Carles, de La Colle à Nice 


https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fe/Blason_Provence_ancien.svg/200px-Blason_Provence_ancien.svg.png?uselang=frProvence catalane

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a4/Charlemagne-by-Durer.jpg/116px-Charlemagne-by-Durer.jpg?uselang=fr

Le patronyme Carles est la forme catalane du nom germanique Karl, popularisé en Europe occidentale au temps de l'empereur Charlemagne [ci-contre, portrait imaginaire par Dürer].
Fréquent en Provence, il remonterait à l'époque où les rois d'Aragon de la Maison de Barcelone régnaient sur le comté de Provence (1112-1245).



En 1245, le comté de Provence passe aux mains de la Maison d'Anjou,
jusqu'à son détachement du Saint-Empire pour intégrer le Royaume de France sous Louis XI en 1486.


Provence, France

Au XVIIIe siècle, les Carles sont cultivateurs dans la commune de La Colle, sur le Loup, dans l'arrondissement de Grasse, en Provence.
Pierre et Marguerite Carles sont nés vers les années 1730.


Carte de Cassini (années 1740).
Le nom de jeune fille de Marguerite est "Civada", un vieux patronyme provençal qui désigne l'avoine. Ce sont donc deux vieilles familles d'agriculteurs provençaux.

Leur fils Pierre naît dans les années 1760.

Le 30 germinal an V (19 avril 1797), il épouse Marie Françoise Gimbert, née dans les années 1770 (fille d’Étienne Gimbert, cultivateur, et de Marguerite Bertrand)

Leur fils Étienne naît le 27 ventôse an VI (17 mars 1798).
Cultivateur. Ne sait pas écrire.
Le 23 janvier 1827, Étienne épouse Magdelaine Serraire, née en 1808 (fille de Pierre Jean Serraire, cultivateur dont la mère est originaire d'Antibes, et de Françoise Maiffret).

Leurs enfants :

Marius et son père sont "négociants".

Le 23 juillet 1855, Marius Victor épouse Rose Baron, une jeune fille née à Nice le 25 octobre 1835 , fille mineure (19 ans) de feu Joseph Baron et de Marie Gantelme.
La petite Rose vit à Nice avec ses parents, mais elle est française, originaire de Saint-Jeannet, où elle est née dans les années 1800. Le mariage est donc célébré en France.

La mère de Marius, Magdelaine, meurt à La Colle le 3 février 1858.


Une vue de La Colle. On reconnaît le clocher typiquement provençal.
   


Nice, États-Sardes

En 1855, Marius a émigré à Nice, qui est encore un chef-lieu de division des États-Sardes, pour s'installer avec sa jeune épouse (paroisse cathédrale Ste-Réparate).
Si en Provence il s'appelait plutôt "Marius", son second prénom sera beaucoup plus pratique à Nice : Victor, Vittorio, bien connu et prestigieux au sein des États de Savoie.

La langue occitane parlée en basse Provence est très proche de celle du littoral niçois. Mais dans l'administration, c'est l'italien qui est en vigueur à Nice.

Le jeune couple tient une épicerie dans la vieille ville. Contrairement à son père, Victor sait écrire.

Carte d'état-major des États-Sardes (années 1850) :


Rose meurt dès le 21 mars 1858, à l'âge de 23 ans, peu après avoir donné naissance à une petite Marie Caroline baptisée en urgence et morte dans la nuit du 13.
Marius fait l'acquisition d'une concession à perpétuité au cimetière du Château pour y inhumer son épouse, et il fait graver une pierre tombale en français.

Étienne rejoint son fils à Nice, et les deux hommes s'empressent de refaire leur vie.

Aussitôt, il épouse en secondes noces... la mère de sa belle-fille Rose qui vient de mourir : Marie Gantelme veuve Baron. Le mariage est célébré à Saint-Pierre-d'Arène le 25 octobre 1859. Automatiquement, dans le registre, Étienne devient "Stefano".


L'ancienne église Saint-Pierre-d'Arène.

En 1860, conformément à un accord arrangé deux ans plus tôt entre Cavour et Napoléon III, le roi de Sardaigne cède Nice et la Savoie à la France (en échange d'une aide militaire pour tenter une deuxième guerre contre les Autrichiens dans le Milanais) : le pays niçois devient français.
Le Var cesse d'être une frontière : le Comté de Nice fusionne avec l'arrondissement de Grasse pour former le nouveau département français des "Alpes-Maritimes".


Nice, France

Marius Victor ("Mario") épouse en secondes noces (20.09.1860, St-Roch) la Niçoise Constance Pons, une jeune veuve de 25 ans. L'état-civil est toujours tenu par les paroisses, en italien, selon la procédure sarde (les lois françaises n'entreront en vigueur que le 1er janvier 1861) :



Le couple réside derrière la cathédrale, au 5 rue Saint-Vincent (apparemment, ils sont propriétaires).
  
Marius Victor Carles vers 1870. À droite, le quartier de Saint-Roch.
Marius et Constance ont deux enfants :
Tous deux deviendront "employés de commerce".

13.07.1873 : décès d’Étienne Carles

La famille de Louis

Dans les années 1880, Louis est représentant en meubles.
Le 19 avril 1888, il épouse Marie Lorenzi.


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Enfants de Louis et Marie  :

Curieusement, Marie est obsédée par le sentiment que le nom de son père a une consonance "étrangère". Le 13.08.1892, par jugement du tribunal civil de première instance de Nice, elle parvient à changer son nom de jeune fille de "Lorenzi" en "Laurenzo" (!?).

Marius meurt le 12 février 1895 (au 3 rue du Pontin, à côté du 5 rue Saint-Vincent).

           
Marie Carles "née Laurenzo" (1869-1961), épouse de Louis, vers 1909 ; sa fille Joséphine (photo de mariage, 1911).

  
Les sœurs Victorine et Annette en 1913, avec le premier enfant de Joséphine.


  
Louis Carles à Nice avec son gendre en 1928, et en 1930.

  
Louis Carles à Vittel avec ses petites-filles, en août 1930.
Louis est souffrant. En 1930, il fait une cure à Vittel, dans les Vosges.
Il meurt le 5 mai 1934, à son domicile du 27 bd Gambetta.
Après la mort de son mari, Marie "née Laurenzo" dilapidera leur fortune au casino (notamment l'immeuble du 27 boulevard Gambetta). 

       
Le 27 boulevard Gambetta. - Marie Carles "née Laurenzo" en 1955.


Sépultures

Au Château (allée Robiony, 321 D) se trouve une sépulture (de 1858 ?) où sont inhumés notamment Rose Baron (première épouse de Marius) et sa mère Marie Gantelme veuve Baron (seconde épouse d’Étienne) ; Marius Victor Carles (1828-1895) et Constance Pons (1836-1925), leur fils Louis Carles (1861-1934) et sa veuve Marie Laurenzo (1869-1961) ; ainsi que Joséphine Carles veuve Cagnoli (1889-1976).
Deux plaques mentionnent aussi les parents de Constance : Louis Pons (1804-1876) et Anne Marie Gimello (1806-1880).

     




Sources :
Archives départementales des Alpes-Maritimes
André COMPAN, Les noms de personne dans le comté de Nice aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, Serre, Nice, 2004.

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