux pirates (par la mer). En effet, si le Comté de Nice est éternellement un territoire frontalier entre Provence et Piémont, sans cesse disputé par la France et l'Italie (du Moyen-Âge à 1947), le quartier de Sainte-Hélène, se trouve aux confins mêmes de Nice et de la France : c'est en quelque sorte la frontière de la frontière. Sa situation sur la grand-route du littoral à l'entrée du Comté est stratégique pour le commerce, mais catastrophique pour la sécurité.

Portrait de Louis XIV en costume de sacre par
                Hyacinthe Rigaud en 1701.En avril 1705, une nouvelle invasion ordonnée par Louis XIV [ci-contre, à droite] aboutit à la prise de Nice le 14 novembre. Le siège dure 51 jours, et la ville se rend le 4 janvier 1706. Le roi de France annexe le Comté et se proclame à nouveau "comte de Nice" (sa dernière occupation datait de 1691-1696). Du 13 février au 25 juillet 1706, les Français achèvent de raser le Château et les fortifications de la ville basse (seuls le fort de Montalban et la citadelle de Villefranche sont conservés). Nice perd définitivement toute fonction militaire.
En juillet-août 1707, le duc de Savoie et prince de Piémont Victor-Amédée II [ci-contre, à gauche] lance une contre-offensive et envahit la Provence. On voit donc passer à Sainte-Hélène des troupes piémontaises et autrichiennes, qui viennent de Nice et traversent le Var. L'occupation savoisienne de la Provence est de courte de durée : l'armée alliée rentre bientôt sans demander son reste, et les Français reviennent. L'occupation prend fin en 1713 avec la signature du traité d'Utrecht, qui rend le Comté de Nice à la Maison de Savoie (sauf la viguerie de Barcelonette, cédée à la France). La nouvelle frontière entre le Comté de Nice et la France est bornée en 1718.

Le traité d'Utrecht a offert le royaume de Sicile aux Savoie et celui de Sardaigne aux Habsbourg. En 1720, Victor-Amédée II échange sa nouvelle acquisition contre celle de l'empereur Charles VI. Désormais (et jusqu'à 1860), le Comté de Nice fait donc partie du "Royaume de Sardaigne". Victor-Amédée II y met en place une monarchie absolue inspirée de celle du "Roi-Soleil".

Dominique Rozier, Nice vue de la plage à Carras (Acadèmia Nissarda)
C'est dans ce contexte géopolitique que Gioanni Falicon, fils de Gioan Battista, épouse Maria Cattarina Baudoin, fille d'Alessandro, en juin 1727. Les Falicon et les Baudoin sont apparemment deux familles de paysans installées de longue date dans cette campagne de l'ouest de Nice. Difficile de déterminer le rapport entre le nom du mari et celui du vieux village perché près du mont Chauve. Le mariage de Gioanni et de Cattarina est célébré à la cathédrale Sainte-Réparate, étant donné que le diocèse n'a pas encore de paroisse hors les murs.



C'est seulement en 1728 que la chapelle rurale de Sainte-Hélène, construite au milieu du siècle précédent parmi les vignes, les oliveraies et les vergers, devient une église paroissiale.

En 1730, Charles-Emmanuel III de Savoie succède à son père sur le trône de Sardaigne.

Gioanni et Cattarina ont de nombreux enfants, parmi lesquels Francesco, né le 10 décembre 1738 et baptisé le jour même à Ste-Hélène.

Le 2 avril 1744, une armée franco-espagnole franchit le Var et marche sur Nice, qui capitule aussitôt. Cette fois, c'est à cause de la guerre de succession d'Autriche (où le Royaume de Sardaigne et l’Électorat de Saxe s'allient brièvement à l'Autriche contre la France et la Prusse). L'alliance austro-sarde lance une contre-offensive en octobre-novembre 1746 : les Français sont chassés du Comté, et l'armée alliée traverse le Var à son tour pour occuper la Provence pendant quelques mois. Puis les troupes franco-espagnoles réoccupent le comté (sauf Saorge) jusqu'à 1748. Encore une fois, beaucoup de passage à Sainte-Hélène.

À partir de cette seconde moitié de XVIIIe siècle, les aristocrates européens commencent à prendre goût au tourisme hivernal à Nice. Les premiers sont les Anglais (alliés de Charles-Emmanuel III). Les Falicon sont à l'écart de l'animation urbaine, mais ils habitent au bord de la route de France. En temps de paix, c'est un axe commercial très important.

Le 24 mars 1760, un traité signé à Turin réajuste la frontière entre le comté de Nice et la France. Cette nouvelle frontière, qui suit approximativement le cours du Var, sera bornée l'année suivante.

Le 7 février 1768, Francesco épouse Onorata Todon, originaire de Nice intra-muros. Le mariage est célébré à la cathédrale Ste-Réparate.

Sur cette carte de 1685, l'emplacement du quartier de Sainte-Hélène est marqué en rouge.
On remarque au passage le village de Falicon à côté du mont Chauve.

Leur fils Gaetano naît le 4 mai 1783.


Sur ce plan cadastral napoléonien, on reconnaît d'ouest en est : le vallon Barla (aujourd'hui couvert par le chemin du Vallon-Barla), un "vallon servant de chemin" (aujourd'hui avenue de Fabron) et le Magnan.
La "grande route de Paris à Gênes" est la route de France (aujourd'hui avenue de la Californie).
L'église Sainte-Hélène est encadrée en rouge.
La batterie Pauline, construite sous l'occupation française révolutionnaire, a disparu depuis (remplacée par le square Ziem).
Les terrains des Falicon se trouvent dans la zone marquée en violet.

1792-1814 : Sainte-Hélène sous l'occupation française

Le 28 septembre 1792, l'armée française qui menaçait depuis quelque temps à Saint-Laurent-du-Var franchit la frontière et emprunte la route de France en direction de Nice. Épouvantée, la population a quitté la ville avec l'armée, en direction de l'Escarène, pour chercher refuge dans les montagnes et en Piémont. Le général d'Anselme [ci-contre], s'attendant à des combats, avance prudemment. Il s'arrête à Sainte-Hélène, où il loge dans une villa (l'épisode est rapporté par Joseph André). Là, il reçoit la visite de l’évêque Valperga, accompagné d’un des trois consuls de la ville (les deux autres étant déjà partis), qui viennent implorer grâce. Le général répond : « Monsieur l’abbé, vous n’êtes pas chez vous en cet endroit, et je vous assure que son air est malsain pour vous. »
Les Français traversent le quartier sans difficulté, jusqu'au pont du Magnan, où il va y avoir des affrontements, quelques volontaires s'étant réunis pour tenter de s'opposer à l'invasion (on dit que de Orestis et les frères Michaud en faisaient partie).


Cette gravure représente les événements du 29 septembre 1792. L'armée française a franchi le Var et elle se trouve au niveau de Sainte-Hélène [A] ;
des volontaires français viennent les affronter sur le Magnan [B] ; l'armée sarde et 4000 émigrés s'enfuient vers le Piémont [K].
La ville de Nice [D], le fort de Montalban [G] et la citadelle de Villefranche [H] vont être pris sans résistance.


Le lieutenant-colonel André Masséna [ci-contre] participe activement à l'invasion du Comté. Il met tout son zèle dans la répression des résistants, avec beaucoup de succès puisqu'il connaît bien son pays natal. [Depuis 1869, un monument érigé sur la couverture du Paillon commémore ses exploits, et son nom a remplacé celui de Charles-Albert, le roi qui a aboli la monarchie absolue, sur la grande place du centre-ville.]
En 1793, la France revendique l'annexion du Comté de Nice.


Pendant les années d'occupation, un certain André Gastaud, fils de vermicelliers niçois, se lance dans la politique aux côtés des Français, tandis que son frère aîné Honoré s'est réfugié à Turin dès le début de l'invasion. En 1795, André Gastaud abuse de sa situation pour acheter à bas prix les terres confisquées à la noblesse niçoise de Sainte-Hélène : il va se construire ainsi un domaine de 25 hectares autour des fermes des Falicon. Il est arrêté pour corruption en 1797, mais cet épisode est de courte durée, sa femme ne tardant pas à racheter sa liberté grâce à leur petite fortune.




Le 27 mars 1796, on voit passer le général Napoléon Bonaparte, qui vient prendre le commandement de l'Armée d'Italie.
Masséna est chargé du commandement de l'avant-garde.
L'expédition sera rapide : l'armée suit le littoral jusqu'à Savone, puis franchit les Apennins par le col de Cadibone, et le Royaume de Sardaigne capitule dès le 28 avril à Cherasco.
Par le traité de paix signé à Paris au mois de mai, Turin renonce officiellement au Comté de Nice et à toute force militaire en Piémont.


Les Français sont bien conscients de la faiblesse du quartier de Sainte-Hélène, qu'ils ont traversé sans rencontrer d'obstacle. Ils décident donc de fortifier le littoral. Devant l'église, ils construisent une batterie.


La première femme de Gaetano, Pellegrina Negre, meurt en novembre 1809.
En 1810, Gaetano épouse en secondes noces Teresa Auborn, d'une famille de Nice intra-muros. (Auborn est un nom d'origine provençale, assez répandu à Nice, que les Français écriront "Ambourg". L'arrière-grand-père de Teresa était originaire de Vence : arrivé à l'époque de la guerre de Succession d'Espagne, il avait épousé une Ardisson à la cathédrale et s'était établi définitivement à Nice.)
Ils sont cultivateurs propriétaires au "Barri de Masson" : c'est ainsi qu'on appelle le quartier autour de l'église Ste-Hélène.




     
L'église paroissiale Sainte-Hélène et la batterie Pauline (construite par les Français sous Napoléon, aujourd'hui square Félix-Ziem),
de part et d'autre de la route de France. Au fond, la ville de Nice au pied de la colline du Château. La vue est prise à peu près depuis l'entrée des terrains des Falicon.
À droite, une vue de la baie depuis les hauteurs de Sainte-Hélène : le Magnan et la tour du Bari Vielh, Nice et la colline du Château, mont Boron et cap de Nice, cap Ferrat.

Parmi les premiers enfants de Gaetano et Teresa, mentionnons Sebastiano, né en 1813, et Francesco, né en 1818.

Le père de Gaetano meurt le 15.06.1814

Les enfants de Gaetano et Teresa

À la Restauration, les paysans du quartier restent à leur place. Seuls les nobles ont été dépossédés de leurs terres, acquises essentiellement par André Gastaud [portrait à droite], qui est donc le nouveau voisin des Falicon. Il se retire de la vie politique et mène une vie paisible sur ses terres de Sainte-Hélène, jusqu'à sa mort en 1821.

Sebastiano et Francesco vont reprendre l'exploitation familiale des Falicon.
Dans les années 1820, Gaetano et Teresa ont d'autres enfant, notamment Maria (en 1820), qui épousera en 1845 un certain Ange Anselme Gilli, Ambrogio (en 1823), qui se mariera en 1843, puis Henriette (vers 1825), qui épousera en 1850 Jean-Baptiste Portanieri, de Tourette-Levens. 

     
Vue de la baie des Anges, du Magnan à Carras (puis jusqu'au fort et au cap d'Antibes, avec l'Estérel derrière).
On distingue l'église paroissiale Sainte-Hélène. - À droite : costumes de fête à la campagne.

La vie quotidienne est loin d'être harmonieuse, dans cette petite communauté de fermiers de "Nice extra-muros". Dans les années 1820-1850, de nombreuses affaires opposent les voisins. Les plus fréquentes sont des questions d'héritages, de legs et donations, de créances, de propriété de terrain, de paiement de dot et de pension alimentaire. D'autres litiges concernent le droit de passage, le paiement de gages de domestique, la résiliation d'un contrat agricole ; ainsi que des affaires plus concrètes, comme des travaux de voisinage, un chantier dans une cour mitoyenne, la construction d'un muret de séparation avec appropriation d'une partie du terrain et des dégâts provoqués dans un terrain boisé, ou encore l'achat d'une charrette pour le commerce du vin et du raisin avec la France. Maria est ainsi en conflit avec son frère aîné Francesco, et d'autres affaires impliquent Gaetano, les frères Gioanni et Domenico, Maria épouse Berthé, Giuseppina et son beau-père Gaetano, ainsi que les Gastaud, etc.

La conquête de l'Algérie par la France en 1830 met un terme aux attaques de pirates barbaresques sur les côtes du Royaume. 

En septembre 1843, à Cimiez, Francesco épouse Catarina Laugier, d'une famille de cultivateurs propriétaires à Brancolar (paroisse de Cimiez).

Les enfants de Francesco et Catarina (Falicon-Laugier) :
Teresa était morte dès 1827. Gaetano meurt à son tour en 1855.
Les enfants (Sebastiano, Francesco, etc.) héritent alors des terrains agricoles des Falicon de Sainte-Hélène.


La route de France, en arrivant de Nice à Sainte-Hélène.                                                                                                  


En 1847, Rancher suggère aux étrangers de passage à Nice des "promenades que l'on peut faire en voiture". La première commence "Au pont du Var, frontière de France" :
"La route unie et plate suit toujours le bord de la mer, et est très fréquentée. Avant d'arriver à l'église Sainte-Hélène, on peut s'arrêter : d'abord, au jardin de M. Gastaud, grande propriété dans laquelle une belle serre et un vaste parterre sont en tout temps garnis de fleurs ; puis au-dessus, on trouve la terre de Mme Jaume : la voiture parvient jusqu'au pied de la maison d'habitation, par un chemin tracé au milieu d'un petit bois et de cultures variées.
Lorsqu'on est arrivé à la frontière, les bois qui bordent le Var procurent une promenade champêtre. On y rencontre quelques chemins de voiture."

1848-1849 : Première Guerre d'Indépendance italienne

En mars 1848, Charles-Albert mobilise les 4/5 de l'armée sarde (65.000 hommes) pour aller soutenir les Milanais qui se soulèvent contre leur empereur Ferdinand Ier. Le 31 mars, le commandant de la place de Nice appelle les contingents de cavalerie des classes de 1816 à 1821 (L'Écho des Alpes maritimes, 2 avril). Il semble donc que Francesco soit mobilisé (à moins qu'il bénéficie d'une exemption). 
En outre, les militaires en congé sont invités à se présenter à Turin pour un enrôlement volontaire. La Brigata Cuneo, en garnison à Nice, quitte la ville et se dirige vers Gênes.
C'est dans ce contexte que le roi adopte le drapeau tricolore des révolutionnaires.
Charles-Albert amnistie Giuseppe Garibaldi et l'invite à rentrer d'Amérique pour venir assister les révolutionnaires alliés. Le retour du "héros" est annoncé dans la presse dès le 9 mars.
La Brigata Cuneo participe aux batailles de Pastrengo (30 aprile), de Santa Lucia (6 mai) et de Goito (30 mai). Charles-Albert est brièvement acclamé comme le "roi d'Italie".

   
Les batailles de Pastrengo, Santa Lucia et Goito.

Pendant ce temps, Garibaldi a quitté Montevideo le 15 avril à bord de la Speranza et il accoste directement à Nice le 21 juin. Le dimanche 25, il donne un discours à l'occasion d'un banquet à l'hôtel d'York. Il loge à Magnan, où une fête populaire est donnée en son honneur. Puis la Speranza quitte le port Lympia le 26 à destination de Gênes.
En août, Charles-Albert capitule et signe un premier armistice avec les Autrichiens.
À la fin de l'année, l'empereur d'Autriche abdique au profit de son neveu François-Joseph, âgé de 18 ans.
Pendant ce temps, des révolutions éclatent en Toscane et aux États-Pontificaux (et les Garibaldi y participent).
En mars 1849, les alliés rompent le cessez-le-feu avec les Autrichiens. Mais après une dernière défaite, Charles-Albert abdique, et son successeur Victor-Emmanuel II vient signer l'armistice avec le maréchal Radetzky.

          
Ferdinand Ier. - Charles-Albert et ses troupes traversant le Tessin. - Giuseppe et Anita Garibaldi à Rome. - Radetzky et Victor-Emmanuel II. - François-Joseph.



Mention du hameau dans le Dizionario generale geografico-statistico degli Stati Sardi (Turin, 1855).


Extrait des cartes d'état-major des États-Sardes (années 1850).
D'ouest en est, en rouge : les postes de douane de part et d'autre du pont du Var, le hameau de Sainte-Hélène (église et batterie), le faubourg de la Croix-de-Marbre, le pont Neuf ("St-Charles") et le pont Vieux ("St-Antoine").
En bleu, les principaux vallons que l'on traverse en parcourant la route de France entre le Var et le Paillon : Barla, Magnan, Mantega (actuel boulevard Gambetta) et St-Barthélemy (actuelle rue de Rivoli).




[cliquer sur l'arbre pour l'agrandir]


Les terres des Falicon à Sainte-Hélène

En 1858, à Plombières, le président du Conseil du Royaume de Sardaigne, Cavour, s'est mis d'accord avec l'empereur Napoléon III pour céder à la France le Comté de Nice et le Duché de Savoie en échange d'une aide militaire pour chasser les Autrichiens d'Italie.

Première conséquence de l'entrevue de Plombières : le 13 mai 1859, Napoléon III se lance dans une Campagne d'Italie, comme du temps de son oncle. Les troupes impériales françaises entrent dans Nice [ci-contre, tableau de Trachel] pour aller combattre les Autrichiens sur le Pô.

Seconde conséquence : la cession territoriale promise par Cavour est officialisée par un traité signé à Turin en mars 1860. Le 1er avril, l'armée française franchit le Var, traverse le quartier de Sainte-Hélène, et prend le contrôle du Comté de Nice. Les Français organisent un plébiscite dès les 15 et 16 avril pour valider rapidement l'annexion.



Entre 1860 et 1864, au nord des propriétés Falicon, la Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée construit la voie ferrée en bordure des terrains [voir le tracé ci-dessous]. Il est même vraisemblable qu'une partie des champs autour du hameau aient été réquisitionnées pour la PLM, y compris certaines terres de la famille.
Le tronçon Cagnes-Nice ouvre le 18 octobre 1864, amenant dorénavant un flot de touristes du nord-ouest de l'Europe.


La gare de Nice en 1865.





Plan cadastral de 1871. Les propriétés Gastaud ont été divisées en lots :
Château de Barla, Château de Fabron (aujourd'hui parc Carol-de-Roumanie), Villa Blanc (aujourd'hui Musée d'Art naïf), Les Palmiers (aujourd'hui Archives municipales et résidence des Grands-Cèdres), etc.

La voie ferrée (années 1860), la route de France (aujourd'hui avenue de la Californie) et l'actuelle promenade des Anglais (1882) sont représentées respectivement en gris, vert et bleu.
Le terrain militaire autour de la batterie s'étend de l'hôtel Radisson à la station-service inclus.
Les propriétés des familles Falicon sont circonscrites en violet : l'ensemble forme un véritable petit village.


Du côté nord de la route de France, Francesco partage avec son frère Sebastiano un terrain de 952 m². Sur le plan détaillé ci-dessous, on peut voir la maison de Francesco, 90 m² au sol [393], et celle de Sebastiano, 120 m² au sol [395]. Les deux frères partagent un puits [392] et une cour de 225 m² [394]. Le tout correspond à l'actuelle résidence Solazur, 154-156 av. de la Californie. En outre, Sebastiano a un jardin de 240 m² [391]. Quant à Francesco, il possède un moulin à huile [390]. En effet, les Falicon-Laugier sont fabricants d'huiles. De l'autre côté de la route, ils ont encore 680 m² de terrain autour d'un réservoir [366-367, aujourd'hui l'immeuble 149 av. de la Californie, qui se distingue à sa cage d'escalier en façade sur une double cour intérieure].



Au sud et à l'ouest, les îlots voisins [358-364 et 371-385] appartiennent aux familles Falicon, Maiffret, Pin, Galante, Bourroul, etc., qui sont toutes étroitement apparentées (voir cette page détaillée). Outre leurs maisons et jardins, ils possèdent un four à pain [374] et une écurie de 88 m² avec fenil [381-381bis]... Le tout s'étend à l'ouest jusqu'à l'actuelle rue Aubry Lecomte. Un peu plus loin, au bord de la route, après un espace public réservé au pâturage, Antoine Risso-Falicon tient une auberge [355-356, aujourd'hui immeubles 177-179 avenue de la Californie]. 



La route de France, aujourd'hui avenue de la Californie, en regardant vers Nice.
À gauche, les balcons dorés sont ceux de la résidence Solazur, où se trouvaient les maisons de Francesco et Sebastiano.
Complètement à droite, les balustrades métalliques sont celles du n° 149, à l'emplacement du réservoir des Falicon-Laugier.
Plus loin, on aperçoit l'église Sainte-Hélène. 


La plage à Sainte-Hélène.


Mr Ernest Gambart (1814–1902)Démembrement des propriétés Gastaud

Lorsque André Gastaud meurt en 1821, son seul héritier direct est son frère aîné Honoré, qui s'était réfugié en Piémont pendant l'occupation. Le petit-fils de celui-ci, le banquier Honoré Gastaud, héritera, à terme, de la totalité des terres.
En 1847, ainsi, Honoré Gastaud devient propriétaire d'un domaine de 25 hectares (dont le père garde l'usufruit). Il fait aménager un jardin exotique autour de la maison, agrémenté d'une serre, de rochers, de grottes artificielles, etc.
À la mort de son père en 1867, il agrandit encore son domaine. Mais voici que le banquier fait faillite (1869-1870). Ses biens sont mis aux enchères.

La plupart des terres sont rachetées en 1871 par Ernest Gambart [ci-contre, portrait par John Prescott Knight], homme d'affaires belge naturalisé britannique, marchand d'œuvres d’art et consul d'Espagne à Nice.

Villa Les Palmiers

En 1872, Ernest Gambart remplace la traditionnelle villa des Palmiers par l'imposant Palais de Marbre (aujourd'hui Archives municipales, au sein de la résidence des Grands-Cèdres).
Les terres de ce domaine s'étendent très loin en-deçà de la voie ferrée, comme on peut le voir sur le plan détaillé ci-dessus : tout autour des îlots Falicon (y compris la maison attenante au moulin à huile), tout autour de l'église, à l'exception d'un pâturage qui reste public et, bien sûr, de l'église et du vaste terrain militaire de la batterie (aujourd'hui hôtel Radisson).
Outre le Palais de Marbre et les jardins avec leurs nombreuses statues et faux rochers, il reste le colombier [313] et des vestiges de serres.

  

     






 
Château de Barla


De même, Ernest Gambart rachète le château de Barla, construit avant 1870 par Gastaud. Il a un style composite qui emprunte à la fois au gothique et au classicisme, avec une tour carrée caractéristique.
Gambart revend le château en 1874 au britannique George Bishop, qui le modifie pour lui donner un style "troubadour".



Un peu plus haut : le Château de Fabron est un terrain de Gastaud également acquis par Gambart, qui le revend en 1879 au duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha. Le château proprement dit a disparu depuis, et ce terrain, acquis par la ville en 1956, est devenu le parc Carol-de-Roumanie, ainsi baptisé en l'honneur de son dernier propriétaire, le roi Carol II, fils de la reine Marie de Roumanie (née princesse de Saxe-Cobourg-Gotha et du Royaume-Uni).

Il reste tout de même un vestige du temps de Gambart : une maison rurale [254] construite en 1873 dans une oliveraie du Château de Fabron. Peut-être donne-t-elle une idée de ce que pouvaient être les bâtisses des Falicon en bord de mer.

   


La villa Blanc


Cette partie de la propriété Gastaud a été achetée en 1871 par François Blanc, créateur du casino de Monte-Carlo.
En 1882, son fils Edmond Blanc fait bâtir une villa, qu'il baptise Château Sainte-Hélène.
Le bâtiment existe toujours, mais il a été considérablement modifié (après de nombreux rachats et transformations, la villa a été rachetée en 1973 par la ville de Nice pour y installer le musée d’Art naïf Anatole-Jakovski ouvert, en 1982).


Sur les terrains Gastaud se trouva aussi, par la suite, le Château Sainte-Anne, aujourd'hui remplacé par une résidence du même nom et par le parc de l'Indochine.




En 1876, l'ensemble des propriétés Falicon-Laugier sont rachetées par l’État français (administration des Ponts et Chaussées).
Le 28 octobre 1876, Louise épouse Louis Cagnoli, d'une famille d'ébénistes des nouveaux quartiers de Nice sur la rive droite du Paillon. Élie Ferdinand Cagnoli, frère du marié, est témoin.

Le 14 juillet 1877, Giuseppa épouse Élie Ferdinand, dont la première femme vient de mourir. Louis Cagnoli est témoin.

En 1878, "concession d'une parcelle de terrain dépendant de la route nationale 7 pour l'installation d'une tonnelle au droit de la propriété du concessionnaire Falicon".
Dans les années 1878-1884, "aliénation au bénéfice des sieurs Falicon et Maiffret de terrains provenant des lais et relais de mer". En 1895, sur ces terrains, "amodiation d'une parcelle [...] pour l'installation d'un jeu de boules".


Un peu plus à l'ouest, sur la rive droite du vallon Barla, au nord de la voie ferrée, le Polonais Michel Rohoziński, comte de Leliwa, achète une propriété Girard à la fin des années 1880. Il fait transformer la bâtisse existante en un château d'allure médiévale, qu'il baptise Manoir Leliwa.









Également sur la rive droite du vallon Barla, mais au sud de la voie ferrée, la villa La Luna est aujourd'hui à l'abandon (260 promenade des Anglais).





Francesco meurt le en 1889.

Catherine Laugier quitte le quartier et meurt en 1908... au 26 rue de Falicon.


Sépultures

De 1782 aux années 1860, les Falicon du quartier sont enterrés au cimetière de l'église Sainte-Hélène (aujourd'hui disparu sous les immeubles). Ensuite, le vaste cimetière de Caucade est créé non loin de là. C'est là (carré 2, CAP 1862) que sont enterrés François (1818-1889) et Catherine (1826-1908), puis leurs enfants, notamment Louise et son mari Louis Cagnoli (à l'exception de Joséphine, qui est enterrée tout près, carré 1, avec son mari Élie Cagnoli, frère de Louis) :

  



Au bord de l'avenue de la Californie, sur la façade du n° 112 (Villa Apraxine), il reste une fontaine de marbre portant cette inscription : Donas a beure en achelu ch'an set.



En 1894, la batterie Pauline est démolie et le terrain est récupéré pour prolonger la promenade des Anglais. Un square est aménagé à la place de l'ancien ouvrage de défense. Il prendra le nom du peintre Félix Ziem, mort en 1911 : un buste de l'artiste est érigé dans le jardin.

Sur la carte postale de gauche, on aperçoit au fond la pension-restaurant-garage "Le Minaret" (140 rue de la Californie), à l'architecture exotique. À droite, on peut en voir la salle à manger.



  
J. de Grandières, Nice vue de la plage à Carras, 1879 (Acadèmia Nissarda) ; à droite, les Bains Georges (Walburg de Bray, 1873).


Nice vue de Sainte-Hélène aujourd'hui (2014).


Au sujet des Falicon de Sainte-Hélène, voir ce site bien documenté.

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