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Protogénéalogie

 

 
Chez les chrétiens, dans la plupart des cas, la généalogie historique commence en 1564, lorsque le Concile de Trente oblige les paroisses à tenir des registres d'état civil. Auparavant, les traces écrites de l'ascendance sont rares et aléatoires, dépendant de la notoriété des familles ou des individus.

En théorie, si je pouvais énumérer tous mes ascendants directs en remontant jusqu'au Concile de Trente (ancêtres au 14e degré), il y en aurait potentiellement 32766. Pour tenir compte de la génération précédente (15e degré), il faudrait ajouter 32768 parents, ce qui porterait le total à 65534 individus. En réalité, ils seraient bien sûr beaucoup moins nombreux, étant donné les nécessaires relations de parenté entre les familles.

On serait bien en peine d'énumérer toutes ces familles et leurs histoires. En revanche, je pense qu'il est possible de localiser un certain nombre de foyers majeurs, étroitement circonscrits, au sein desquels on peut remonter étonnamment loin : c'est l'objet de cette page.


1) Situation au début du XXe siècle

L'objectif étant de remonter le plus loin possible dans le temps, il n'est pas utile de se pencher sur les mouvements du XXe siecle. L'étude de la 3e génération (mes 8 arrières-grands-parents) permet de dresser un état des lieux suffisamment récent et significatif pour servir de point de départ à la recherche des foyers protohistoriques. Les lieux de naissance des 8 individus sont placés en rouge sur la carte ci-contre. Pour plus de clarté, je juxtapose les points

  • La naissance à Bourges est un hasard des affectations de fonctionnaires sous la IIIe République française, sans aucune racine familiale.
  • La naissance à Paris est bien identifiée, mais il demeure beaucoup d’incertitude sur l’origine des parents (étant donné que tout l'état civil parisien a été détruit sous la Commune en 1871).
  • Les autres foyers (Alpes, Pyrénées et Cévennes) sont de vieux habitats qui remontent au moins jusqu’au Moyen-Âge (cf. les noms de famille et l'aménagement des localités).

Par curiosité, je peux signaler que les dates moyennes de naissance et de décès pour cette 3e génération sont : 1884-1953.

2) Deuxième moitié du XIXe siècle : Risorgimento, Empire et République

La 4e génération (1850-1920 en moyenne) est née sous des régimes parlementaires, puis a connu le changement de frontière de 1860 (qui affecte tout les foyers du pays niçois) et la chute du second empire français (voire la Première Guerre mondiale).

À part l’incertitude de Paris (état civil détruit), on voit nettement se dessiner des agglomérats de points.


3) XIXe siècle : Restauration & Indépendance, Empire & République

La 5e génération (1821-1882 en moyenne) est née sous la restauration (Bourbon, Savoie, Orange), puis a connu les révolutions nationales et le changement de frontière de 1860.

L'incertitude croissant avec l'absence de certains actes, j'indique en orangé les lieux de naissance présumés.

Par rapport à la 4e génération, on voit apparaître un nouveau foyer en Flandre, et une distinction entre deux branches dans le Boubronnais.
Les autres foyers se confirment (avec toujours l’incertitude sur l’ancienneté des branches parisiennes).


4) Guerres révolutionnaires, Empire et Restauration

La 6e génération (1789-1855 en moyenne) est née sous l'ancien régime, a grandi avec les guerres de la révolution française et a vécu sous l'Empire et la Restauration, en France et dans les pays voisins.

Deux nouvelles incertitudes : un père inconnu en Couserans (sans impact significatif) et un autre en Flandre (plus décisif quant à l’origine de ce foyer flamand).

Le passage de la 5e à la 6e génération présente une certaine stablité. En effet, il y a peu de migrations avant le XIXe siècle, si ce n'est dans le cadre des guerres (il faut souligner ici qu'on a affaire essentiellement à des familles de paysans). C'est ce que confirme l'observation de la carte, où l'on constate peu de dispersion : Vintimille et Verceil du côté niçois, et une naissance sur l’Ubaye du côté provençal. Le reste se confirme : la distribution est nettement polarisée sur la ville de Nice et ses campagnes, sur le Couserans, probablement dans les Cévennes ; par ailleurs, les hautes vallées du Var et du Verdon peuvent former un autre foyer notable si on les considère ensemble. Enfin, il y a peut-être un foyer à Paris (avec une incertitude définitive), et un foyer moins dense dans l'Oise.



5) Extrapolation

Compte tenu de l'augmentation de l'incertitude, il vaut mieux en rester là pour les données historiques et continuer de remonter le temps à un niveau théorique.
La représentation de l'arbre généalogique sous forme d'anneaux concentriques (ci-contre), en mettant évidence les proportions entre les foyers, illustre bien la répartition générale des individus et les perspectives d'extrapolation.
Par conséquent, à chaque itération, le nombre de points augmente de façon exponentielle en même temps que la probabilité d'apparition de nouveaux foyers diminue sensiblement.
Autrement dit, si un nouveau foyer apparaît au fil des itérations suivantes, il ne peut se former que progressivement ; pendant ce temps, le poids des foyers déjà existants aura quasiment doublé à chaque génération.
Il en résulte que les foyers identifiés sur les deux dernières cartes ci-dessus ne peuvent que se renforcer au fur et à mesure qu'on identifie les ascendants des individus représentés.

Pour être plus rigoureux, il faut tout de même passer en revue les caractéristiques de ces lieux :
Le fait que ces quatre zones soient sensiblement isolées est déterminant : cela étaye l'hypothèse selon laquelle ce sont des foyers stables où la population a pu vivre quasiment en vase clos pendant des siècles, voire des millénaires. En outre, le fait qu'il s'agisse de régions montagneuses implique que les habitats sont potentiellement anciens (peu sensibles à l'effet des marées, des crues, des inondations - et, sur une échelle plus vaste, aux effets des grandes glaciations). 

6) Foyers pré-indoeuropéens

Si l'on pouvait poursuivre ces itérations jusqu'aux générations de l'époque romaine, on découvrirait certainement toutes sortes de nouvelles origines surprenantes, mais les 4 foyers ci-dessus seraient vraisemblablement toujours plus denses que les autres. Voyons donc qui étaient les peuples sédentaires qui vivaient là au temps des premiers textes qui nous soient parvenus à leur sujet.



À l'est, ce sont des Ligures - notamment les Védiantiens autour de Nice (et d'autres peuples ligures, notamment dans les Cévennes).

À l'ouest, il s'agit d'Aquitains : les Consorans, en Couserans.


   
Consorans et Védiantiens imaginés par Pierre Joubert.

   
Aquitains, Ibères et Ligures parlent sans doute des langues non-indoeuropéennes, jusqu'à l'arrivée des Celtes (au cours du Ier millénaire av. JC).


Au VIe siècle av. JC, les Aquitains et les Ligures orientaux sont toujours indépendants des principales zones d'influence de Méditerranée occidentale : Grecs (Marseille), Romains et Carthaginois.



Lors de la conquête romaine, ces foyers seront intégrés à des entités différentes :
les Ligures sont partagés entre les Gaules Cisalpine (191 av. JC) et Narbonnaise (120 av. JC) et les Alpes-Maritimes (63 ap. JC) ;
les Consorans entre la Gaule-Narbonnaise (120 av. JC) et l'Aquitaine (27 av. JC).