Mihail Lebedev

Kört Aïka

une légende zyriène (1928)




Le génie du fer

Mihail Lebedev remanie ici une vieille légende traditionnelle des Zyriènes de la Haute-Vytchegda, transmise oralement de génération en génération, puis mise par écrit au XIXe siècle. 

La légende de Kört Aïka est à l’origine du village de Körtkerös (litt. « la colline de fer »), sur la Vytchegda, à une quarantaine de kilomètres en amont de Syktyvkar. C’est là que se situe notre histoire. Kört Aïka est réputé invulnérable : il a un corps de fer, qu’on ne peut entamer et dont il peut forger des armes, il a le pouvoir de commander aux éléments — il sait changer le jour en nuit et vice-versa, faire couler un fleuve à l’envers, provoquer un orage, etc. — et, par-dessus tout, il a des pouvoirs magiques exceptionnels.

En langue komie, kört– est le radical du nom « fer » et du verbe « ensorceler ». De fait, le fer est un élément essentiel de la sorcellerie permienne. Dans la mythologie zyriène, Kört Aïka (littéralement, « le démon du fer ») est un esprit maléfique qui apparaît sous la forme d’un sorcier de fer.

Quand il s’agit de parler de sorcellerie, la langue komie dispose d’un vocabulaire très vaste. Dans le poème, on rencontre deux mots différents pour désigner les « sorciers ». Le premier, « tödyś », est la substantivation du verbe « tödny », « savoir » : c’est un personnage doué d’une grande connaissance des choses occultes, un magicien, un guérisseur, qui joue le rôle d’intermédiaire entre l’homme et la nature (je le traduis ici par « sorcier »). Le second mot, « tun », est à rapprocher du verbe « tunavny », « prédire » (je le traduis ici par « devin »).

Ce sorcier, ou devin — de l’autre côté de l’Oural, on parle de « chaman » —, est a priori un personnage très positif, qui joue un rôle fondamental dans la société. Par sa connaissance de l’homme et de la nature, il est capable d’avoir sur le cours des événements une influence qui échappe au commun des mortels. À ce titre, il est indispensable dans de nombreuses situations de la vie quotidienne : il sert de médecin, de conseiller, et tire les villageois de bien des mauvaises passes.

Mais on devine qu’avec un tel pouvoir, selon l’usage qui en est fait, ce personnage est capable du meilleur comme du pire… Dans la légende qui suit, on a affaire à un « sorcier maléfique » (Kört Aïka), opposé à un « bon sorcier » (Pama). Au centre du poème, d’ailleurs, on assiste à une joute entre ces deux personnages : chacun utilise la force de ses incantations, c’est-à-dire le pouvoir des mots, pour tenter de soumettre son adversaire. Kört Aïka, le « génie du fer », se bat pour conquérir le pays komi et s’y enrichir au détriment des habitants ; Pama l’affronte pour tenter de libérer le peuple komi.

 

Après la christianisation des Komis au XIVe siècle, cette légende va évoluer, et se mêler à la « légende dorée » du missionnaire saint Étienne de Perm. Elle deviendra alors un récit allégorique du combat mené par Étienne contre les sorciers zyriènes et témoignera de la confrontation, à cette époque, du monde chrétien et des anciennes religions permiennes. Ainsi, tandis qu’Étienne remonte la Vytchegda, il est arrêté par une chaîne de fer. L’évêque, par le pouvoir de la croix, fait tomber la chaîne au fond de l’eau. Kört Aïka se met en rage. Étienne se bat contre le mauvais génie, il le frappe au front avec sa hache, et tue ainsi le méchant sorcier : après le passage des Russes, les Komis ont fini par croire que la magie du christianisme est plus puissante que celle des sorciers zyriènes (elle peut, dit-on, déplacer des montagnes) et qu’elle est capable, plus généralement, de vaincre l’invincible…

Même si le personnage de saint Étienne n’apparaît pas dans le texte qui suit, la christianisation de l’imaginaire komi y est nettement perceptible, en particulier lorsque le peuple se tourne vers le ciel pour y adresser une prière à « Voïpel » : ce démiurge des anciens Permiens semble donc ne faire plus qu’un avec le « Notre Père » qu’invoquent les chrétiens.


Le poème se compose de 416 vers de quatre trochées (un peu comme dans la poésie populaire finnoise), organisés en 104 quatrains. L’allitération y est accidentelle. En revanche, le texte est ponctué de rimes plates tous les huit pieds, c’est-à-dire sur les vers pairs. Il est intéressant de noter que ces rimes, souvent, ne se réduisent pas à la dernière syllabe (ce qui ne serait pas très captivant, vu que celle-ci est généralement un suffixe de déclinaison ou de conjugaison et qu’elle n’est pas accentuée), mais remontent jusqu’à la voyelle précédente, qui est forte, et sont donc clairement audibles. Malheureusement, j’ai dû renoncer à les reproduire en français...



Kört Aïka

Кöрт Айка

Jadis, au pays de Komi,
La forêt était infinie.
Nul ne l’avait encore coupée,
Ne l’avait battue de sa hache.

Le fleuve Ejva[1] était profond,
Jamais son eau ne tarissait.
En été, le peuple komi
En obtenait force poissons.

Il faisait bon, par voie de barque,
Aller au loin, aller tout près.
Les gens vivaient en chantonnant
Sur tout l’Ejva, en haut, en bas.

« Bien que nous traversions des peines,
Nous savons les changer en joies ! »
Ainsi disaient-ils, mais bientôt
Le peuple eut sujet de pleurer.

On ne sait d’où, vint en Komi,
Tel un ours, un affreux sorcier,
Barbe fournie, œil scintillant,
Sorti, pour sûr, d’outre-océan.

Il vint par un jour de printemps
Avec lance, épée, hache aiguë.
Sur son dos, il portait sans peine
Un grand élan pris en forêt.

Il s’assit en haut de la rive,
Mangea cru l’élan à moitié ;
À mains nues brisa un grand pin,
Pour se tâter après manger.

Les rossignols du merisier
En chant plaintif se répandirent.
Le sorcier arbora les poings,
Puis il vociféra très fort :

« Moi, le devin forgé de fer,
Je ne crains nul homme qui vive !
Moi, Kört Aïka, je vais ici
Vivre sur ce haut monticule !

La belle étendue que voici
Me met de la joie dans le cœur.
Ici, bienheureux, je m’installe.
Pour les gens, pour sûr, c’est étroit ! »

Un pêcheur habitait tout près,
Dont les cheveux se hérissèrent.
Et il retint son jeu de vagues,
Le fleuve Ejva, le long du tertre.

Là s’est établi Kört Aïka,
Qui fait des fouilles dans sa terre,
Extrait quelque chose et le brûle,
Et forge avec de lourds marteaux :

Besognant dans des étincelles,
Il émit de fortes chaleurs.
Avec son fer et son acier,
Il fit une corde et un pieu.

« Allons donc, dit-il, mon cher pieu,
Tel le brochet, plonge outre-Ejva.
Après le pieu, ma corde, file,
Ainsi seras-tu attachée. »

Le pieu traversa prestement,
Nageant sans les mains, sans les pieds.
Sur l’Ejva se tendit la corde,
Son bout roulé autour du pieu.

Le pieu pointu se fiche en terre,
Tendant la corde et l’attachant.
Si quelqu’un vient d’en haut, d’en bas,
Pris dans les cordes, il tombera.

Des bateliers, sur ce barrage,
Ne purent aller de l’avant,
Ne pouvant monter sur la rive,
Ni en barque plonger sous l’eau.

Chacun regarde, abasourdi.
Nul ne comprend rien à l’affaire :
« Comment ce fil tressé de fer
S’est-il retrouvé sur l’Ejva ? »

Le sorcier parut sur la butte,
L’œil brillant tel celui du loup :
« Ici vous voyez mon endroit,
Bientôt vous connaîtrez l
envers !

Le pays komi et son peuple,
Je les tiendrai d’une main ferme.
Si je me fâche, alors l’Ejva
Je l’assécherai jusqu’au fond.

Moi, Kört Aïka, si je m’irrite,
Je mangerai les gens tout crus,
Les battrai vite avec le fer,
Et les broierai dans un mortier.

Que ceux qui veulent avancer
Me fassent don de poil de martre.
Allez, allez, ne dormez pas,
Posez-moi ça au pied du tertre ! »

Puis l’affreuse voix fit silence.
Les bateliers de s’étonner :
D’où a surgi pareil dragon ?
Qu’est-ce ? rêve ou réalité ?

L’un d’eux dit alors : « Mes chers frères,
Avec lui, point de bavardage.
Il faut donner ce qu’il demande,
Qu’il ne se fâche davantage. »

Puis un second prend la parole :
« N’épargnons point le poil de martre,
Je l’enfourne en son grand gosier,
Afin qu’il n’assèche l’Ejva. »

Un tiers marmonne dans sa barbe :
« C’est beaucoup trop, ce qu’il lui faut. »
Un quatrième observe et tremble,
Craignant d’être jeté à l’eau.

Derechef hurla Kört Aïka :
« Que vous endormez-vous là-bas ?
Si donc vous ne m’écoutez pas,
Je vais enrager sur-le-champ ! »

Les gens voient que si l’on ergote,
Le devin punira de mort.
Ils rassemblèrent à la hâte
Les fourrures de chaque barque.

Alors s’égaya le devin.
De l’offrande il fit la recette.
Puis la corde tressée de fer,
Il l’envoya couler au fond.

« À présent, pouffa Kört Aïka,
Avancez donc, garçons komis.
Puisque vous m’avez écouté,
Voici votre voie dégagée ! »

Tel le brochet filent les barques,
De là bien vite déguerpissent.
Les bateliers ont le cœur gros :
« Comment repasser par ici ? »


Коркö важöн Коми муын
Лыдтöм, помтöм вöлi вöрыс.
Сiйöс некод эз на керав,
Эз на водзсась сыкöд черыс.

Эжва юыс вöлi джуджыд,
Ваыс ямöмсö эз тöдлы.
Гожся кадын коми мортлы
Уна чери сэтысь шедлi.

Лöсьыд вöлi пыжа туйöд
Мунны ылö, мунны матö.
Сьылiгтырйи вöлi йöзыс
Эжва кузя кывтö-катö.

«Ми кöть шогапырысь олам,
Кужам шогсö гажö пöртны!» —
Тадзи шулiсны, но регыд
Лои войтырыслы бöрдны.

Кыськö воис Коми муö
Ош кодь лёк да мисьтöм тöдысь,
Паськыд тошка, югыд синма,
Гашкö, саридз сайысь петысь.

Локтiс сiйö тувсов лунö
Шыа, пурта, лэчыд чера.
Сьöрас кокньыдика вайис
Вöрысь кыйöм ыджыд йöра.

Вадор керöс вылö пуксис,
Ульнас сёйис йöра джынсö;
Кызкодь пожöм кинас чегис —
Видлiс сёйöм бöрас вынсö.

Льöм пу пöвстын колипкайяс
Сьывны мöдöдчисны нора.
Тöдысь кабыръяссö лэптiс,
Сэсся равöстiс зэв гора:

«Меным, кöртысь дорöм тунлы,
Ловъя мортысь оз ков повны!
Ме, Кöрт Айка, танi кута
Джуджыд керöс вылын овны!

Тайö мича паськыдiныс
Меным сьöлöм вылö воö.
Татчö, майбырöй, ме тöра.
Йöзлы дзескыд, гашкö, лоö!»

Чери кыйысь матын вöлi,
Сылöн юрсиясыс сувтiс.
Весиг гынас дугдiс ворсны
Эжва юыс керöс увтi.

Сэнi овмöдчис Кöрт Айка,
Мыйкö мусьыс зiля корсьö,
Мыйкö перйö, мыйкö сотö,
Сьöкыд мöлöтъясöн дорччö:

Мырсис, камгис, би кинь кисьтiс.
Уна пöсьсö ассьыс лэдзис.
Кöрт да уклад сылöн артмис.
Кöртсьыс гез да майöг вöчис.

«Вай жö, — шуö, — муса майöг,
Сир моз тювгысь Эжва сайö.
Майöг бöрся, гезйöй, кыссьы,
Тэныд кутöд лоö тайö».

Вуджис майöг мöдлапöлö,
Китöг, коктöг збоя варччис.
Эжва вомöн гезйыс водiс,
Помнас майöг гöгöр гартчис.

Муö пырис лэчыд майöг,
Гезсö зэлöдiс да кутö.
Кывтысь-катысь сэтчö локтас,
Гезъяс зургысяс да тутö.

Пикö воис пыжа войтыр,
Туйыс абу водзö мунны,
Оз позь вадор вылö кайны.
Пыжнас ваö оз позь сунны.

Быдöн видзöдö да шензьö.
Оз куж нинöм гöгöрвоны:
«Кыдз пö тайö путшкöм кöртыс
Эжва вомöн вермис лоны?»

Петiс нöрыс вылö тöдысь,
Синмыс кöинлöн кодь югыд:
«Менам со пö кутшöм баныд,
Регыд аддзад, кутшöм гугыд!

Коми мусö, коми йöзсö
Чорыд кабырö ме босьта.
Ме кö скöрма, Эжва юсö
Дзик пыр пыдöсöдзыс косьта.

Ме, Кöрт Айка, лёк кö лоа,
Ловъя юрöн морттö сёя,
Вур-вар вöча, кöртöн варта,
Гырйö сюяла да тоя.

Кодлы колö водзö мунны,
Тулан куöн меным сетöй.
Зiля, зiля, энö узьöй,
Татчö керöс улас лöдöй!»

Ланьтiс гöлöс мисьтöм тунлöн.
Пыжа войтыр ставныс шемöс:
Кытысь уси татшöм гундыр?
Мый нö тайö — вöт-ö, вемöс?

Öти шуö: «Муса вокъяс,
Такöд вензьыны он вермы.
Коранторсö лоас сетны,
Кытчöдз ёнджыка эз скöрмы».

Мöдлöн кылö сэтшöм сёрни:
«Ог ме жалит тулан кусö,
Паськыд горшас сылы сюя,
Мед оз косьты Эжва юсö».

Коймöд гусьöникöн кайтö:
«Вывтi уна сылы колö».
Нёльöд видзöдö да тiрзьö,
Ваö шыбитöмысь полö.

Бара равöстiс Кöрт Айка:
«Мый тi унмовсинныд сэнi?
Менö онö кö тi кывзöй,
Кута лёкавны ме öнi!»

Аддзö йöзыс: кыв кö шуан,
Виас туныс сэтшöм мыжысь.
Öдйö чукöртiсны ставöн
Öти куöн öти пыжысь.

Тунлы нимкодь сэки лои.
Вайöмторсö сiйö öктiс.
Сэсся кöртысь путшкöм гезлы
Вöйны пыдöсöдзыс тшöктiс.

«Öнi, — серöктiс Кöрт Айка, —
Водзö мунö, коми пиян.
Бурöн кывзiнныд кö менö,
Туйыд восьса лои тiян!»

Сир моз öддзöдчисны пыжъяс,
Зiля идрасисны сэтысь.
Сьöлöм пыжаяслöн тёпкö:
«Кыдз пö письтан татi мöдысь?»



Kört Aïka lève le tribut sur les bateaux de passage.

Le joyeux tertre en bord d’Ejva
Plaisait à cet affreux devin.
Il y bâtit une maison,
Plutôt que de partir au loin.

Tout le jour son fer fait fracas,
Sur le rivage il va et vient ;
Il s’amuse à noyer un homme
La tête en bas dedans le fleuve.

Il faisait un mal infini,
L’habitant de la haute butte.
Nul ne montrait de résistance :
Les Komis étaient terrifiés...

Un jour, Kört Aïka est assis,
Qui filtre le moût et qui chante.
Ainsi chantant, ainsi criant,
On l’entend jusqu’à sept cabanes.[2]

L’Ejva scintillant tend l’oreille,
Son flot miroitant tristement.
Saule et bouleau, sous la douleur,
Tendaient leurs feuilles jusqu’à terre.

Le rossignol, son aile preste,
Loin, loin de là elle le porte :
« Puissé-je ne voir de mes yeux
Ce devin s’abreuver de sang. »

Même l’ours avait du chagrin,
Il court dans la forêt obscure,
Penchant la tête, à bout de souffle,
De crainte il laboure la terre.

« Ruisselle, ô moût, savoureux moût,
C’est de bon gré que je te parle !
Coule en la cuve vite-vite,
Tu finiras bière enivrante !

Au goût d’une bière enivrante,
Tout mon soûl je m’égaye et danse !
Ruisselle, coule, moût chéri,
Plus vite encor, je te l’ordonne ! »

Ainsi chantait l’affreux sorcier
Tout en filtrant là-bas son moût.
Il se réjouit : « J’ai à moi seul
Vaincu tout le peuple komi ! »

Ensuite il se tut quelque peu,
Fixe son regard sur l’Ejva.
« Ô quel prodige, et quel courage »,
Murmure sa bouche écumeuse.

De ses grands yeux, le devin voit
Quelqu’un remonter le rapide,
Sans aviron la barque avance,
S’en vient juste au pied de la butte.

La barque abrite, sur sa couche,
Tête chenue, un vieux grand-père.
Manteau d’ours, culotte en renard :
Ses vêtements sont bien taillés.

« Je te salue ! crie le grand-père.
Cœur à l’ouvrage[3], Kört Aïka !
Quand ton moût sera cuit à point,
Je te le prendrai tout entier ! »

Le bouilleur de moût se fâcha :
« Et pour qui donc te prends-tu, toi ?
Aux remous je te jetterai,
Et ce malgré ton beau renard ! »

Le vieillard dit, la barbe haute :
« Parle moins vite, mon bonhomme.
Mon nom, c’est Pama le Chenu.
J’ai ma maison au bord du Iem[4].

De devin plus puissant que moi,
Il n’en est pas né sur l’Ejva.
Mon art de la magie, mon gars,
Mon pauvre, tu ne le sais pas ! »

Kört Aïka de grincer des dents :
« Fusses-tu trois fois haut, Pama,
Sans m’offenser profondément,
Tu comptes vivre ici en paix !

Tu vois la corde en fil de fer ?
La voie de ta barque est fermée,
Ne te vante ni ne souris,
Te voici entravé, voleur ! »

Il quitta sa moelleuse couche,
Le vieillard, debout dans sa barque :
« Pour un tel langage, un autre homme
Serait envoyé au gibet !

À égal devin je ne touche,
Et ne me porte qu’en avant.
Tes obstacles, ce ne sont rien,
J’en ai rencontré de nombreux. »

Comme un cygne il leva la tête,
Posa la main sur sa poitrine,
Visant, sifflant, il invoqua
Des nues le fils du vent du nord.


Эжва дорын гажа нöрыс
Муса лои мисьтöм тунлы.
Сэтчö керка сiйö тшупис,
Ылö некытчö эз мунлы.

Чорыд кöртöн лунтыр грымгö,
Вадор пöлöн ветлö-шöйтö,
Ворсiгтырйи мукöд мортсö
Увлань юрöн юас вöйтö.

Лыдтöм омöльторсö вöчис
Джуджыд керöс вылын олысь.
Пыксьöм некодсянь эз аддзыв:
Коми йöзыс вöлi полысь...

Öтчыд пукалö Кöрт Айка,
Чужва вийöдö да сьылö.
Сылöн сьылöм, сылöн равзöм
Сизим чомкост сайö кылö.

Кывзö сiйöс югыд Эжва,
Гынас жугылякодь ворсö.
Кыдз да бадь пу шогапырысь
Муöдз öшöдiсны корсö.

Колипкайöс тэрыб бордйыс
Ылö-ылö сэтысь нуö:
«Мед пö синмöй оз нин аддзы,
Кыдзи туныс вирсö юö».

Весиг ошлы шуштöм лои,
Пышйö сiйö пемыд вöрö,
Юрсö копыртöма, кашкö,
Мусö повзьöмысла гöрö.

«Вияв, чужва, чöскыд чужва,
Тэныд висьтала ме бурöн!
Тюргы ворйö зiля-зiля,
Коркö лоан кода сурöн!

Ме кö видла кода сурсö,
Усьтöдз гажöдча да йöкта!
Вияв, тюргы, муса чужва,
Тэныд öддзыны ме тшöкта!»

Тадзи сьылiс мисьтöм тöдысь
Чужва вийöдiгöн сэнi.
Аслыс долыд: «Ме пö öтнам
Коми йöзсö ставсö венi!»

Мыйкö ланьтiс сэсся сiйö,
Сюся Эжва вылö дзоргö.
«Аттö дивö, кутшöм повтöм»,

Быгйöсь вомыс сылöн боргö.

Аддзö тунлöн паськыд бугыль:
Кодкö визувинтi катö,
Пыжыс сынтöг водзö мунö,
Локтö нöрыс дорö матö.

Пыжас вольпась вылын куйлö
Пöрысь пöльö еджыд юра.
Ош ку пасьыс, руч ку гачыс
Сылöн вурöдöма бура.

«Олан-вылан! — горзö пöльö: —
Мырсян-уджалан, Кöрт Айка!
Тэнад чужваыд кö пусяс,
Гашкö, ставсö тэнсьыд пайка!»

Скöрмис сэки чужва пуысь:
«Тэ нö кодi сэтшöм ачыд?
Регыд йирö тэнö сюя,
Кöть и мича тэнад гачыд!»

Пöрысь пöльö тошсö лэптiс:
«Надзöн сёрнит, муса мортöй.
Менам нимöй: Еджыд Пама.
Ем ю дорын менам гортöй.

Ме кодь ыджыд вына туныс
Эжва вожын эз на чужлы.
Ме моз тунъявнытö, зонмöй,
Эн на, коньöрöй, тэ кужлы!»

Пиньсö йирыштiс Кöрт Айка:
«Кöть тэ куим судта, Пама,
Ёна ме вылын он ыдждав,
Пондан овны танi рама!

Аддзан кöртысь путшкöм гезсö?
Туйыс пöдса тэнад пыжлы,
Дугды ошйысьны, эн шпынняв,
Эм на мытшöд тэ кодь шышлы!»

Небыд вольпась вылысь чеччис,
Сувтiс пыжас пöрысь пöльö:
«Татшöм кывсьыд мукöд мортöс
Дзик пыр лэптi эськö рельö!

Ас кодь тунöс ме ог вöрзьöд,
Сöмын водзö ачым муна.
Тэнад мытшöдъясыд — нинöм,
Найöс аддзывлi ме уна».

Юсь моз гоньгöдчыштiс сiйö,
Пуктiс морöс вылас кисö,
Витысь шутёвтiс да корис
Кымöр улысь вой тöв писö.



Kört Aïka fait cuire son moût ; Pama invoque le vent du nord.

Vint un coup de vent fracassant,
Qui tomba sur le fleuve Ejva ;
Alentour se dressaient des vagues,
L’eau bouillonnait jusqu’à son fond.

À une vague, Pama dit :
« Je te quémande peu de chose.
Allons, ma vague impétueuse,
Fais-moi dépasser cette corde. »

Malgré la force de la corde,
La vague fit comme ordonné,
Porta la barque sur l’obstacle,
La mena doucement derrière.

Alors l’Ejva redevint calme.
Le devin du Iem exulta :
« Kört Aïka, ne cherche pas noise,
Car ce faisant tu rendrais l’âme !

Je suis beaucoup plus fort que toi,
Il convient de savoir cela.
De ton chaudron, si je le dis,
Le moût ne pourra plus sortir ! »

Étonné, Kört Aïka regarde :
De fait, le moût ne coule pas,
Pas plus que d’un chaudron fermé,
Combien qu’on s’acharne à pester.

L’œil brillant, le méchant sorcier
D’un sabre en fer cogna un arbre :
« Tu m’as exaspéré, Pama,
Je ne vais pas me laisser faire !

Si je ne te combats de suite,
Je serai la risée du lièvre.
Ainsi mon moût s’est arrêté :
Ainsi s’arrêtera ta barque ! »

Pama alla pour avancer —
Sa barque rua comme un âne.
Qu’est donc ceci ? Et quel ondin
Au fond du fleuve la retient ?

Le vieillard ne plaisantait pas,
Il gratta sa tête chenue :
« Il est donc si fort, Kört Aïka,
Que jusque là va sa puissance. »

Les incantations des devins
Étaient loin d’être terminées :
Ni le moût de l’un ne ruisselle,
Ni ne part la barque de l’autre.

Kört Aïka se tient sur la butte,
Pama étendu dans sa barque.
Tous deux se disent à part soi :
« La discussion devient maligne. »

Le vieillard, au jour quatrième,
Se mit à souffler d’impatience :
« Mon gars, écoute, assez joué,
Je dois m’apprêter pour la route.

Même si, voleur, tu m’offenses,
Je ne pesterai contre toi.
Je te l’ordonne, ô moût sucré,
Comme devant coule à nouveau ! »

« Si tu le fais, crie le sorcier,
S’effacera notre querelle.
Que même ta barque légère
Aille gentiment de l’avant ! »

Le savoureux moût coule en cuve,
Glisse la barque à contre-Ejva.
Et les devins ne cherchent plus
À savoir qui était en faute...

Puis s’enorgueillit Kört Aïka :
« Moi ? son égal, à ce Pama !
Il a beau être très puissant,
Sa puissance m’importe peu.

Sa divination, avec moi,
Disons-le, n’a toujours pas pris.
Si je m’étais fâché moi-même,
Je lui aurais pris son renard ! »

Et le sorcier de s’égayer,
De boire sa bière enivrante ;
Il danse tout seul sur la butte.
Comme un ours il piétine et grogne.

Il danse, il danse, et va dormir.
À son réveil, il faut manger :
« Je vais chercher des aliments ;
Assez pataugé dans la boue. »

Il s’arme pour la forêt noire.
Il y capture élan et renne ;
Qu’un homme vienne à sa rencontre,
Il le piétine et il le tue.

Que dans un village il arrive,
Il y brûle la moindre ferme.
Nul résistant : à un devin,
Qui oserait chercher querelle ?

Et sur la butte il s’en revient,
Et boit de sa bière enivrante,
Et noie encor les bateliers
Qu’il surprend auprès de la corde...


Локтiс тöв ныр ыджыд шыöн,
Вывсянь Эжва вылö усис;
Гöгöр кыпöдчисны гыяс,
Ваыс пыдöсöдзыс пузис.

Öти гылы Пама шуис:
«Тэнö ёна ме ог уджöд.
Вай жö, тэрыб гыöй, менö
Тайö гез саяс тэ вуджöд».

Гылöн выныс абу ичöт,
Тшöктöмторсö сiйö вöчис:
Потшöм вывтi пыжсö нуис,
Саяс надзöникöн лэдзис.

Лöнис, раммис сэки Эжва.
Ем юдорса тунлы долыд:
«Тэ, Кöрт Айка, эн пö лёкав,
Сiдзнад петас тэнад лолыд!

Менам ёнлун тэысь уна,
Колö бура тайö тöдны.
Кыв кö шуа, тэнад пöртсьыд
Воръяд чужва оз кут петны!»

Чуймис, видзöдö Кöрт Айка:
Збыль тай чужваыс оз тюргы,
Быттьö игнасьöма пöртъяд,
Кöть тэ кыдзи сэтчö мургы.

Синнас югнитiс лёк тöдысь,
Кöрт шыпуртöн кучкис пуö:
«Менö лöгöдiн тэ, Пама,
Эг кут тöрны аслам куö!

Тэкöд öнi ог кö водзсась,
Весиг кöчыс менö увтас.
Кыдзи сувтiс менам чужва,
Сiдзжö пыжыд тэнад сувтас!»

Пама кöсйис водзö мунны, —
Пыжыс, ыръян вöв моз, дудö.
Мый нö тайö? Кутшöм вакуль
Сiйöс пыдöсöдыс кутö?

Пöрысь пöльö оз нин серав,
Еджыд юрыс сылöн луддзис:
«Ён тай вöлöма Кöрт Айка,
Сылöн выныс татчö судзсис».

Кыкнан тунлöн керанторйыс
Некыдз, майбырöй, оз керсьы:
Чужва öтиклöн оз вияв,
Пыжыс мöдыслöн оз вöрзьы.

Куйлö кыр вылын Кöрт Айка,
Пыжас чергöдчöма Пама.
Асьныс мöвпалöны сiдзи:
«Вензьöм лои омöль сяма».

Нёльöд лунас пöрысь пöльö
Пондiс дöзмöмысла пöдны:
«Кывзы, зонмöй, дугдам дурны,
Колö меным туйö мöдны.

Кöть тэ шышöн менö видiн,
Ог нин тэ вылö ме мургы.
Тшöкта тэныд, юмов чужва,
Важ моз воръяд бара тюргы!»

«Тадз кö вöчин, — тöдысь горзö, —
Миян пинясьöмыд вунас.
Мед жö тэнад кокни пыжыд
Водзö лöсьыдика мунас!»

Тюргö ворйö чöскыд чужва,
Эжва катчöс шлывгö пыжыс.
Эз нин корсьны сэсся тунъяс,
Кодлöн вöлi сэнi мыжыс...

Тшапмис та бöрын Кöрт Айка:
«Ме пö Памаыдкöд öткодь!
Мый кöть сiйö ыджыд вына,
Сылöн выныс меным веськодь.

Сылöн тунъялöмыс меным,
Позьö шуны, эз на мöрччы.
Ме кö скöрми эськö ачым,
Руч ку гачсö сылысь пöрччи!»

Пондiс гажöдчыны тöдысь,
Кутiс юны кода сурсö;
Öтнас нöрыс вылын йöктö.
Ош моз тапикасьö, мурзö.

Йöктас, йöктас, узьны водас.
Коркö садьмас. Колö сёйны.
«Муна, — шуас, — нуртор корсьны,
Тырмас няйтсö танi лойны».

Мöдас шыöн пемыд вöрö.
Кöр да йöра сэтысь кыяс;
Морт кö паныдасяс сыкöд,
Мортсö талялас да виас.

Сиктö веськалас кö, сэнi
Керка-карта ставсö кисьтас.
Пыксьысь абу.
Код нö тункöд
Косьö-тышö пырны лысьтас?

Бара нöрыс вылö воас,
Бара кода сурсö юас,
Бара пыжаясöс вöйтас,
Найöс гез дорас кö суас...



Kört Aïka incendie des villages.

Du peuple komi de l’Ejva,
La vie devint par trop étroite.
Porter le poids d’un joug pareil
À son cou n’est pas agréable.

Un jour les pauvrets, en cachette
Au bois obscur se réunirent :
Le barbu alla de l’avant,
L’imberbe resta en arrière.

Un certain temps ils conversèrent :
Comment s’affranchir du devin,
Où rechercher des jours heureux,
Par quel moyen y parvenir.

Puis tous ensemble ils s’écrièrent :
« Nul n’a su vaincre le devin !
Allons, prions, mes bien chers frères,
Frère Voïpel qui est aux cieux ! »

On fit au dieu grande oraison,
Des flots de larmes se répandent.
Voïpel, silencieux, se tient coi,
Bien qu’on le dise dieu komi.

Comme devant court Kört Aïka,
Écrasant tous ceux qu’il rencontre :
De son sabre il tranche les uns,
Dans les remous jette les autres.

Les gens disent : « Notre pays,
Voïpel l’a donné à ce chien. »
D’autres pensées ne se trouvaient
Qu’en tête de deux jeunes gars.

Le nom de l’un était Iz-Iour,
Le second s’appelait Ebös[5],
Deux gaillards fringants et sans peur,
Non des lavarets à sang froid.

Sur l’oraison, pleins de courroux,
Ils firent signe de la main :
« Voïpel ne nous secourra point,
Cela se laisse deviner.

Si nous n’entreprenons nous-mêmes
D’anéantir l’affreux devin,
Ce n’est pas l’ordre de Voïpel
Qui fermera sa grande bouche.

Un loup, jamais on ne pourra
Le traiter comme un tendre frère.
Le mal n’entend pas les mots doux,
Le mal se détruit par le mal.

Partons après lui tous les deux,
Nous, les fils d’un chasseur komi.
Si notre force est inférieure,
Nous avons encor notre ruse. »

Les gens ont aiguisé leurs haches,
Ils n’ont pas peur, leur sang bouillonne.
En bord d’Ejva, par voie secrète,
Leur pied rapide les transporte.

La forêt du bord de la rive
Était par trop profonde et dense.
Afin de duper le devin,
Bien vite ils s’y dissimulèrent.

Cinq jours durant, Iz-Iour, Ebös
Y sont à l’affût tous les deux.
Au sixième, le joyeux tertre
Est envahi d’un grand vacarme.

Encor guilleret, Kört Aïka,
Se siffle sa bière enivrante.
Et il sautille et il chantonne,
La tête encore un peu grisée.

Il prit sa cuve de sept seaux
Et la vida légèrement.
De l’aube jusqu’après midi,
Il dansa autour vivement.

Puis il succomba sous l’ivresse,
Son sommeil le fit tomber là.
L’un de nos gars dit au second :
« À nous de jouer, à présent ! »

Quoique contrariés de quitter
Les arbres pour le découvert,
Rapidement ils s’approchèrent
De la cuve près du dormeur.

Haut ils brandirent leurs cognées,
Et bientôt retentit la coupe.
Les jeunes gens crient avec fougue :
« Voici qui met fin à ton chant ! »

Kört Aïka voulut faire un bond —
Mais ses deux pieds se détachèrent,
Son bras droit lui manque à moitié,
Il a un trou à la poitrine.

« Je n’ai pas fini, râla-t-il.
Je vais aveugler mes tueurs !
De toi, nuage, obscur nuage,
Je sollicite un vif éclair ! »

Les garçons levèrent la tête :
Dans le ciel se glisse un nuage,
Vient en tonnant, jette un éclair —
Le soleil, tristement, se cache.

Iz-Iour parla : « Jamais éclair
N’a encore consumé un homme ! »
Puis Ebös : « Allons, mon devin,
Va plutôt reposer en terre ! »

De nouveau ils jouent de la hache.
L’éclair cessa de clignoter,
Comme en l’absence de nuage ;
Fleuve, forêt — tout s’éclaira.

Kört Aïka gémit fortement :
« Je meurs ! Ma fin est arrivée !
Vous pouvez vous féliciter,
Votre fougue m’a dévoré. »

Le devin ferma ses grands yeux,
De son sein s’échappa son âme.
S’ils ne l’avaient assassiné,
Il battrait encor bien des gens.

Ainsi mourut l’affreux sorcier,
L’habitant du tertre d’Ejva.
Lors vécut le peuple komi
Dans la peur de l’obscurité.

Эжва дорса коми йöзлöн
Олöм вывтi лои дзескыд.
Татшöм нартитöмсö нуны
Сьылi вылад абу чöскыд.

Кыдзкö öтчыд коньöр войтыр
Гусьöн чукöртчис сьöд вöрын.
Кодi тошка, петiс водзö,
Кодi тоштöм, сувтiс бöрын.

Дыркодь сёрнитiсны найö:
Кыдзи тунсьыс эськö мынны,
Кытысь корсьны долыдлунсö,
Кутшöм ногöн сэтчö инны.

Сэсся горöдiсны ставöн:
«Тунöс некод эз на венлы!
Вай жö юрбитамöй, вокъяс,
Енэжвывса Войпель-воклы!»

Пансис енлы ыджыд кевмöм,
Уна синва киссьö-усьö.
Войпель ланьтöма, оз шыась,
Кöть и коми енмöн шусьö.

Важ моз шаркъялö Кöрт Айка,
Паныд сюрысьяссö нырö:
Кодöс кералö шыпуртöн,
Кодöс сюйö джуджыд йирö.

Йöзыс шуö: «Миян мусö
Войпель сетiс тайö понлы».
Сöмын мукöд пöлöс мöвпъяс
Пырис юрас кык том зонлы.

Öти вöлi Изъюр нима,
Мöдлöн нимыс вöлi Эбöс,
Кыкнан зонмыс збой да повтöм,
Абу кöдзыд вира кебöс.

Кевмöм вылö скöрапырысь
Кинас шеныштiсны найö:
«Войпель миянлы оз отсав,
Позьö тöдны вöлi тайö.

Ми кö асьным огö пондöй
Мисьтöм тунлы корсьны помсö,
Войпель тшöктöм кузя сiйö
Оз на тупкы паськыд вомсö.

Некор кöинöс он вермы
Вöчны мортлы муса вокöн.
Лёклы мелi кыв оз мöрччы,
Лёксö бырöдöны лёкöн.

Мунам сы вылö ми кыкöн,
Коми вöралысьлöн пиян.
Вынным этшаджык кö лоас,
Мудерлунным эм на миян».

Черъяс войтырыслöн лэчыд,
Полöм абу, вирныс пуö.
Эжва дорö гуся туйöд
Тэрыб кокныс найöс нуö.

Вадор керöсбердса вöрыс
Вöлi вывтi кузь да тшöкыд.
Тунöс мудеритны найö
Сэтчö дзебсясисны регыд.

Вит лун помся Изъюр, Эбöс
Сэнi кыйöдчисны кыкöн.
Квайтöд лунас гажа нöрыс
Ставнас тыри ыджыд зыкöн.

Бара ышмöма Кöрт Айка,
Юö-бруньгö кода сурсö.
Бара чеччалö да сьылö,
Бара дурмöдöма юрсö.

Сизим ведра тöрмöн пельса
Сiйö кокньыдика ректiс.
Асывводзсянь лун шöр бöрöдз
Пельса гöгöр зiля йöктiс.

Сэсся коддзöмысла усис,
Унмыс личкис сiйöс сэнi.
Öти зонмыс мöдлы шуис:
«Миян кадыс воис öнi!»

Кöть и шуштöм вöлi петны
Пуяс сайсьыс вöртöминö,
Öдйö матыстчисны найö
Пельса дорын узьысь дiнö.

Вылö лэптысисны черъяс,
Пондiс кералöмыс кывны.
Яра горзöны том войтыр:
«Дугдан танi сэсся сьывны!»

Кöсйис чеччыштны Кöрт Айка, —
Ори сылöн кыкнан кокыс,
Веськыд килöн джынйыс абу,
Розя морöсыслöн бокыс.

«Ог на сетчы, — киргö сiйö. —
Менö виысьясöс ёра!
Тэнсьыд, кымöр, пемыд кымöр,
Чардби на вылö ме кора!»

Юрсö чатöртiсны зонъяс:
Енэж увтi кымöр лэбзьö,
Гымöн локтö, чардби кисьтö,
Шондi жугыльмöма, дзебсьö.

Изъюр шуис: «Чардби-вуджöр
Мортöс некор эз на сотлы!»
Эбöс содтiс: «Вай жö, тунöй,
Муас лöсьыдджыка водлы!»

Бара уджалöны черъяс.
Ворсны-усьны чардби дугдiс,
Кымöр быттьö эз и вöвлы;
Вöрыс, юыс — ставыс югдiс.

Гора ружöктiс Кöрт Айка:
«Кула! Помöй менам воис!
Вермад нимкодясьны öнi,
Тiян збойлун менö сёйис».

Куньсис тунлöн паськыд бугыль,
Морöс пытшсьыс лолыс петiс.
Эз кö вины эськö сiйöс,
Уна морт на сiйö летiс.

Тадзи кулiс мисьтöм тöдысь,
Эжва керöс вылын олысь.
Коми йöзыс сэки вöлi
Аслас пемыдысла полысь.



[1] Ej-va : nom komi de la Vytchegda.
[2] Un tchomkost (littéralement : « l’intervalle entre deux huttes ») est une unité de distance qui vaut entre 5 et 7 km. Ici, la voix de Kört Aïka porte donc, symboliquement, à une quarantaine de kilomètres.
[3] Salutation typiquement komie, qui s’adresse à une personne qui est en train de travailler.
[4] Le fleuve Iem-va, nom komi du Vym’.
[5] Iz-Iour = « Tête de pierre » ; Ebös = « la Force ».


La région de Körtkerös

Le village de Körtkerös se trouve sur le cours de la Vytchegda, à une quarantaine de kilomètres en amont de Syktyvkar.




La Vytchegda vue de Körtkerös, la "colline de fer", où Kört Aïka se serait installé pour intercepter les bateaux komis.


Traduit du komi (zyriène) et présenté par Sébastien Cagnoli (2006-2007).
Source : « Кöрт Айка », in Таскаев А. И., Коми литература, Учебник-хрестоматия, 6 класс, Syktyvkar.
Un texte de Lebedev consacré à la légende de Kört Aïka a paru en 1910 (en russe), chez l'éditeur A. A. Cember, à Ust-Sysolsk (i.e. Syktyvkar).
Illustrations : © В. Г. Игнатов.

© 2006-2007, S. Cagnoli
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