Ilľa Vaś

Pipilisty le faucon

conte (1965)




Introduction

Dans ce conte, Ilľa Vaś réunit de nombreux thèmes et symboles nationaux. Dès les premières strophes, il plante son décor dans la parma, c’est-à-dire la taïga du pays komi, avec sa faune (lièvres, ours, etc.) et ses chasseurs, dont le travail consiste principalement à récolter des fourrures pour les vendre à la ville. Naturellement, on fait appel à une magicienne, personnage incontournable… Les noms des personnages font tout de suite penser à des héros de la mythologie komie : Jirkap est connu pour ses skis magiques qui le portent où il veut ; Joma est une nymphe des bois (qui n'est pas sans rappeler la Baba-Iaga des Russes) ; le héros Pera est bien connu des Permiaks ; etc.

Les héros de cette aventure épique sont trois frères, qui ont grandi dans une famille ordinaire à la campagne. Chacun est caractérisé par une qualité : Nyrkab par sa force physique (symbolisée par sa lance), Jirkab par sa vitesse (symbolisée par ses skis — qui évoquent les skis magiques grâce auxquels le « Jirkap » de la mythologie zyriène a capturé le renne d’azur) et le petit Miźa par son talent mélodique (symbolisé par sa flûte traditionnelle) — Miźa est un rêveur, il n’est pas tant versé dans la chasse que dans la musique. Les trois garçons sont donc complémentaires. Tous ensemble, ils vont pouvoir accomplir de grandes choses !

La quête d’un oiseau magique conduit nos héros sur le mont « Tövpoz » — littéralement, « le nid du vent ». Dans la mythologie komie, les vents prennent naissance dans un nid de pierre, dans les plus hauts sommets de l’Oural. Traditionnellement, ce pic de 1 617 m, situé dans la région où la Pechora prend sa source, a longtemps été pour les Komis le point culminant de la chaîne de montagnes. Aujourd’hui, on sait que le mont National le dépasse, dans le nord du pays (« Naroda-Iz », 1 895 m), mais le Tövpoz n’a rien perdu de sa valeur symbolique.

À ces thèmes nationaux, enfin, se joignent des mythes plus universels, comme celui de la malédiction qui fait disparaître la lumière et plonge le monde dans les ténèbres : la poursuite de l’oiseau magique s’avère une quête solaire.


Les 489 vers du poème sont répartis en 61 huitains. À quelques exceptions près, ces huitains sont composés de tétramètres trochaïques, les deux derniers vers de chaque strophe étant amputés de la dernière syllabe.

Dans chaque huitain, les vers sont couplés en rimes plates : la rime porte sur la dernière syllabe pour les deux vers courts, et remonte jusqu’à la voyelle précédente (la dernière syllabe forte) pour les six autres. Ces rimes sont donc clairement audibles, même si elles ne sont pas tout à fait régulières et que les consonnes y sont un peu fluctuantes.

L’alternance de ces deux mètres pourrait se rendre en français par une alternance de rimes féminines et masculines. Mais ce choix pourrait conduire à une certaine monotonie. J’ai préféré mettre en valeur le mètre plus court des deux derniers vers — qui sonne un peu comme un refrain — en alternant octosyllabes et heptasyllabes, et en m’efforçant de reproduire les rimes sur ces derniers seulement.



Pipilisty le faucon

Пипилисты сöкöл

1

Jadis au bord d’un clair ruisseau,
Au cœur du bois dans la clairière,
Proche ou lointain, nul ne le sait,
Mais ici, au pays komi,
Dans un petit foyer modeste
Vivait un couple de chasseurs.
      Trois garçons leur étaient nés,
      Tant robustes qu’avisés.

Le plus grand s’appelait Nyrkab.
Il était fort — comme un héros.
Jirkab est le nom du puîné,
Tel l’écureuil aux pieds agiles.
Le cadet du nom de Miźa
Du pipeau savait l’harmonie : [1]
      Jamais la joie ne lui faut,
      Pourvu qu’il ait son pipeau.

Nuit et jour ils vont à la chasse,
Amassant un vaste butin.
Emportant le butin d’un an,
Le père partit pour la ville.
Ainsi parla-t-il à ses fils :
« J’emporte à vendre bien des choses ;
      Or en ville tout s’achète,
      Que voulez-vous comme emplettes ? »

« Un javelot visant tout seul !»
Ressasse l’aîné à son père.
« Pour moi, des skis allant tout seuls,
Léchant si bien l’eau que la terre !»
Voilà ce que veut le puîné.
Miźa dit : « Et pour moi, mon père,
      Pipilisty le faucon —
      S’il existe pour de bon ! »

Le vieux s’en va, son cheval trotte…
Un lièvre bondit sur la route.
Le vieux le prit dans la clairière,
De pain beurré il le nourrit.
Un ours surgit de la taïga,
Le vieux lui donna du pain d’orge.
      « Ô vieillard, un grand merci !
      Te voici donc notre ami ! »

Il atteignit la ville un soir,
Y acheta le javelot,
Trouva des skis allant tout seuls…
Papa chercha bien le faucon :
Il arpenta toute la ville,
Sa quête dura un semestre,
      Jambe lasse et maux de tête —
      Du faucon vaine est la quête.

Le vieux alla voir la sorcière —
Près d’un torrent noir hors la ville,
Où une forêt centenaire
Tel l’ours furieux hurle et gémit.
Un coq annonce la maison —
Tordue comme une bête fauve,
      Sur le seuil tremble une vieille,
      Au nez comme une brindille.

Le vieux s’enquiert et l’interroge
Sur Pipilisty le faucon.
La vieille dit : « J’ai ouï conter,
Qu’il était jadis un faucon ;
Dans une taïga boréale,
Voici, voici, là-haut, là-haut,
      Il habitait dans les cieux.
      (La vieille leva les yeux.)

Et le faucon vola
Par-delà les mers, quelque année.
J’ai tout juste aperçu son vol :
Ses ailes d’or grand déployées,
L’oiseau planait vers le midi,
Gorge d’argent éblouissante :
      C’était une nuit d’automne…
      Ô quelle clarté rayonne !

Là, il survola le Tövpoz ;
Comme il planait sur la montagne,
Une plume quitta son aile,
Tomba comme une flèche ardente ;
Elle est ainsi tombée tout droit
Justement sur le mont Tövpoz.
      Que de lumière au sommet,
      Quand la plume y fut tombée !

Un lièvre a mangé grâce à toi.
Vois-tu, c’était mon fils, ce lièvre,
Et l’ours grisonnant, mon grand-père.
Prends ce ceinturon en échange :
Tombes-tu dans l’eau ou le feu,
Il te sauvera de tous maux.
      Là où la plume tomba,
      Vivait la vierge Joma.

Et elle a enterré la plume…
Va, et tue la vierge Joma !
Prends donc la plume étincelante,

Emporte-la dans tes pénates,
Prends-en bien soin, comme il se doit…
Près de sa plume, le faucon
      S’en reviendra, tôt ou tard…
      Je nen dirai davantage… »

Et la voici changée en lièvre,
Cabriolant par la fenêtre.
Puis tout prit fin et disparut…
Le vieux regagna ses pénates :
Dans une main, des skis agiles,
Tenant un javelot de l’autre,
      Et puis rien dautre, sinon
      À la taille un ceinturon.


1

Коркö важöн сöдз ю бердын,
Гажа яг нöрысса эрдын,
Ог тöд ылын али матын,
Гашкö-й коми муын татöн,
Аслас ичöтик гöль позъяс
Олiс-вылiс кыйсьысь гозъя.
Налöн быдмис куим зон —
Сюсьысь-сюсь да ёнысь-ён.

Ыджыд воклöн нимыс Ныркаб.
Зумыд сiйö — багатыр кодь.
Йиркаб нима шöркост вокыс,
Ур кодь тэрыб сылöн кокыс.
Мизя нима медiчöтыс
Ладсö зар пöлянлысь тöдiс:
Сыкöд оз босьт гажтöм нэм,
Сьöрас зар пöлян кö эм.

Вой и лун кыйсьöмныс мунö,
Чöжсис прöмыс вель нин уна.
Прöмыс нуны öти арö
Батьыс мöдöдчис со карö.
Сiйö пияныслы шуö:
«Сьöрсьым вузöс уна нуа;
Карад быдторйыс öд эм,
Кутшöм заказ вöчад мем?»

«Ачыс сутшкысь шы мем вай тэ!» —
Ыджыд вокыс батьлы кайтö.
«Вай мем лямпа — ачыс тюлысь,
Мулысь-валысь веркöс нюлысь!» —
Шöркост воклöн заказ тайö.
Мизя шуö: «Вай тэ, айö,
Пипилисты сöкöл мем —
Сэтшöм кай пö кöнкö эм!»

Мунö старик, рöдтö вöлöн…
Кöч со тривкнитiс туй пöлöн.
Старик кутiс кöчöс эрдысь,
Выя няньöн сiйöс вердiс.
Дзор ош пармаысь друг петiс,
Старик сылы ид нянь сетiс.
«Аттьö тэныд, пöрысь морт!
Öнi миянлы тэ ёрт!»

Воис карö öти рытö,
Ньöбис ачыс сутшкысь шытö,
Ачыс тюлысь лямпа сюри…
Корсис сöкöлтö бать бура:
Гöгöр кытшлалiс став карсö,
Коллис сэтöны джын арсö,
Мудзис кокыс, висьмис юр —
Сöкöл некытысь эз сюр.

Старик мунiс тöдысь дорö
Ылö карсянь пемыд шорö,
Кöнi сё арöса вöрыс
Мурзö-равзö ош моз скöра.
Петук чаль йылын сэн керка
Мыйкö сюра-пеля зверь кодь,
Кильчö помас дзöрö пöч.
Нырыс конда ув кодь стöч.

Старик юасьö со, кылö,
Пипилисты сöкöл йылысь.
Пöчö шуö: «Кывлi-кывлi,
Сöкöл коркö овлiс-вывлiс;
Войвыв муын, парма весьтын,
Со, со вылын-вылын эстöн
Сылöн вöлi оланiн.
(Пöчö лэптiс вылö син.)

Лэбзис сöкöл, со öд
Саридз сайö кодкö воö.
Лэбзьöм ме аддзылi сöмын:
Зарни бордсö шевгöдöмöн
Шлывгис сiйö лунладорö,
Эзысь морöс синтö ёрö:
Кадыс вöлi арся вой…
Кутшöм югыд вöлi, ой!

Тöвпоз вывтi лэбис сэтi,
Кодыр шлывгис гöра весьттi,
Бордсьыс тыв сэк чуктi, тюлi,
Биа ньöвйöн уси улö;
Лои усьöм-тюлöм сылöн
Буретш Тöвпоз гöра вылö.
Югыд лои гöра йыв,
Кодыр уси сэтчö тыв.

Кöчöс вердiн бур тэ вöчин.
Менам пи öд сiйö кöчыд,
А дзор ошкыс менам дедö.
Вöньöс сы пыдди тэд сета:
Усян ваö кöть тэ биö,
Мездас быд лёкторйысь сiйö.
Тöвпоз вылö, кöнi тыв,
Овмöдчöма Ёма ныв.

Пыдö гуалöма тывсö…
Мунöй, виöй Ёма нывсö!
Дзирыд тывборд босьтöй
ордад,
Вежавидзиг, нуöй гортад,
Бура дöзьöритöй сiйöс…
Тылыс дорö сöкöл миян
Коркö локтас, водз ли сёр…
Сэсся ог шу нинöмтор…»

Другысь пöчö пöри кöчö,
Тривк-тривк öшинь розьöд
вöчис.
Сэсся ставыс воши, быри…
Гортас старикыд бырс пырис:
Тюлысь лямпа öти киас,
Мöднас шы бедь кутö сiйö,
Сэсся нинöм абу скöнь,
Паськöм пыдди паськыд
вöнь.


2

Nyrkab manie gaiement sa lance,
Jirkab tout le jour chasse à skis,
Seul Miźa s’afflige, on l’entend :
Son pipeau ne joue pas bien fort.
Alors ainsi parla leur père :
« Eh bien, les gars, allez, en route !
      Cherchez du faucon la plume,
      Scrutez du Tövpoz la cime !

Car votre force est dans vos cœurs :
Les skis graissés, lance acérée,
Prenez ce ceinturon magique.
La route est rude, soyez braves !
Allez-vous-en vers le levant,
Au sommet du haut mont Tövpoz !
      À la plume allez tous trois…
      Ce n’est elle qui viendra ! »

Voici les frères sur la route,
Les jambes marchent hardiment.
Ils dépassèrent sept collines,
Firent périr plus d’une bête,
Et dans la forêt pénétrèrent…
Jamais le Tövpoz n’apparaît.
      Rien d’autre que la taïga, 
      Où crie la bête aux abois.

Joma de son mieux les entrave,
Qui vole et plane à côté d’eux,
Et s’acharne à leur faire obstacle.
Elle inventa un bosquet dense.
Lors Miźa sortit la ceinture,
À peine eut-il levé le bras
      Que le bosquet s’escamote, 
      Au profit de vertes mottes.

Cette verte prairie débouche
Sur une grand-route infinie.
Et ils voient là une maison,
Vers eux vient une jolie fille.
« Venez vous reposer ! dit-elle.

Bienvenue à vous, voyageurs ! »

      Là gîtèrent les trois frères. 
      À satiété ils soupèrent !

Vint le matin. Le jour se lève.
Le froid endolorit les jambes.
Les yeux des frères s’écarquillent,
Ils voient le lieu de leur nuitée :
Il n’est là rien d’autre qu’un tremble,
Au pied du tremble, un feu éteint.
      Tout autour, de large en long, 
      Nul ne voit le ceinturon.


2

Ныркаб радлö, шыöн лыйсьö,
Йиркаб лызьöн лун-лун
кыйсьö,
Öтнас Мизя шогсьö, кылö,
Гора пöлян оз ворс сылöн.
Батьыс сэки шуис налы:
«Ноко, зонъяс, петöй туйö!
Корсьöй сöкöлыслысь тыв,
Видлöй Тöвпоз излысь йыв!

Эм öд морöсаныд выныд,
Выйим лямпа, стальнöй шыныд,
Шемöс вöньöс нöшта сета.
Сьöкыд туйö повтöг петöй!
Мунöй эстчö асыввылö,
Джуджыд Тöвпоз гöра йылö!
Ветлöй тывла куим вок…
Сiйö ачыс öд оз лок!»

Туйö петiсны со вокъяс,
Смела тувччалöны кокъяс.
Бöрö коли сизим керöс,
Уна виисны нин зверöс,
Вöрö пырисны нин пыдö…
Некöн Тöвпоз из оз тыдав.
Гöгöр сöмын парма вöр,
Зверлöн равзöм кылö скöр.

Ёма быд ног мунöм торкö,
Орччöн накöд лэбö-шпоргö,
Туйсö тупкыны пыр зiльö.
Со тай пыртiс тшем сук
тiлльö.
Вöнь сэк Мизя кыскис
зептысь,
Муртса кисö сiйö лэптiс

Тiлльыд воши, быри друг;
Воссис водзаныс веж луг.

Паськыд туй сэн, веж видз вом
Некытöн оз тыдав помыс.
Видзöдöны
керка сэтöн,
Мича нывка паныд петö.
«Локтöй шойччöй!
шуö нылыд.
Зэв ми радöсь туй йöз вылад!»
Вокъяс узьмöдчисны сэн.
Ужын вöлi
рушку дзен!

Асыв воис. Петö шондi.
Кокъяс кöдзыдысла ёнтö.
Вокъяс восьталiсны синсö,
Видзöдöны узянiнсö:
Нинöм абу
öтка пипу,
Пипу бердын ваймöм бипур.
Чистö поле гöгöр скöнь,
Кватитчисны
абу вöнь.


3

Tout en se lamentant, les frères
À travers la forêt grimpèrent.
C’était encor la mi-été.
Soudain autour tout bascula :
Joma lâcha vent et tempête,
La neige tourne en vrombissant.
      Il tomba six pieds ainsi
      De neige à ras des sourcils.

Joma là-haut a la ceinture
Et ricane sur sa congère.
« Qu’elle s’amuse, dit Nyrkab,
D’avoir le ceinturon magique.
Essayons donc nos skis agiles,
Et pointons-les vers le levant ! »
      Voici les trois frères qui 
      Mettent leurs pieds sur les skis.

Ils glissent, filent comme un souffle,
Les skis magiques (quel prodige !)
Les portant, de plus en plus vite,
Jusques au pied du mont Tövpoz.
Là tout à coup fondit la neige.
Le sommet du haut mont Tövpoz 
      Enthousiasme les trois gars. 
      Ils cheminent à grands pas.

L’ascension n’était pas facile,
Bien que robustes soient leurs jambes,
De roc en roc, de motte en motte
En gravissant leurs mains se blessent,
Leurs pieds, leurs habits se lacèrent —
Moult obstacles y font saillie… 
      Le sommeil n’est pas permis :
      Ils se hissent jour et nuit.

Joma ordonne au ceinturon
De rattraper les trois grimpeurs —
Sans résultat. Joma blasphème
Et va quérir Bygyl le Preux,
Qui habitait sur la montagne.
Haute comme un toit est sa tête,
      Sans bras ni jambes ni torse, 
      Les yeux fulminant en force.

Des braises sortent de sa bouche :
Qu’il éternue et tout s’enfume.
Sa tête est toute en pierre à feu.
Quand il s’en va — le tintamarre !
Alors Bygyl, de sa colline,
Joma l’envoya sur les frères.
      Il tombe en trombe au galop,
      Fond sur les frères presto.

Nyrkab tira dans l’os du front —
Sa lance vola en éclats.
Bygyl le Preux est déchaîné…
La mort arrive : nul n’en doute.
Voici qu’il écrasa deux frères.
Miźa était sur le côté : 
      À Bygyl il échappa, 
      Vif la tête le laissa.


3

Вокъяс водзö шогсигтырйи
Мöдöдчисны яг выв кырйöд.
Вöлi гожöм шöр на кадыс.
Другысь гöгöр воши ладыс:
Лэдзис Ёма тöв да пурга,
Лымйыс гартчö, лёкысь жургö.
Лои сажень судта лым:
Муртса тыдыштö синкым.

Паськыд вöня эстöн вылын
Ёма гирзьö тола вылын.
«М'оз оз чиктыв, Ныркаб шуис,
Шемöс вöньнымöс кö гуис.
Вай ми тюлысь лямпа видлам,
Сiйöс асывланьö витлам!»
И вот сэки куим вок
Лямпа вылö пуктiс кок.

Шуньгис-лэбис тöв ныр этшöн
Шемöс лямпа (дивö сэтшöм!),
Нуис, öтарö пыр öддзиг,
Тöвпоз гöра горулöдз дзик.
Сэтöн лымйыс другысь сылi.
Джуджыд Тöвпоз гöра вылö
Нимкодясьö куим вок.
Тувччö тэрыбджыка кок.

Кайны сэтчö абу кокньыд,
Кöть и зумыд налöн кокныс,
Изйысь изйö, вутшкысь вутшкö
Кавшасигöн китö сутшкö,
Чашйö паськöм, коктö пурö
Разнöй шашара сэн дурö…
Войтыр вунöдöма ун:
Водзö кайö вой и лун.

Ёма тшöктö вöньлы скöра
Зырны кайысь йöзöс бöрö,
Вöнь оз кывзы, Ёма ёрсьö,
Быгыль-багатырöс корсьö,
Кодi олiс гöра вылын.
Юрыс керка ыджда сылöн,
Абу туша, кок ни ки,
Синсьыс сявкйö чард кодь би.

Вомсьыс пызйö биа öгыр,
Несъяс тшынöн тырö гöгöр.
Юрыс ставнас биа изйысь.
Кодыр мунö грымгö-ризйö.
Сэки Быгыльöс чой ньылыд
Ыстiс Ёма вокъяс вылö.
Лэччö-грымакылö скач
Вокъяс вылö локтö нач.

Ныркаб лыйис кымöс лыас
Сылöн сявк пазалi шыыс.
Быгыль-багатыр грымöдö…
Смерть нин воö быдöн тöдö.
И вот лязöдiс кык вокöс.
Мизя вöлi этша бокын
Улас Быгыльлы эз сюр,
Ловйöн коли сылöн юр.

4

Miźa courut Dieu sait combien
En quête de Pera le Preux,
Mais il ne sait où il habite,
De quel côté il faut aller.
Triste, il s’assit sur une butte
(Dans le chant d’un doux vent du sud, 
      Dans la féerie du soleil.)
      Pour reposer ses orteils.

Miźa le brave ouvrit son col,
Il prit son pipeau à la main,
À peine il l’effleura des lèvres
Que du pipeau cent voix sonnèrent.
Comme un rossignol il chanta,
Sa mélodie résonna loin.
      Ce son un lièvre attira, 
      Qui s’approcha de Miźa.

Il sautille et ne tient en place :
« Allons ensemble chez Pera ! »
Dieu sait comme vite et longtemps
Est accouru Pera le Preux :
Il vient de gagner ses pénates,
Portant de côté, sur sa lance, 
      Sept ours embrochés ensemble. 
      Sa lance un gros poteau semble.

Miźa fit une révérence,
Tel un pin jeune à un mélèze,
Et il conta tout son chagrin :
« On a occis mes deux grands frères.
C’était Bygyl le Preux, là-bas…
Il nous a vaincus… » narra-t-il. 
      Pera hésita bien peu :
      « Montre-moi où est ce preux ! »

Il déposa sa prise à terre :
Il avait là sept ours en tout !
Par un vert bois ils vont ensemble —
Miźa tel un petit enfant.
Ce n’est que tard dans la soirée
Qu’ils atteignirent le Tövpoz : 
      C’est là qu’est Bygyl, ronflant 
      De son nez proéminent.

De la taille d’une besace
Une bosse a poussé au front
Là où la lance a percuté.
La bave coule de sa bouche,
Un gros élan dort sur sa barbe,
Un loup s’agite sur son crâne.
      D’un écureuil le poil gris 
      Dans l’oreille se tapit.

Quand Pera aperçut Bygyl,
Il se mit à rire aux éclats.
L’autre éternue, mal réveillé :
Au bois les bêtes déguerpirent.
Ses yeux jetaient des étincelles,
Des braises sortaient de sa bouche.
      La fumée de ses narines 
      Faisait une odeur maligne.

Tandis que Bygyl grommelait,
Pera vers lui jeta la lance.
La lance de Pera se fiche
En plein dans un œil de Bygyl :
C’en fut fini des étincelles.
Pera, de son gros javelot,
      Frappe alors Bygyl aux dents,
      Qui s’arrachent en sautant.

Les braises sortant de sa bouche
Crépitèrent jusqu’à la fin.
Bygyl encor va pour se battre,
Fait du tapage, écrase tout.
Pera vers lui fait quelques pas,
Assène un coup de son poing gauche :
      Bygyl le Preux déguerpit
      Comme en un trou de souris.

Bygyl de nouveau se projette.
Pera lui botte les naseaux :
Alors Bygyl jusqu’à mi-mont
De tout ébranler en fumée.
Et puis sur Pera, derechef,
Bygyl se jeta violemment.
      Pera lâche — badaboum ! —
      Son javelot de cinq pouds[2].

Son javelot comme en un trou
Dégringola six pieds sous terre.
Alors il serra fortement
De ses deux bras Bygyl le Preux,
Et voici qu’il le lance en l’air,
Au sommet du haut roc Tövpoz :
      Et paf ! — Bygyl se morcelle,
      Dans un fatras d’étincelles.

En deux se fend le roc Tövpoz,
Joma sort de là en déroute.
Miźa la rattrape au passage
Il la saisit par les cheveux,
Dévêt Joma de la ceinture,
La lui arrache en la battant
      Parurent les corps des frères,
      Qu'ils cherchaient depuis la veille.


4

Пышйис Мизя, ог тöд, дыр-ö
Корсьö Пера-багатырöс
Оз тöд, кöнi сiйö олö,
Мунны кодарланьö колö.
Шога пуксис нöрыс йылö
(Кытöн мелi лун тöв сьылiс,
Асъя шондi мойдiс мойд.)
Мудзöм кок шойччöдны войт.

Збодер Мизя питшöг восьтiс,
Заргум пöлян киас босьтiс,
Муртса инмöдiс вом дорас
Пöлян тутöстiс сё горöн.
Колипкай моз сiйö сьылiс,
Мыла ворсöм ылö кылiс.
Ворсöм шыад локтiс кöч,
Сувтiс Мизя дорö стöч.

Тривкъялö, оз öшйы инас:
«Мунам мекöд Пера дiнад!»
Ог тöд, регыдöн-ö, дырöн
Сюри Пера-багатырыд:
Буретш сiйö локтiс гортас,
Вайö пысалöмöн ордас
Шыыс йылын сизим ош.
Шыыс быттьöкö ён потш.

Мизя копыртчылiс улö
Быттьö понöль ниа пулы,
Ассьыс висьталiс сэк шогсö:
Виисны пö кыкнан воксö.
Быгыль-багатыр пö сэнi…
Сiйö миянöс пö венiс…
Пера эз думайт зэв дыр:
«Инды, кöнi багатыр!»

Лэдзис пельпом вылысь прöмыс:
Сизим ош öд вöлi сöмын!
Орччöн мунöны веж ягöд
Мизя быттьö ичöт кага.
Коркö сэсся рытын сёрöн
Воис Тöвпоз излöн горув,
Сэтöн Быгыль-багатыр
Шкоргö чургöдöма ныр.

Пестер ыджда пежлöн сылöн
Йöг кайöма кымöс вылас:
Тюлысь шы инмöма сэтчö,
Вомсьыс дулльыс шорöн лэччö,
Узьö тош вылас ён йöра,
Юр чук йылас кöин дзöрö.
Пеляс поздысьöма ур,
Муртса тыдыштö руд юр.

Аддзис Быгыльтö кор Пера,
Вак-вак петiс сылöн серам,
Быгыль садьмис, несйис скöра —
Зверьяс скач пышйисны вöрö.
Синсьыс би сявкнитiс гöгöр,
Вомсьыс пызйис биа öгыр.
Нырсьыс лэдзис еджыд тшын,
Гöгöр сулалiс лёк зын.

Кодыр Быгыль ымзiс-лöвтiс,
Пера сылань шысö чöвтiс.
Шыыс Пераыдлöн инмас
Буретш Быгыльыдлы синмас:
Дугдiс сявкйыны би киньыд.
Пера кыз паличнас пиняс
Кучкис Быгыльыдлы сэк
Пиньыс разьсяс, быттьö шег.

Биа öгыр Быгыль вомысь
Гуль-голь киссяс ставыс помöдз.
Быгыль век на косьö пырö,
Грымгö-локтö, ставсö нырö.
Пера тувччас Быгыль дiнö,
Зургас сылы шуйга кинас
Тутас Быгыль-багатыр
Гöра паныд, быттьö шыр.

Быгыль бара лэччö-нырö.
Чужъяс Пера сылы нырас —
Сэки Быгыль гöра джынйöдз
Грыма-йиркакылiг тшынъяс.
Сэсянь Пера вылö бара
Быгыль уськöдчис зэв яра.
Муö палич Пера жбут,
Вöлi паличлы вит пуд.

Палич сылöн быттьö гуö
Пырис сыв судтаö муö.
Кыкнан кинас сэк шымыртö
Сiйö Быгыль-багатыртö,
Сэсся кыдз тай чöвтас вылö,
Джуджыд Тöвпоз изйыд йылö —
Быгыль жугалö пуз-паз,
Сöмын би кинь сявкнитлас.

Шöри потö Тöвпоз изйыс,
Ёма петö сэтысь, ризйö.
Мизя чап кватитас сiйöс,
Юрси пратьсö босьтас киас,
Вöньсö пöрччас Ёма вылысь,
Мырддяс нöйтiгтырйи сылысь…
Кыкнан воклöн сюри шой,
Сiйöс корсисны дзонь вой.

5

Miźa s’afflige pour ses frères :
Comment venir à leur secours 
?
S’en vient un ours en clopinant,
Lequel remarque son chagrin 
:
« Viens, allons quérir un remède !
Prends une gourde et monte-moi ! 
»[3]
      Jusqu’à un tertre ils cheminent,
      Qui un tronc coupé domine.

L’ours trébucha dans ses racines,
De la souche jaillit de l’eau
Miźa cueillit l’eau dans la gourde,
Puis sur l’ours il s’en retourna.
Et les voici auprès des frères
Dans la clairière au pied du roc,
      Où, la nuit passée, Pera 
      Les deux dépouilles veilla.

Miźa prit la gourde au remède
Et les aspergea : « Debout, frères ! »
Ses frères vite se levèrent
En s’écriant : « Salut ! Salut ! »
Voici, à côté de leurs skis,
Une lance au manche tout neuf.
      Nyrkab, les yeux se frottant, 
      Dit : « On a dormi longtemps ! »

Ils dirent à l’ami Pera
Leur profonde reconnaissance.
À la maison, tranquillement,
Rentra Pera chez ses parents :
Les arbres se déracinaient,
La terre branlait sous ses pieds.
      Les trois frères médusés 
      Le regardaient s’éloigner !

Mais d’entre les bras de Miźa
Entre-temps Joma s’est enfuie :
Voici qu’elle fond sur la gourde
La lance de Nyrkab l’attrape
Joma tomba, inanimée
Elle maudit d’un dernier souffle :
      « Ô, la terre tout entière,
      Que nuit noire l’oblitère ! »

À midi survint le prodige :
Il fit tout obscur sur la terre,
Soleil éteint, lune invisible —
Exactement comme en la tombe !
Seule une plume, à peine, à peine,
Miroitait au sommet du mont.
      Tomba la neige en bourrasques :
      Ni ouïe ni vue, quoi qu’on fasse.


5

Шогсьö Мизя шойяс дорын:
Кодлысь сэсся отсöг коран?
Со тай ош варгыльтö-локтö —
Сылысь казялöма шогтö:
«Мунам лов зелляла! Кылан?
Туис босьт да пуксьы вылам!»
Мöдöдчисны. Воис кыр.
А кыр улас ыджыд мыр.

Мырйыд ошлы вужнас шедiс,
Дзулькйöн мыр увсьыс ва петiс…
Мизя туисö ва лöдiс,
Сэсся ош вылын бöр мöдiс.
Вот и найö вокъяс бердын
Джуджыд из гöра ув эрдын,
Кöнi Пера коллис вой,
Видзис кык вокыдлысь шой.

Мизя босьтiс зелля туис,
Пызйис. «Чеччöй, вокъяс!»шуис.
Вокъяс звирк чеччисны сылöн,
Горöдiсны: «Олан-вылан!»
Накöд орччöн лямпа сэтöн,
Дзик выль шы бедь кыськö петöм.
Ассьыс синсö тiлигтыр
Шуö Ныркаб: «Узьсис дыр!»

Ыджыд аттьö шемöс мортлы
Висьталiсны Пера ёртлы.
Сэки ньöжйöникöн гортас
Мунiс Пера ай-мам ордас:
Вужнас пöрласис вöр-пуыс,
Кок улас лайкъялiс муыс.
Куим вокыд шензигтыр
Пера вылö дзоргис дыр!

А сэк костi Мизя киысь
Ёма-д мынтöдчöма сiйö:
Лэбö-пышйöдö со туис…
Сiйöс Ныркаблöн шы суис…
Уси Ёма, лолыс петiс…
Пежыд медбöръя шы сетö:
«Мед жö лоас, мед жö… ой…
Став му пасьтаыс сьöд вой!»

Лун шöр лунö артмис шемöс:
Лои му вылын сап пемыд,
Кусi шондi, воши тöлысь.
Гöбöч гуын кодь дзик вöлi!
Сöмын муртса-муртса тывсянь
Югöр локтiс гöра вывсянь.
Пурга кыптiс: син ни пель,
Кöться синмад сутшкы жель.

6

Tant bien que mal, nos trois frangins,
À tâtons et à quatre pattes,
Grimpent jusqu’au sommet du mont,
Jusqu’à la plume scintillante.
Quand la plume leur fut échue,
Alors l’aîné, par précaution,
      La blottit dans la ceinture,
      Car sa hanche était obscure.

Et si la nuit était épaisse,
Les cœurs rayonnaient d’allégresse !
Les frères chaussèrent leurs skis,
Vers la maison ils s’éloignèrent,
Grâce à leurs skis allant tout seuls,
Qui fendent l’air sans faire un bruit,
      Voyant la plaine sous eux,
      Et ce bien qu’ils n’aient pas d’yeux.

Les skis doucement sifflent, chantent
De la montagne à la colline,
Toujours sous de plus gros nuages.
Vers l’ouest ils filent comme un aigle,
Ramènent chez eux les trois frères
Chez leurs parents quittés jadis.
      Et voici que leur village
      Apparaît sur leur passage.

Et les voici dans le village
Mais nul ne vient à leur rencontre.
Ils regardent : seule une vieille
Près d’un feu de copeau s’affaire.
Tous les autres sont endormis,
Depuis longtemps couchés au sol.
      On n’entend ni chat ni chien,
      Un sommeil lourd tous les tient.

La vieille alors s’adresse à eux
(Tremblant de la main et des membres) :
« Eh, bonnes gens, d’où venez-vous ?
Et qui pouvez-vous donc bien être ?
Depuis trois ans, il fait si sombre…
Ainsi va la vie, semble-t-il.
      Dans tout le village on dort.
      Et moi seule veille encor. »

Miźa prit la gourde d’écorce,
Et les aspergea tous : « Debout ! »
Tous s’éveillèrent, se levèrent,
Descendirent de leurs soupentes,
Papa exulte, mère embrasse
Le bonheur n’a pas de limites !
      Le mal continue pourtant,
      L’obscurité persistant.

Sur la maison le père ensuite
Monta tranquillement lui-même,
D’un beau sapin fit une table.
Un coffret d’argent, un plat d’or
Sur la table il y mit la plume,
L’enveloppa de soie vermeille,
      C’est là qu’est l’aile éclatante :
      De la beauté l’habitante.

Mais voici qu’un jour la nuit noire
Soudain se fit un peu plus claire :
Planant par le grand ciel obscur
Vint Pipilisty le faucon,
Ses ailes d’or, gorge d’argent,
De leur clarté tout éclaboussent.
      L’aurore brûle ardemment.
      Le sommeil fuit les vivants.

Comme un tonnerre lointain, l’aile
Du faucon frappe et retentit.
Les villageois sont stupéfiés.
Le faucon planait dans l’azur :
Le voici qui passe là-haut,
Où l’aube vainc l’obscurité,
      Mais sur terre ne vient point
      Et laisse aux gens leur chagrin.

De par la terre on s’agita :
Les cœurs se remplissaient d’espoir !
Alors les gens se recueillirent,
Levant leurs yeux devers le ciel,
Ils prient, du fond du cœur appellent :
« Vole, faucon, auprès de nous !»
      Se méfie l’oiseau, la fée
      Et ne descend pas plus près.

Le jour est encor ténébreux,
L’aube à peine ne fait que poindre.
Les gens prient deux jours et puis trois,
Les veines lourdes de fatigue.
Le faucon est toujours là-haut,
À l’est le soleil ne vient pas,
      Malgré le ciel dégagé.
      Le peuple prie sans succès.

Les villageois se rassemblèrent,
En hauteur, près d’une clôture.
Parmi la foule sont les frères.
Miźa sort du milieu des gens :
Sur une souche de sapin
Il va s’asseoir tranquillement
      (Dans son col est le pipeau)
      Et tourne la tête en haut.

Miźa ouvrit son col et prit
En main le pipeau d’angélique.
Voici qu’alors sonna un son
Comme une vague de la mer
Cygne voguant au cœur de l’homme
La terre et l’eau tendaient l’oreille
      À l’harmonie du récit,
      Au flot clair de l’harmonie.

Miźa joue mélodieusement,
Ses doigts dansent sur l’instrument.
L’eau se taisait, la terre coite,
Tant le jeu était délicieux !
Et il joua longtemps ainsi
L’oiseau en fut piqué au cœur :
      Les prieurs voient l’atmosphère
      Devenir un peu plus claire.

Un grand chant retentit soudain
Sur Pipilisty le faucon :
« Ô clair soleil, notre faucon,
Nous te vouons notre chanson !
Ne vois-tu le chagrin des gens ?
Écarte ce mal de la terre !
      Jette un œil sur nos contrées !
      Vole ici-bas, tendre fée ! »

Longtemps encor le chant du peuple
Résonna sur toute la terre.
Il pointa son nez vers le bas,
Et de la terre s’approcha.
Puis il descendit presque en flèche
Et vint se poser sur le toit,
      Gorge éclatante éployée :
      Le hameau changea d’aspect.


6

Кыдзкö-мыйкö куим вокыд
Кималасöн, бау кокöн

Кавшасьöны гöра йылöдз,
Кöнi куйлiс дзирыд тылыд.
Кодыр тывборд налы сюри,
Сэки вежавидзиг, бура
Вöньöн тöбис ыджыд вок:
Эз ло дзирыд сылöн бок.

Кöть и пемыд вöлi войыс,
Сьöлöм вылас долыд лоис!
Вокъяс сувтiсны лызь вылö,
Гортлань мöдöдчисны ылö,
Ачыс тюлысь лямпа вына —
Шуньгö-вундö сынöд,
Аддзö лэбны шыльыдiн,
Кöть и абу сылöн син.

Лямпа шуньгö-швичкö, сьылö —
Гöра йывсянь керöс йылö,[i]
Кымöр увсянь кунöр улö.
Рытыввылö кутш моз тюлö,
Куим вокöс вайö гортас
Важöн кольöм бать-мам ордас.
Со и налöн чужан сикт
Матын тыдалö нин дзик.

Сиктыс эськö со тай танö…
Эз пет сиктын некод паныд.
Видзöдöны: öти пöчö
Мыйкö сартас биöн вöчö.
Сэсся ставыс сэтöн узьö —
Джоджö нюжöдчöма кузя.
Некöн оз кыв кань ни пон,
Ставсö личкöма кыз он.

Шуис сэки пöрысь пöчö
(Киыс дзöрö, ачыс жöдзö):
«Тi нö, бур йöз, кытысь локтад?
Кодъяс асьныд, ме тай ог тöд?
Тан со куим во нин пемыд…
Лоö тадз, тыдалö, нэмыс.
Ставнас онмовсис нин сикт.
Эг на онмовсь öтнам дзик».

Босьтiс Мизя туис,
Пызйис ставсö. «Садьмöй!»
шуис.
Ставыс садьмис, ставыс
чеччис,
Пöлать-паччöръясысь лэччис,
Батьыс радлö, мамыс кутлö…
Помыс-дорыс абу шудлы!
Эз на шылясь дзикöдз дой:
Сиктын век на пемыд вой.

Сэсся керка вылö айыс
Ачыс ньöжйöникöн кайис,
Вöчис пызан мича козйысь.
Эзысь кудйö, зарни дозйö
Пызан вылö тывборд пуктiс,
Алöй шöвкöн вевттис-тупкис,
Куйлö сэнi дзирыд борд:
Гажаинын сылöн горт.

Со тай öтчыд пемыд войыс
Этша югыдджык друг лоис:
Паськыд сьöд небеса вывтi
Пипилисты сöкöл кывтiс —
Бордйыс зарни, морöс эзысь,
Дзирыд-югыд кисьтö-резö.
Асъя кыа ломзьö дон.
Ловъя ловлöн воши он.

Вына борд шы, ылi гым моз,
Сöкöлыдлöн шургö-зымгö.
Сиктын шензьö чуймöм
йöзыс.
Сöкöл чилiс енэж лöзын:
Вылын кытшлалiс со сэнi,
Кыа пемыдöс кöн венiс,
Сöмын муланьö эз лок
И эз бырöд йöзлысь шог.

Йöзыс му пасьтала шызис:
Лача морт сьöлöмын гызис!
Сувтiс войтыр чöла-шаня,
Синсö лэптiс енэжланьö,
Кевмö, сьöлöмсяньыс корö:
«Лэччы, сöкöл, миян дорö!»
Шензян пöтка, шемöс ань
Оз сибöдчы му вывлань.

Век на ен югыдыс рöмыд,
Муртса кыа петö сöмын.
Кевмö войтыр лун-мöд-коймöд,
Быд сöн мудзöмысла доймö.
Сöкöл век на мусянь ылын,
Оз пет шондi асыввылын,
Кöть и енэж ставыс сэзь.
Йöзлöн кевмöм лои весь.

Кайис войтыр сикт шöр эрдö,
Нöрыс йылö, потшöс бердö.
Войтыр пöвстын вокъяс
сэтöн.
Мизя йöз коластысь петö,
Коз мыр вылö, войтыр пиö,
Пуксьö ньöжйöникöн сiйö
(Пöлян эм питшöгас бур),
Вывлань лэптiс сiйö юр.

Питшöг ассьыс Мизя восьтiс,
Заргум пöлян киас босьтiс.
И вот юрöбтiс сэк шыыс
Саридзвывса гылыд гыöн —
Шлывгис морт сьöлöмö
юсьöн…
Кывзiс муыс-ваыс гусьöн
Гора мойдлысь мыла гор,
Мыла горлысь эзысь шор.

Мича горöн ворсö Мизя,
Чуньыс йöктö пöлян кизьöд.
Муыс ланьтiс, ваыс чöлiс:
Ворсöм сэтшöм лöсьыд вöлi!
Дыр на ворсiс сiйö сiдзи…
Кайлы сьöлöмöдзыс сидзис:
Лои (аддзис кевмысь йöз)
Сöдзджык енэжыслöн лöз.

Гора юрöбтiс друг сьылöм
Пипилисты сöкöл йылысь:
«Югыд шондi, сöкöл миян,
Тэныд сьылöмнымöс сиам!
Йöзлысь он мöй аддзы
шогсö?
Вешты му вылысь тэ лёксö!
Синтö чöвтлы миянлань!
Лэччы татчö, мелi ань!»

Дыр на юргис йöзлöн сьылöм,
Горыс му пасьтала кылiс.
Сылöн ныр веськалiс улö,
Кутiс матыстчыны мулань.
Сэсся лэччис пöшти дзикöдз
Да и пуксис керка сигö,
Дзирыд морöс восьтiс жан —
Сиктлöн вежсис чужöмбан.


* * * * * * * * * * * *

Ce faucon depuis lors habite
Toujours en ce vaste pays.
Son cœur logé dans sa poitrine
Fait un battage du tonnerre ;
Sa plume ardente est dans le nid,
Le coffret d’argent, le plat d’or
      Le gars joue, la fille chante,
      Des chansons retentissantes.

Тайö сöкöл олö сэксянь
Паськыд муыс вылын вексö.
Сьöлöм сылöн морöс шöрас
Гымöн-чардöн тiпкö-вöрö;
Дзирыд тылыс куйлö
позйын,
Эзысь кудйын, зарни
дозйын…
Ворсö зон и сьылö ныв,
Юргö гора сьыланкыв.



[1] Son « pipeau » est une flûte traditionnelle, zargum pöljan, faite d’une tige d’angélique.
[2] 5 pouds 80 kg.
[3] La « gourde » en question, tuis, est une boîte en écorce de bouleau, telle quon en utilise en Russie pour conserver des denrées.


[i] Je supprime le troisième vers, qui déstabilise la strophe : [Кымöр йывсянь керöс йылö,].


Traduit du komi (zyriène) par Sébastien Cagnoli (2007).
Source : "Пипилисты сöкöл", in Таскаев А. И., Коми литература, Учебник-хрестоматия, 6 класс, Syktyvkar. [Ce texte a paru pour la première fois en 1965.]
Illustration : détail de L'oiseau de feu de Petrov-Vodkine.

© 2007, S. Cagnoli
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