Lagarde sur l'Arize (bas comté de Foix)



Sur le cours de l'Arize, dans les basses Pyrénées ariégeoises, CamaradeLe Mas-d'Azil et Durban [en violet ci-contre] font partie du Comté de Foix.
La carte ci-contre représente la position du Comté de Foix entre Toulouse et Andorre.
C'est exactement la zone de transition entre les dialectes gascons (St-Girons) et languedociens (Foix) des langues occitanes.
Le centre administratif du bas pays de Foix est Pamiers.

La frontière culturelle et administrative entre Gascogne et Languedoc, sans aucun sens dans la nature, est héritée de l'invasion romaine : le territoire du Comté de Foix fait partie des conquêtes de la République avant Jules César ("Gaule transalpine", puis "Narbonnaise"), tandis que l'Aquitaine ne deviendra une province romaine que sous le règne de l'empereur Auguste. Le tout formait vraisemblablement un pays de "Couserans", habité par des peuples sédentaires aquitains ("proto-basques"), celtisés vers le IIIe s. av. JC, puis latinisés vers le Ier s. av. JC. Ce découpage antique se perpétuera jusqu'aux provinces modernes de Foix/Languedoc et de Comminges/Gascogne. Cette page se concentre sur la partie orientale ("narbonnaise") du Couserans : Camarade, Le Mas-d'Azil, Durban.

Détaché du comté de Carcassonne au XIe siècle, le pays de Foix est érigé en comté en 1050 en faveur de Roger Ier de Foix, fils de Bernard-Roger de Couserans et petit-fils de Roger Ier le Vieux, comte de Carcassonne, de Comminges, et de Couserans.
La Maison de Foix-Carcassone règne sur le comté jusqu'à 1398 (Gaston Febus est l'un des derniers comtes, en 1343-1391).
En 1483, le comté de Foix passe sous la couronne de Navarre (Catherine de Navarre, reine de Navarre, duchesse de Nemours, comtesse de Foix et Bigorre, vicomtesse de Béarn).
En 1589, Henri III de Navarre devient roi de France sous le nom d'"Henri IV". En 1607, il fait du comté de Foix un fief du royaume de France. Il est donc le dernier "comte de Foix".

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Gaston Phœbus (XIVe s.) et Henri IV de France (XVIIe s.)

Dès l'arrivée de la réforme, Le Mas-d'Azil avait servi de refuge aux Protestants. Avec l'avènement d'Henri IV, les habitants construisent des temples pour se livrer librement à leur culte. Les Protestants deviennent dominants ; ils chassent le clergé et détruisent le monastère.
Louis XIII succède à son père en 1610.
En 1620, le clergé reprend brièvement possession de ce qu'il reste de l'ancien monastère (le clocher, utilisé comme tour défensive par les protestants).

 
Le siège du Mas-d'Azil, du 9 septembre au 20 octobre 1625, repoussé avec succès par les habitants (notamment les femmes). Louis XIII avait envoyé ses armées pour tenter (en vain) de restituer le Mas-d'Azil aux ordres catholiques.
À droite, les domaines de "Sarradas", "Cauniac" (Caugna) et "las Camarades" figurent sur la carte de Cassini (années 1740), dans les environs du Mas-d'Azil.

En 1629, un "édit de Pacification" rétablit la paix entre catholiques et protestants, autorisant ces derniers à disposer de places fortes. Les protestants gardent le contrôle du Mas-d'Azil, et le clergé revient discrètement.

En 1643, Louis XIV succède à son père.

Vers 1680, les catholiques commencent à reconstruire une chapelle.
Dans les années 1680, la situation se complique pour les protestants. La culte est totalement interdit par un arrête du roi en date du 26 juin 1685.

Au cours du XVIIIe siècle, la proportion de protestants décroît nettement, mais des assemblées clandestines continuent de se tenir dans les campagnes.
Le culte ne redevient possible en public que sous Louis XVI... mais pour peu de temps. 

Au Moyen-Âge, le nom de "Lagarde" a pu être donné à une famille qui aurait quitté le bourg de Lagarde (fondé vers le XIVe siècle autour d'une tour de garde, près de Mirepoix, non loin de Pamiers : Mirepoix et le château de Lagarde sont indiqués en bleu sur la carte en tête de page) pour s'établir plus à l'ouest, dans le Comté de Foix.
Au XVIIIe siècle, nos Lagarde sont des paysans employés dans les fermes entre Camarade et Durban, sur les bords de l'Arize.

À gauche et à droite, gravures de Paul Vaillant-Couturier : le cimetière protestant du Mas-d'Azil et Foix.
Ci-dessous : blasons du Mas d'Azil et de Durban
     


        

À la Révolution (1790), le Comté de Foix fusionne avec le Couserans pour former le département de l'Ariège.
Les Pyrénées ariégeoises ne sont pas touchées par la guerre civile, mais le patrimoine culturel est endommagé, et toute divinité est écartée au profit de la désse Raison. Les actes d'état civil sont partiellement détruits dans les incendies.

  • Jean-Baptiste Lagarde est né en 1791 à Clermont (entre Camarade et Durban).
    En 1813, il est cultivateur, domicilié aux Baÿdous (une ferme de la commune de Durban).
  • Catherine Costes (Coste, Lacoste, La Coste...) est née à Durban au début des années 1790. 
    • Leur fils Joseph Lagarde naît en 1819 au Mas-d'Azil, où il sera cultivateur. 
En 1819, Jean-Baptiste est métayer au manoir de Sarradas (commune du Mas d'Azil), où il vit avec sa famille, notamment sa mère (Marie Rénaillé), veuve. La mère de Jean-Baptiste meurt en août 1822.

En 1835, la famille réside au lieu-dit Mounetas (Camarade). Catherine Costes meurt en janvier. Veuf, Jean-Baptiste se remarie en octobre (avec une Catherine Rénaillé).

En 1847, Jean-Baptiste Lagarde est employé à la ferme de Las Camarades (commune de Camarade). Cette année-là, le fils Joseph se marie.
Les familles Portet sont ancrées à Camarade.
  • Jean-François Portet (fils de Baptiste Portet et de Marie Dulac) est né en 1809.
    Comme ses parents, il est cultivateur à la ferme Caugna.
  • Marie Portet (fille naturelle de Marguerite Portet) est née en 1811.
    • Leur fille Marie Portet naît en 1836. 

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L'église du XVIIIe siècle et le nouveau temple de 1821.

Dans les années 1840 (cf. J.S.F. Saint-Paul 1843), on compte environ 1800 habitants au Mas-d'Azil, catholiques et protestants en parts égales.
Économie : fabrique d'alun, une forge à la catalane, des plâtrières ; un moulin à huile, trois à blé et un à plâtre ; deux foulons et une scierie à bois ; élevages de vers à soie ; céréales, sel gemme de Camarade, fromages, figues, pêches.
Contrairement aux habitants des régions voisines qui n'hésitent pas à partir pour la ville, les paysans du Mas-d'Azil ont tendance à rester près de chez eux.
À cette époque, la sorcellerie et la divination sont communes, et plus influentes que la science.


Joseph Lagarde et Marie Portet, tous deux veuf d'un premier mariage, se marient en 1879 à Camarade. Ils sont les parents de Marie Lagarde, née le 6 mai 1881 au Mas-d'Azil.


Le Mas-d'Azil est connu pour sa grotte creusée par l'Arize dans le massif du Plantaurel. Ce tunnel naturel de 420 m de long et de 50 m de large, traversé par la route, a toujours servi d'abri aux populations locales, notamment à l'époque paléolithique (magdalénien-azilien, 17.000 à 8.000 av. JC, comme en témoignent les résultats des fouilles archéologiques effectuées sur place) ou pendant les persécutions de protestants par les armées royales (XVIe-XVIIIe siècles).

La grotte du Mas-d'Azil :

   
Dessin de Paul Vaillant-Couturier et photo de N.C. Nelson

     

     

  


Au Mas-d’Azil et dans les environs proches, on a retrouvé 11 dolmens érigés par les anciens Aquitains. Les fouilles archéologiques y ont exhumé un grand nombre d’ossements humains et d'outils.

     
Le dolmen du Cap del Pouech


Le 29 novembre 1903, au Mas-d'Azil, Marie Lagarde épouse Jean-Marie Coustures, d'une vieille famille de paysans du Volvestre.
Ils vivent au faubourg Saint-Ferréol, sur la route de la grotte (56 avenue de la Grotte).
Jean-Marie est guide de la grotte.

           
La route de la grotte,  faubourg Saint-Ferréol.







Volvestre et Mas-d'Azil sur une carte des Pyrénées ariégeoises en 1927.


   


     


     


     




Archives familiales
J.F.S. Saint-Paul, Mémoire Historique Sur le Mas-d'Azil, Toulouse, 1843.
Ruth Otis Sawtell & Ida Treat, Primitive Hearths in the Pyrenees, with illustrations by Paul Vaillant-Couturier, D. Appleton & Co, New York & London, 1927.

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