Cagnoli, Nice, rue Paradis (1879-1945) : Élie Ferdinand l'ébéniste et son fils Éloi



La place du Pont-Neuf, renommée "Masséna", est réorganisée.
Le 14 juillet 1877, Élie Ferdinand Cagnoli a épousé en secondes noces une autre Joséphine, qui n'est autre que la sœur de sa belle-sœur Louise. Joséphine Falicon a 19 ans. Elle est née dans la campagne de Sainte-Hélène en 1858. Louise et Joséphine sont issues de deux familles de propriétaires terriens : leurs parents, François Falicon et Catherine née Laugier, mariés à Cimiez en 1843, sont nés respectivement en 1818 et 1825 chez des cultivateurs de Sainte-Hélène et de Brancolar.
Le couple emménage dans une nouvelle voie prestigieuse qui se développe entre la rue de France et le Jardin Public : la rue Paradis.


Cliquer pour agrandir ce plan touristique de 1879. L'immeuble de la rue Paradis est le point vert à droite.


Un pont sur l'embouchure du Paillon relie maintenant la promenade des Anglais et le quai du Midi.
La rue Paradis, à gauche, débouche sur le jardin public. Le fronton est celui de l'Hôtel Victoria. De l'autre côté de la rue, l'eseigne noire est celle de l'Hôtel de France.

Au 6 rue Paradis : la deuxième entreprise

En 1879, on trouve pour la première fois Élie Ferdinand Cagnoli dans l’annuaire de Nice :
« Cagnoli, Élie, aux bois Mosaïques, rue Paradis, 6. »
     
On distingue à gauche l'entrée de la rue Paradis.                                                                                                                                                                                                                                                                                      

Dans le même annuaire, il figure aussi à l'adresse au "1 rue Meyerbeer", qui correspond à l'ancien domicile de famille (au croisement de la rue de France et de la rue du Lavoir, au faubourg Croix-de-Marbre).

En 1881, au 6 rue Paradis, Élie (commerçant) vit avec sa femme Joséphine, leurs enfants François et Louise Angèle, ainsi qu'une domestique, Joséphine. Sur le plan ci-dessus, l'adresse est représentée par un point rouge.
En 1884-1887, l'annuaire indique : « Cagnoli Élie, tabletier (ou mosaïque, ou bois de Nice), rue Paradis, 6. »
Dans la même rue s'installent d'autres fabricants de marqueterie – notamment les frères Mignon, au n° 9.

       
Élie Ferdinand vers 1887. L'arbre représente le marin Andrea et sa descendance (menuisiers, charpentiers, ébénistes).
Le frère Louis va se spécialiser dans la fabrication de boîtes aux lettres.

Le 23 mars 1881, l'Opéra (Théâtre Municipal, ex-Théâtre Royal) est détruit par un incendie pendant une représentation de Lucia di Lammermoor (200 victimes).

Le pont Neuf est supprimé en 1882 et les travaux de recouvrement sont achevés en août 1883 : les places quadrangulaire et Charles-Albert forment maintenant une seule grande esplanade reliant la Vieille Ville et les nouveaux quartiers.
En aval, le Paillon reste ouvert, et la rue Paradis débouche sur le quai Masséna [ci-dessous, photo Gilletta de 1882].
Photos de la Riviera par Jean Gilletta.      
                                                                               Les premiers tramways hippomobiles font leur apparition à Nice en 1879 (ici, avenue de la Gare, aujourd'hui av. Jean-Médecin).

Au cours de l'hiver 1882-1883, Élie reçoit des clients inhabituels : Natalija Obrenović et son fils Alexandre. On sait que plusieurs cours d'Europe ont l'habitude de venir passer l'hiver à Nice, à commencer par la reine Victoria et les Romanov. Mais d'autres familles royales, moins fortunées et politiquement moins influentes, sont aussi passées par là. Parmi elles, Natalija, reine de Serbie depuis que son mari, le prince de Serbie Milan Obrenović, vient de se proclamer roi en mars 1882. Comme il a avec sa femme toutes sortes de désaccords, notamment sur le plan politique (il est plutôt favorable à une alliance avec l'Autriche, tandis que Nathalie a des affinités avec la Russie), le roi s'est débarrassé de son épouse en l'envoyant se promener avec le prince héritier pendant qu'il s'occupait des délicates affaires politiques du jeune royaume. Nathalie et Alexandre logent à l'Hôtel de Nice (28 bd Carabacel, devenu dans les années 1930 la copropriété "Palais de Nice"). C’est sans doute Élie Ferdinand qui les accueille à la boutique de la rue Paradis.

 
La reine Nathalie de Serbie et le prince héritier Alexandre Obrenović. À droite, le palais royal des Obrenović à Belgrade (1882-1884, aujourd'hui Hôtel de Ville).

  
Brevet certifiant qu'Élie Cagnoli est fournisseur de la reine Nathalie, accompagné d'une lettre du Cabinet de S.M. le Roi de Serbie, Belgrade, datée du 27 mai (8 juin) 1883 :
"Monsieur, D’ordre de S.M. la Reine j’ai l’honneur de vous faire parvenir le brevet par lequel Vous êtes nommé fournisseur de la Cour de Serbie. Agréez, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée."
Ces brevets sont des atouts commerciaux très recherchés par les marchands niçois. Les frères Mignon, par exemple, ont le privilège d'être fournisseurs brevetés "de Sa Majesté la Reine d'Angleterre et de plusieurs cours royales". Élie aurait réalisé des chiffres et armoiries pour la maison Obrenović.


Cet hiver-là, une drôle de construction a surgi en mer : un casino qui doit être inauguré le 8 avril 1883. C'est le fruit d'un projet privé soumis à la municipalité et adopté en 1875, qui consistait à doter Nice d'un édifice semblable au Crystal Palace de Londres. En 1879, le promoteur a obtenu la concession d'un domaine maritime de 6.500 m², près de l'embouchure du Paillon, devant l'Hôtel des Anglais et le Jardin public. Les travaux ont commencé fin octobre 1880.
Mais entre-temps, un projet concurrent s'est formé : le promoteur Omer Lazard a proposé à la municipalité de financer le fameux chantier de couverture du Paillon de la place Masséna à la mer. En contrepartie, il demandait simplement l'autorisation d'édifier un casino sur ce nouvel emplacement. Or il y a un nouveau maire depuis 1878 : Alfred Borriglione. En 1879, celui-ci donne le feu vert à Lazard et s'engage à ce que la municipalité ne confère pas de concession similaire. Les travaux de couverture du Paillon sont réalisés de 1879 à 1882.
Conformément à l'engagement pris par la municipalité envers Lazard, Borriglione fait son possible pour entraver le projet de jetée-promenade. Le conflit dure un an, mais le Préfet finit par autoriser le raccordement de la Jetée. En octobre 1882, une grande partie est déjà achevée et le public est invité à découvrir en avant-première les promenoirs, les terrasses et les espaces intérieurs du premier niveau. Bref, le Casino municipal s'est fait doubler.
Or, à quatre jours de l'inauguration de la Jetée-Promenade, le 4 avril 1883, voici qu'un incendie se déclare au casino. En moins d'une heure, l'édifice est totalement anéanti. Le propriétaire compte sur les résultats de l'enquête pour lui permettre de reconstruire l'édifice, mais les causes exactes de l'incendie ne seront jamais officiellement élucidées.

    
La Jetée-Promenade, avant et pendant l'incendie du 4 avril 1883. [Photos Jean Gilletta et al.]

Pendant ce temps, la construction du Casino municipal soutenu par Borriglione est achevée début 1884 ! Le bâtiment donne sur la place Masséna. Il est prolongé à l'arrière par un vaste jardin d'hiver. L'inauguration a lieu le 6 février 1884.

Photos de la Riviera par Jean Gilletta.
Quai Masséna, effet de nuit, vers 1885 (photo Gilletta).
Au fond, le Casino Municipal. C'est l'un des nombreux grands chantiers du maire Borriglione,
avec la création du boulevard Gambetta, le prolongement de la Promenade des Anglais, l'exposition internationale en 1883-1884, etc.


Comme ces deux événements se passent dans le quartier, il fallait entrer un peu dans le détail.

Dès 1882, la municipalité d'Alfred Borriglione a décidé de reconstruire le Théâtre Municipal. Cette fois, le style architectural est éclectique. L'imauguration est célébrée le 7 février 1885 avec Aida.

Le 3 août 1883, naissance du petit Éloi ; puis naissance de Victor le 4 juin 1886.
En 1886, Élie se déclare "négociant". La famille emploie alors une domestique âgée de 16 ans, Lucie.
Pendant ces années, le commerce est en plein essor.

Rassemblement après les premières secousses du 23
              février 1887. [Gravure parue dans La République illustrée,
              19 mars 1887.]Le 23 février 1887, mercredi des Cendres, un puissant séisme réveille la région. Les oscillations se produisent de 5h48 à 8h30. Celle de 6h10, d'une magnitude de 6,3, dure 30 secondes. Le foyer est sans doute situé au large de San Remo. Au total, la catastrophe aura fait 640 morts dans la région.
Les plus gros dégâts sont constatés en Ligurie. À Nice, on dénombre 2 morts et 22 blessés, et plus de 5000 maisons sont touchées, dont une totalement écroulée et 34 partiellement.

Extraits du compte rendu dans Le Petit Niçois du lendemain : "Sur la place Masséna, la foule est nombreuse, on apporte des chaises et l’on s’installe. Il y a là un mélange étrange de gens de toutes conditions, des ouvriers en blouse, des femmes en haillons à côté des robes de chambre en peluches des demi-mondaines les yeux bouffis par l’insomnie et les fatigues du bal, des tignasses blondes ébouriffantes. Sur les quais au Jardin Public, sur la promenade des Anglais, sur le quai du Midi, le long de la plage, même spectacle. [...] Nice est en déménagement. Les voitures disputées à coups de louis, les omnibus des hôtels, les tramways bondés de monde, de malles, de paquets, fendent difficilement la foule. On quitte Nice, les uns se rendent à la campagne, les autres sont à la gare oubliant que le danger est général, que le tremblement de terre n’est pas circonscrit dans le périmètre de Nice, mais s’étend de Gênes au-delà de Marseille. Les guichets sont fermés, les trains sont arrêtés, de crainte de catastrophes qui pouvaient se produire à cause des perturbations arrivées le long de la voie. [...] La maison Sauvan, place Masséna, a eu la moitié de sa corniche précipitée sur le sol. Les balustres en tombant ont failli tuer le garçon de salle du Restaurant Victoria, qui rentrait chez lui."

Le journal relève aussi quelques accidents insolites : "Le sieur Roux Frédéric, âgé de 25 ans, cuisinier au Séminaire, se rasait quand la secousse l’a surpris. Il s’est fait une forte entaille au cou. Son état est désespéré." Et : "À Saint-Philippe, deux personnes s’élancent par une fenêtre du rez-de-chaussée ; l’une d’elle, une jeune fille tombe dans le sous-sol sur la tête, M. le docteur Petrat, appelé à la hâte, constate les symptômes d’une congestion cérébrale."

Quelques données techniques : "Les eaux du nouveau bassin du port ont subi le contrecoup des trépidations du sol. Elles sont montées tout d’un coup de 50 centimètres et ont immédiatement baissé d’autant. Le fait a été constaté par plusieurs personnes. Il en résulterait que les vibrations de la croûte terrestre sur le territoire de Nice ont eu une amplitude de près d’un demi-mètre." En réalité, il s'agit plutôt du petit tsunami provoqué par les secousses en mer.

Nietzsche, qui passe alors son quatrième séjour dans la région, observe avec amusement les réactions des gens (cf. sa correspondance). Arrivé autour du 20 octobre 1886, il a passé quelque temps à la Pension de Genève (rue St-Étienne), et réside alors au 29 (aujourd’hui 17) rue de Pochettes, au premier étage.

Au n° 8 : l'âge d'or

En 1888, la maison "E. Cagnoli" s’installe au n° 8. Les frères Mignon, quant à eux, déménagent du n° 9 au n° 3.

La boutique occupe la largeur de deux vitrines. L'atelier se trouve au sous-sol, qui donne sur la cour intérieure du bâtiment. La famille y emploiera jusqu'à 25 ouvriers. L'appartement est situé au 2e étage.
   
Ci-dessus, l'image de gauche montre la devanture de l'atelier à l'époque la plus fastueuse, avec deux employés devant la porte.
Sur l'image centrale, on voit la rue Paradis en direction du sud ; la boutique est du côté gauche, au milieu de la rue.
La vue de droite est prise dans l'autre sens ; quelqu'un de la boutique (Éloi ?) se tient en blouse blanche devant la vitrine.
Ci-dessous : le 8 rue Paradis vu de sa cour intérieure aujourd'hui [Google Earth 2016]. À droite, une rampe carrossable monte vers la rue.


   

Le 24 avril 1890, le président Sadi Carnot est en visite officielle à Nice, ce qui constitue une grande première depuis Napoléon III.

Photos de la Riviera par Jean Gilletta.
Arrivée de Sadi Carnot sur la place Masséna, le 24 avril [photo Gilletta].

À l'occasion de cette visite officielle, Élie a reçu commande d'un buvard destiné à être offert au président :

       
Buvard offert à Sadi Carnot le 24 avril 1890. - Le buste érigé place Cassini en 1895. - Un tableau en marqueterie reprenant le même motif.

Après la Provence et la Corse, le président embarque sur le cuirassé Le Formidable. Il accoste à Villefranche, d'où il est escorté jusqu'à Nice et reçu en grande pompe : défilé militaire sur la place Masséna, réceptions et visites aux hôpitaux, au port et au Château, soirée de gala... Le côté diplomatique de son bref séjour est plus confidentiel : au Palais des rois sardes (devenu le siège de la Préfecture des Alpes-Maritimes), il aurait rencontré le grand-duc Nicolas de Russie, ainsi que le roi Léopold II de Belgique. Dès le lendemain, le voyage se poursuit dans les Alpes.

Après cette visite présidentielle, Nice sera la première ville de France, en 1895, à ériger un monument à Sadi Carnot : il s'agit d'un buste placé dans un petit jardin de la place Cassini (futur place Île-de-Beauté, du côté de la rue Cassini).


Le 10 janvier 1891, inauguration de la Nouvelle Jetée-Promenade. En effet, une nouvelle société s'est formée en 1888 pour tenter d'exploiter à nouveau la jetée. Ce nouvel édifice, d'une architecture beaucoup plus fantaisiste que le précédent, restera pendant un demi-siècle dans le paysage de la baie des Anges :



La Nouvelle Jetée-Promenade.

Photos de la Riviera par Jean Gilletta.
1891 : recouvrement de l'embouchure du Paillon pour l'aménagament du jardin public (photo Gilletta)

    Photos de la Riviera par Jean Gilletta.  
Les nouveaux jardins dans l'axe de la rue Paradis (photos Gilletta, 1895). Le quai Masséna devient "avenue Masséna".
 
Le Casino Municipal vu depuis le Jardin Public. [Photochrom des années 1890] - Le Jardin Public et la Nouvelle Jetée-Promenade. [Photo Gilletta]

En 1891, Élie se déclare "fabricant de mosaïques". La famille emploie un jeune domestique de 21 ans, Séraphin Relevat.

Dès l'âge de 10 ans, Éloi s'initie à la marqueterie dans l'atelier de son père.

Après 1894 (début de l'affaire Dreyfus), on remarque qu'Élie Ferdinand, qui se faisait appeler jusque-là "Élie", abandonne son premier prénom (que, rappelons-le, il tenait de son parrain russe Ilia Novikov) et préfère se faire appeler "Ferdinand".

Photos de la Riviera par Jean Gilletta.      
Mars 1895 : visite de la reine Victoria (arrivée en gare de Nice - photo Gilletta)


Le 4 mars 1896, trente-six ans à peine après l'annexion, le président Félix Faure vient à Nice pour inaugurer le "monument du Centenaire"... érigé pour commémorer l'occupation de Nice par l'armée révolutionnaire française en 1793 !
La colonne est érigée dans l'axe de la rue Paradis, dans les jardins :

Afficher l'image d'origine  

Le journaliste Joseph André a dénoncé cette farce en publiant en 1894 (à Nice, en italien) un gros ouvrage récapitulant les faits historiques de ces années d'occupation française : Nizza, 1792-1814. (Dès 1895, il a dû s'exiler en Italie.)

Le cinématographe

En 1896, dans les locaux du music-hall Eldorado (4 rue de la Liberté), première présentation du "Cinématographe".
La même année, le Casino Municipal commence à organiser des projections cinématographiques, notamment dans son jardin d'hiver. Une salle spécifique s'y consacre à partir de 1905-1906 : le Palais du Cinéma. Naturellement, le concurrent de la Jetée-Promenade procède aussi à d'occasionnelles projections cinématographiques. En 1897, des vue cinématographiques sont projetées à la Brasserie orientale (22 avenue de la Gare, au coin de Dubouchage). Des manifestations semblables apparaissent dans divers quartiers de la ville.

En 1898, François est membre du Touring Club de France.

En 1901, les fils François et Éloi sont ébénistes, mais le cadet est étudiant en médecine. La domestique est Angèle, 29 ans.

En avril 1901, le président Émile Loubet se rend à Nice à l'occasion de la Fête Fédérale de Gymnastique.

Au 27 avenue de la Gare, la Taverne Steinhof propose des projections cinématographiques dans son jardin de 1903 à 1906.
En 1907, la salle du 27 avenue de la Gare s'appelle Pathé, puis Eldorado, puis Eden.
La même année, non loin de là, dans une impasse qui donne sur le boulevard Victor-Hugo, ouverture de l'Artistic Cinéma, "Théâtre des projections parlantes". Il deviendra Odéon Cinéma, puis Gaité en 1912, Olympia en 1916...

En 1907, décès de la mère d’Éloi.

Le 25 avril 1909, le président Armand Fallières est à Nice pour inaugurer le monument à Gambetta. Il est accueilli par une escadre italienne conduite par le duc de Gênes (l'amiral Thomas de Savoie).

Au 33 avenue de la Gare, à côté du café de Lyon, un petit cinéma ouvre en mars 1910 sous le nom de Nice Cinéma, puis Apollo en 1912.


Les enfants d’Élie

En 1911, Élie a recouvré l'usage de son premier prénom. Veuf, il vit et travaille avec son fils Éloi, et ils sont tous deux ébénistes. La bonne italienne s'appelle Estelle Tini (née à Bologne en 1891).

Cette année-là, en novembre, Éloi Cagnoli épouse Joséphine Victorine Carles. Née en 1889, Joséphine est la fille de Louis Carlès (fils d'une Niçoise et d'un agriculteur de La Colle sur Loup) et de Marie née Laurenzo (dont le nom dérive en fait d'un nom de famille de Vintimille : "Lorenzi").

La noce est fêtée le 30 novembre à l’Hôtel Continental [photo à droite, prise dans l'axe de l'actuelle rue Durante].

Le jeune couple s'installe chez Élie, au 2e étage du 8 rue Paradis. Leur premier enfant naît en 1912. Le grand-père exige qu'il porte son prénom (que lui-même tenait de son parrain russe) : Élie. 

Outre la boutique sur l'avenue de la Gare (au numéro 23, vraisemblablement l'actuel Heyraud), la devanture de la maison-mère (large de deux fenêtres, entre l'entrée de l'immeuble et les vitrines du numéro 10) indique que la famille dispose d'une adresse sur la place Masséna, au numéro 3 (où se trouve également une boutique Heyraud, aujourd'hui). 

Pendant ce temps, l'aîné François gère la succursale de Cannes, rue d'Antibes.

Le troisième fils, Victor, fait des études de médecine : il s'écartera de l'entreprise familiale pour devenir chirurgien-dentiste.

  
Éloi et Joséphine en 1911. À droite, Joséphine avec une employée devant la boutique de souvenirs du 23 avenue de la Gare (1912).

 
La boutique de la place Masséna se trouve sous les arcades, à côté de la boutique Vogade, près de l'angle de la rue Masséna, en face du Grand Café de la Victoire (Grand Café Monnot).

  
Cannes, la rue d'Antibes au niveau de la boutique tenue par François (numéro 25).
Cette ancienne "route d'Antibes" qui traversait la campagne est en cours d'urbanisatiom : 119 bâtiments y sont construits avant 1914.




Sur ce plan des années 1900, la maison-mère est indiquée en rouge, les boutiques de l'avenue de la Gare et de la place Masséna en rose ;
pour mémoire, les points verts rappellent les possibles emplacements de l'atelier d'Antonio dans les années 1840-1850.

Au XXe siècle, le style des objets change, la technique se simplifie, et le nombre d'ouvriers tombe à 10-12. La boutique de la place Masséna est abandonnée. 

En 1913, à côté du Café de Paris, ouverture du Novelty cinéma mondain (20 avenue de la Gare).
Entre 1913 et 1915, le Méditerranée (7 promenade des Anglais, entre le Ruhl et l'actuel Office du Tourisme) assure des projections cinématographiques.
À côté de la boutique de l'avenue de la Gare se trouvent aussi les locaux du quotidien L'Éclaireur de Nice. Des actualités y sont projetées en 1914.

La Grande Guerre

Le 2 août 1914, les garçons sont mobilisés. Dans la première partie de la guerre, l'aîné François est sergent au 353e régiment d'infanterie (affecté à la 73e division), Éloi est sergent dans le du 311e régiment d'infanterie (affecté à la 65e division), et Victor est infirmier sur le front.

Élie Ferdinand meurt en janvier 1916. À droite, son fils Éloi en deuil.

En juillet 1916 (bataille de Verdun), Éloi est blessé aux yeux. Privé de l'usage de l'oeil droit, il est renvoyé à Nice en octobre (service auxiliaire).
Au 8 rue Paradis, l'activité décroît ; la boutique est réduite de moitié :


François est sergent à la 13e compagnie du 369e régiment d'infanterie, affecté à la 67e division à partir de décembre 1917.

"Le 29 [septembre 1917], le régiment remonte dans le secteur de Braye. Le 9 octobre, il retourne dans le secteur de Filain.
Le 19, il va au repos, et passe à la 88e D.I.
Pendant tout le mois de janvier [1918], le régiment exécute des travaux de défense dans la région nord-ouest de Reims.
Le 3 février 1918, il prend les tranchées à Berry au Bac, côte 108 et Sapigneul; il est relevé le 18 mars 1918.
La grande offensive allemande se déclenche le 21 mars." [Extrait de l'Historique du 369e régiment d'infanterie]

Il s'agit de l'opération Michael. Le 27 mars, les Allemands lancent une offensive sur la commune d'Orvillers-Sorel (Oise).

"Le 369e gagne par étapes la région de Soissons d'où il est embarqué en camions auto dans la nuit du 30. Débarqué à 6 heures à Cuvilly (S.E. de Montdidier), il est immédiatement déployé pour couvrir la retraite et limiter la progression de l'ennemi, qu'il attaque à la tombée de la nuit entre Mortemer et Orvillers-Sorel. Le 31 à 13 heures, il attaque de nouveau brillamment et chasse l'ennemi du bois Mareuil après un dur et sanglant combat : l'ennemi est fixé et son avance définitivement enrayée."

Blessé le 31 dans le bois de Rouance, François est transporté à Beauvais (hôpital temporaire n° 14, caserne Saint-Jean), où il meurt le 2 avril.
"Très bon sous-officier, a fait preuve de la plus grande énergie lors de l'attaque d'un bois. A entraîné ses hommes sous un feu violent. A été blessé en atteignant l'objectif indiqué au combat du 31 mars 1918. Décédé des suites de ses blessures. A été cité."

"Le 4 avril, une troisième attaque nous permet de donner de l'air à notre ligne de résistance.
Aussi, le général Robillot pouvait-il lancer, dès le 31 mars, l'ordre général suivant:
Ordre général, N°410.
« Camarades ! Depuis hier matin, la bataille décisive est engagée. Les meilleures divisions allemandes lancées à l'attaque n'ont pu ébranler notre front; à droite et a gauche, vos camarades ont infligé de sanglants échecs à l'ennemi, repris des villages, fait des prisonniers, enlevé des mitrailleuses. Après tout ce que vous venez de faire de beau, vous ferez plus encore. Allez au combat avec l'ardente volonté de lutter jusqu'au dernier souffle. Avec l'aide de Dieu vous vaincrez et vous aurez sauvé la France. »
Les pertes, hélas, sont lourdes.
Le lieutenant Etter (Henri).
Les sous-lieutenants Depie (Emile), Bienvenu (André), Dusoulier (Georges), Henri (Paul), Ricois (Maurice).
L’adjudant Thoreau (Maxime).
L’aspirant Ducos De Saint Barthélemy De Gélas.
Les sergents Bonnet (Fernand), Prost (Julien), Barlier (Léon), Cagnoli (François), Carino (Alfred), Michelet (Charles), Moreau (Eugène)
Le caporal-fourrier Perret (Martin).
Les soldats Boudin (Augustin), Avelot (Gaston), Chieze (Louis), Chapuis (Paul), Descars (Ernest), Kester (Alphonse), Mothu (Ernest), Thévenet (Louis), Ruelle (Georges), Riffaut (Joseph), Raymond (Marcel), Brisset (Ferdinand), Brinsolles (Jean), Breton (Armand), Boutrout (Joseph), Bourgoin (Désiré), Blondeau (Armand), Bertrand (Arsène), Barton (Joseph), Berger (Claude), Bellenoue (Désiré), Billard (Carniile), Bié (Augustin), Bethtenant (René), Barbet (René), Foucade (Jean), Fabre (Edouard), Dupuis (Clément), Dufrouctiou (Léon), Duchene (Paul), Dubois (Gaston), Billles (Henri), De Courtenay (Justin), Cazaubon (Gaston), Duce (Henri), Denis (Clément), Daubijeon (Antoine), Chevreuil (Henri), Chapput (Jean), Chaparteguez (José), Foliot (Lucien), Labie (Désiré), Lavalette (Vincent), Lanfranchie (Antoine), Labbe (Louis), Jamet (René), Guilleminot (Victor) , Gourmelin (Filadelphe), Gigout (Valentin), Garnier (Pierre), Raymont (Elie), Moulin (Martel), Minon (Georges), Perrin (Gilbert), Fiance (Auguste), Talon (Antoine), Solleilhac (Louis), Vergnaud (Victorin), Verget (Georges), Ragoubert (Albert), tombèrent glorieusement pour la France. A ces pertes, il convient d'ajouter 8 officiers et 278 hommes de troupe blessés.
Suit maintenant une longue période de défense active. Le terrain est sans défenses; il faut en créer. Les bois de Rouance, de Mareuil et de l'Epinette sont organisés. Attaques locales, Coups de mains, reconnaissances, infiltration, tout est mis en œuvre et l'on réussit à rejeter complètement l'ennemi du bois de Mareuil et partiellement du bois de l'Epinette. Ses tentatives pour les reprendre, accompagnées de bombardement intense par obus toxiques et explosifs, sont toutes repoussées. Affaibli par la fatigue, miné par la grippe et abattu par les gaz, le régiment est relevé le 24 mai 1918." 

Le sergent Éloi sort de la Grande Guerre avec la vie sauve et une médaille, mais privé d'un œil et d'un frère.
 

La boutique d’Éloi

Éloi reprend aussitôt l'activité de la rue Paradis, mais il n'emploie plus que 5 à 6 ouvriers. Il fabrique toujours de beaux objets-souvenirs en bois, mais ces ouvrages ne contiennent presque plus de marqueterie, les décors étant réalisés principalement en peinture.

Dès le jour de l'armistice, le conseil municipal décide de renommer l'avenue de la Gare en "avenue de la Victoire".

En 1919, Éloi reçoit la Médaille militaire.

Au début d'avril 1920, le nouveau président de la République, Paul Deschanel, est de passage à Nice (à l'occasion du 42e congrès fédéral de l'Union des sociétés de gymnastique). Grandes parades militaires. Voyant la foule contente de son discours, Deschanel le recommence. Il démissionnera pour raisons de santé le 21 septembre.

En 1921 : disparition du pont Neuf dans le cadre du recouvrement du Paillon.
Le 19 février, les enfants d'Éloi sont déclarés pupilles de la Nation.
Cette année-là, Éloi et Joséphine vivent avec leurs deux filles, ainsi qu'une bonne italienne, Maria Borfigo, née à Pigna en 1899. C’est sans doute la dernière fois que la famille emploie un domestique.
Éloi se déclare "commerçant". Par la suite, il emploiera l'expression plus précise de "fabricant d’articles de bois d’olivier" (1926) ; dans les années 1930, Éloi et Joséphine se diront "industriels" ou "commerçants". Ils ont une troisième fille en 1929.

En août 1923, dans le quartier, un incendie se déclare dans une écurie et un grenier à fourrages. Les pompiers interviennent in extremis

En 1927, Victor, qui a son cabinet de chirurgien-dentiste au 23 av. de la Victoire, figure dans la liste des abonnés au téléphone (numéro : 34-54, puis 834-54), mais pas son frère aîné.

Le 28 janvier 1928, le maréchal Foch inaugure le Monument aux morts à Rauba Capèu.
 

Jean Médecin, maire de Nice à partir de 1928.                                                                                                                                    


Juste avant l'inauguration de la grande Exposition coloniale de Paris le 6 mai 1931, le président de la République Gaston Doumergue, en fin de mandant, se rend en Tunisie (15-16 avril). Il s'arrête à Nice le 9 avril avant d'embarquer sur le croiseur "Colbert" à Villefranche.
Sa visite fait l'objet d'une grande fête coloniale dans les rues de la ville. Ici, l'escadron de spahis passe devant la rue Paradis.

Dessin d'Élie (Noël 1931).

L'hiver 1932 est exceptionnellement froid.
Dans le jardin Albert-Ier, de la glace se forme sur la Fontaine des Tritons.
(En arrière-plan, le casino de la Nouvelle Jetée-Promenade.)

En décembre 1931, Ezio Garibaldi (1894-1969, fils de Ricciotti) vient à Nice avec une discrète délégation pour exhumer la dépouille de sa grand-mère au cimetière du Château, en dépit des dernières volontés de Giuseppe. Il s'agit d'une initiative du gouvernement italien, qui souhait glorifier l'héroïne à l'occasion des 50 ans de la mort du général. La bière est conduite à Gênes par la route (chapelle centrale du cimetière de Staglieno, provisoirement) puis, le moment venu, en train jusqu'à Rome. En juin 1932, Anita sera définitivement inhumée dans sa sépulture actuelle, sous le monument équestre érigé en son honneur sur le Janicule.

Dans les années 1930, la fabrique d'Éloi répond à une demande qui se focalise sur les souvenirs. Les articles de luxe se font plus rares.

Bachelier en 1930, Élie, l'aîné d'Éloi, est parti étudier l'architecture à Paris, à l'École des Beaux-Arts. Né dans une ville en plein bouleversement urbain, il aura certainement été émerveillé par la fantaisie architecturale qui règne à Nice.

Le 9 janvier 1934, Éloi gagne 10 francs à la loterie nationale (Journal des mutilés et combattants, 14/01/1934).

En 1934, Élie fait son service militaire dans le 19e Régiment d'artillerie divisionnaire (Nîmes), puis il retourne à Paris continuer ses études d'architecture.

En 1937, une médaille d'honneur (argent) est attribuée à l'oncle Victor "pour services exceptionnels rendus à l'Assistance publique". 

En 1937, l'École des Beaux-Arts décerne à Élie un prix financé par le "Syndicat des éditeurs d'art et négociants en tableaux modernes" : il s'agit d'une bourse et d'une logement à la Cité universitaire de Paris.
Il effectue un voyage d'études en Italie à l'automne et s'installe à la Cité U.

Dans l'avis reproduit ci-contre (Le Figaro du 21 novembre 1937), on remarque la précision "sujet français"... De fait, la consonance italienne des patronymes niçois prête à confusion. Or, depuis que Benito Mussolini, Président du Conseil du Royaume d'Italie depuis 1922, a instauré un régime totalitaire fasciste en 1925, la Maison de Savoie affiche de plus en plus explicitement le désir de reconquérir ses territoires perdus. Craignant une invasion italienne imminente, les autorités françaises élaborent un plan d'évacuation dès la fin de 1938.

Pendant ses études à Paris, Élie a rencontré une jeune Provençale, France Mireille Vial, dont le père, originaire des Basses-Alpes, vit à Vitry-sur-Seine. Mireille a trois frères, en Provence et en région parisienne. Elle est en train de terminer ses études d'infirmière. Pendant l'été 1938, elle reste à Paris pendant qu'Élie rentre chez ses parents rue Paradis.


La Promenade des Anglais et le casino en 1935.

Élie, fils d'Éloi, au jardin Albert-Ier, devant l'Hôtel Plaza, en septembre 1938.
L'hôtel a été construit vers 1850, et sa façade de 140 mètres le long a été modifiée par l'architecte Charles Dalmas vers 1900-1910.

La "drôle de guerre"

Face à la menace italienne, les hommes sont mobilisés à la fin du mois d'août 1939. Élie comptait présenter son travail de diplôme à la rentrée, mais il en est empêché : il est envoyé au camp militaire des Granges de la Brasque [en rouge sur la carte ci-contre, à 35 km de Nice], une position qui permet de prévenir une éventuelle invasion par la Vésubie [hypothétique, représentée ci-contre par une flèche verte]
Il est maréchal des logis au 94e régiment d'artillerie de montagne.
En septembre, en réponse à l'invasion de la Pologne, les alliés de celle-ci (dont la France) déclarent la guerre à l'Allemagne.
Comme les Italiens n'arrivent pas, les régiments cantonnés dans les Alpes sont désoeuvrés.
Les conditions de vie étant rudes en montagne, ils se replient sur un village plus bas pour l'hiver.

Finalement, Élie est envoyé dans la Marne. Du coup, il ne peut pas assister au mariage de sa soeur France.
En décembre, il espère tout de même obtenir une permission de 10 jours autour du Nouvel An, pour essayer de voir Mireille (à Paris) et ses parents (à Nice).
Sur la ligne Maginot aussi, c'est toujours la "drôle de guerre" : pas d'affrontement, pas de tirs (sauf  pour l'entrainement), pas d'obus.

La déclaration de guerre a immédiatement des conséquences économiques. À Nice, France ne trouve pas de travail comme sage-femme, et le magasin Au Bois Mosaïque n'a plus de clients.

Le mari de France était à Hyères, puis il est affecté à 20 km d'Élie. Les deux hommes se revoient dans la Marne.

Élie obtient ses 10 jours pour les fêtes de fin d'année : il les passe pour moitié à Paris avec Mireille, et pour moitié à Nice avec ses parents.


Eloi (invalide de guerre, en civil) et son frère (capitaine) à Noël.

Début 1940, le régiment d'Élie quitte la Marne pour progresser en Lorraine, souvent dans des villages abandonnés [cliquer sur la carte ci-contre pour l'agrandir] : Revigny, Bacourt, Theding, Altrippe, Cutting... Ils s'installent tant bien que mal, se déplacent la nuit sous le roulement lointain des canons... L'hiver est rude (y compris à Nice, où il neige, cette année-là). Dans ces régions boréales, Élie découvre la boue et le gel (-14° C). Il fait des repérages de positions, des plans pour son capitaine, des gardes de nuit (accompagné d'un trompette pour donner l'alerte, d'un observateur pour identifier les avions, et d'un tireur). Il se déplacent avec chevaux et mulets, et souffrent de ravitaillements défectueux. Le pain est vieux de quinze jours, le vin gèle... Impossible de se laver ou de laver le linge...
À la garnison, Élie reçoit deux des principaux hebdomadaires littéraires et politiques de l'époque (et de droite) : Candide et Gringoire.
Élie revoit son beau-frère Roger, le mari de France : celui-ci occupe un poste de secrétaire à l'état-major, à l'abri des balles.
Fin mars, Élie est à Lunéville, puis son régiment s'établit à Bousseraucourt.

L'oncle Victor, dentiste (ou plutôt "capitaine-chirurgien-dentiste", sous les drapeaux), peut aider Mireille à trouver un poste à Nice, à condition qu'elle y soit mariée et domiciliée. On s'empresse donc d'organiser le mariage d'Élie et Mireille (en petit comité, vu les circonstances). Objectif : fin mars 1940. Lundi, mardi et mercredi, il n'y a pas de viande ; mercredi, jeudi, vendredi, il n'y a pas de pâtisseries : le mariage aura donc lieu un samedi ou un dimanche. Mireille prendra un congé sans solde de quinze jours, et Élie a droit à une permission. Entre-temps, celui-ci apprend qu'il est admis à une formation qu'il avait sollicitée au préalable : il va donc devoir rester à Bousseraucourt et suivre quatre semaines de cours à Jonvelle pour préparer son brevet de chef de section. Par conséquent, le mariage est reporté à fin avril.

Mais le 9 avril 1940, l'Allemagne a envahi la Norvège et le Danemark. En même temps, on apprend de mauvaises nouvelles en provenance de Mulhouse et de Strasbourg. Du coup, les permissions sont supprimées, ce qui risque de compromettre le mariage.

Heureusement, les permissions sont rétablies in extremis quatre jours avant le mariage : le 27 avril 1940, Élie Cagnoli épouse Mireille Vial. À la mairie de Nice, l'union est célébrée par le sénateur-maire Jean Médecin. À la cathédrale Sainte-Réparate, une cérémonie a lieu à la sacristie, la mariée étant protestante. Les jeunes mariés vont loger chez la grand-mère, boulevard Dubouchage.

 
Signature de Jean Médecin. - À la sortie de la Mairie.

   
Sur la place Rossetti, à la sortie de la cathédrale Sainte-Réparate.

 
Sur le quai des États-Unis.

   
La noce en famille. Les témoins sont l'oncle Victor Cagnoli et la tante Annette Carles.

Entre-temps, au 8 rue Paradis, la soeur France a pu aménager une pièce pour y exercer son métier. Elle a déjà réalisé deux accouchements.

La "bataille de France"


Le 10 mai, l'armée française est ses alliés britanniques se mobilisent pour affronter les troupes allemandes qui entrent en France par le Benelux.
À l'issue de sa permission, Élie repart pour la ligne Maginot au milieu des alertes dans les gares, tandis que Mireille rentre à Paris. On parle d'abris et de masques à gaz.

La garnison est déplacée vers le nord : "On se dirige vers la bagarre pour renforcer les troupes qui défendent la poche qui s'est formée du coté de Sedan et qui arrive bientôt jusqu'à Reims." Dans ses lettres, Élie décrit les combats aériens, les bombardements de voies ferrées et d'églises. Cantonnement prés d'Amiens, combats sur la rive gauche de la Somme (avec canons et batteries). En juin 1940, les Allemands bombardent Paris, Marseille et Orléans. Grands affrontements, morts, blessés, forte perte de matériels dans la garnison. Repli vers la rive gauche de l'Oise. Les Allemands sont près de Paris. Munitions insuffisantes, beaucoup de réfugiés sur les routes.
Repli à Thenon (Dordogne). Fin juin, il sera à Fargues (Lot). Le courrier et les trains ne fonctionnent plus. Entre le 9 juin et le 20 juillet, la communication est interrompue entre les jeunes mariés.

Sur le front allemand, la France capitule le 14 juin après six semaines de combats, et un armistice est signé le 22 en forêt de Compiègne (au même endroit que celui de 1918, à titre de revanche). La France est partagée en deux, le nord étant annexé à l'Allemagne. La moitié sud, démilitarisée, continue d'être gouvernée par le président Albert Lebrun depuis Vichy, la nouvelle capitale.

Pendant ce temps, l'Italie est entrée en guerre le 10 juin aux côtés de l'Allemagne.
La guerre européenne a ravivé les conflits entre la France et la Maison de Savoie et remis sur le tapis la question des frontières.
Après deux semaines de guerre entre les deux voisins, un armistice est signé le 24 à la Villa Incisa (à Olgiata, près de Rome) : il cède Menton et Fontan à l'Italie, et définit une zone démilitarisée de 50 km de large du côté français.

Mussolini à Menton (1er juillet 1940)


Dans la DMZ

En juillet 1940, à Vichy, l'Assemblée nationale accorde les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est âgé de 84 ans. Le général de Gaulle et les communistes appellent à la résistance.

Les démobilisations s'effectuent par vagues : d'abord les paysans et ceux qui partent vers la zone libre. Élie s'empresse donc de rentrer à Nice. Mireille prévoit de venir le rejoindre.
Nice se trouve dans la partie française de la zone démilitarisée. La présence italienne y reste sensible, pendant que le régime de Vichy assied son autorité.

    
Propagande du Régime de Vichy.

En zone libre, Élie cherche un moyen de passer enfin son diplôme d'architecte. Il trouve une opportunité à Lyon, où il s'inscrit pour une dernière année d'études (1940-1941).

Maire de Nice depuis 1928, Jean Médecin commence à être critiqué par le régime de Vichy en 1941 en raison de son indulgence vis-à-vis des Juifs et des résistants.

En août 1941, pendant que son mari termine ses études à Lyon, Mireille se retire quelque temps à la campagne, dans les Basses-Alpes (Pension des Charmettes, Beauvezer, dans la vallée du Verdon, entre Thorame-Haute et Colmars).
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Fin 1941, Élie obtient son diplôme d'architecte DPLG (à Lyon).
En 1942, l'architecte niçois Gaston Messiah (1885-1962), fils et confrère d'Aaron Messiah (1858-1940), est radié de l'ordre des architectes par le régime de Vichy.
Élie et Mireille habitent maintenant au 12 rue d’Angleterre.
En juin, Élie et Mireille sont à Saint-Étienne (17 rue Jules-Vallès).

Le 8 juin, à deux pas de la rue Paradis, ouverture d'un "Office de Placement Allemand" (rue Croix-de-Marbre, aujourd'hui le tronçon de l'avenue de Suède qui débouche sur la rue de France).
La police française réalise une grande rafle de Juifs le 26 août à la caserne Auvare (en direction de Drancy, puis principalement Auschwitz).

En 1942, Éloi et son frère Victor effectuent une opération immobilière (qui fait l'objet d'une autorisation spéciale, en période de guerre) avec un certain Clément Cizey.
En octobre, Élie et Mireille s'installent définitivement à Nice, au 13 avenue Notre-Dame. Mireille est enceinte.

Sous l'occupation italienne

Les Alliés débarquent en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 (opération Torch). En réponse à cette opération, l'Allemagne et l'Italie envahissent la France de Vichy (opération Anton). Le 11 novembre 1942, l'armée italienne prend possession de Nice. La zone d'occupation italienne va s'étendre à toute la rive gauche du Rhône et à la Corse.
Le 16 novembre, la Quarta Armata del Regio Esercito (basée à Turin) est placée sous le commandement du generale designato d'armata Mario Vercellino (précédemment au commandement de la 6a Armata pendant la bataille de France en 1940, de la 9a Armata en Albanie en 1940-1941, puis aide de camp de Victor-Emmanuel III en 1941-1942).

File:Generale Corpo Armata Mario Vercellino.jpg   File:Bundesarchiv Bild 101II-MW-6268-06A, Frankreich,
        Italienische Offiziere und Soldaten.jpg   
En vert foncé, l'Empire d'Italie à la veille de la guerre ; en vert brillant, les territoires occupés entre 1940 et 1943 (dont Nice) ; en plus clair, les autres territoires convoités.                                                                    

Vercellino établit son quartier général à l'hôtel Riviera Palace de Menton.
La place de Nice est commandée par le général Mazzini (Luigi, qui commandait la Divisione Acqui aux îles Ioniennes ?), installé à l'hôtel Riviera Palace du boulevard de Cimiez (1889) :
 
La Commissione Navale est basée à l'Hôtel Suisse.
L'hôtel Hermitage est occupé par l'administration italienne. C'est un palais construit en 1906 sur le flanc de la colline de Cimiez, au-dessus du boulevard Carabacel, auquel il est alors relié par un funiculaire.
.    
Dans le centre-ville, la Délégation royale occupe un immeuble du quartier des musiciens ; le Fascio et les Gruppi d'Azione Nizzarda sont sur le boulevard Gambetta (aujourd'hui Consulat d'Italie).
Les services de l'OVRA (Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell'Antifascismo) s'établissent dans les villas Nobili (sous le Riviera Palace, au 94 avenue Georges-V) et Lynwood (avenue de Brancolar, sur le domaine de l'ancienne villa Laurenti). Cette dernière devient un centre de torture.
  Image illustrative de l'article Villa Nobili  
La villa Nobili.
    
L'entrée du domaine Laurenti et la villa Lynwood.

La Jetée-Promenade ferme définitivement le 20 décembre 1942

Sur la question juive, les autorités italiennes s'opposent au régime de Vichy, qui cherche toujours à traquer les Juifs pour les enfermer dans des camps et les expulser vers l'Allemagne. L'armée italienne parvient à freiner ce processus et à les placer dans des villages où ils peuvent vivre librement, notamment à Saint-Martin-Vésubie.

Saint-Martin-Vésubie, août 1943 [photo : coll. Danielle Baudot Laksine]

En février 1943, la défaite des Allemands à Stalingrad marque un tournant décisif dans les ambitions de l'Axe.

En février, le Casino Municipal donne un cycle Wagner. C'est tout à fait nouveau, puisque les théâtres de Nice s'étaient toujours consacrés essentiellement au répertoire italien et français.

Le premier enfant de Mireille et Élie naît le 4 juin C'est la sœur d’Élie, sage-femme, qui réalise l'accouchement rue Paradis.

 
À gauche, une annonce pour l'Office de Placement Allemand parue dans Le Petit Niçois du 5 juin 1943.
À droite, un tract des
Gruppi d'Azione Nizzarda daté du 19 juin et signé Ezio Garibaldi.

Jean Médecin est destitué en juillet

Le 8 septembre 1943, l'Italie capitule.

Les grandes rafles de Juifs sont mises en œuvre dès la nuit du 8 au 9 septembre (à destination de Drancy). Ceux qui étaient assignés à résidence à Saint-Martin-Vésubie parviennent à s'échapper en Piémont avec les soldats italiens.

Col de Fenestre, 1943 [photo C. Roman]

Sous l'occupation allemande

Le 9, les troupes motorisées de la Panzer-Grenadier-Division "Feldherrnhalle" entrent dans Nice par la Provence.
Il s'agit d'une division de l'AOK 19 (19e armée de la Wehrmacht, basée à Avignon et commandée par le général d'infanterie Georg von Sodenstern).
Son commandant, le général-lieutenant Otto Kohlermann (qui revient de Stalingrad) établit ses quartiers à Monte-Carlo.
    
Le général Otto Kohlermann et ses officiers à Nice en octobre 1943.
      


Carte de l'extension maximale du Troisième Reich en Europe occidentale (début 1944).

      
La Panzer-Grenadier-Division "Feldherrnhalle" sur la Promenade des Anglais.
  

715th
      Infantry Division (Nazi Germany) (unit crest).jpgLa division "Feldherrnhalle" sera rejointe brièvement par la 715. Infanterie-Division (général-lieutenant Kurt Hoffmann) en novembre-décembre :


Ficheiro:148th Infanterie Division Logo 1.svgpuis, à partir de décembre 1943, par la 148. Reserve-Infanterie-Division (général-major Otto Fretter-Pico), une division du 62e corps d’armée (LXII. Armeekorps, général Ferdinand Neuling, QG à Draguignan) :
   

Par ailleurs, depuis décembre 1942 et jusqu'à février 1944, le Panzerzug 25 patrouille sur l'axe ferroviaire Nice-Vintimille-Breil pour lutter contre le sabotage :

   
(Photos de mars 1944.)

Les Allemands démontent les monuments pour récupérer les matériaux, notamment la Jetée-Promenade (fermée depuis l'année précédente), le buste en bronze de Sadi Carnot érigé en 1895 (dont il a été question plus haut sur cette page), ainsi que la statue de Gambetta (érigée en 1909 sur la place Béatrix, "place Gambetta" depuis 1913, future "Libération" puis "Général-de-Gaulle").
Ils interdisent l'accès au bord de mer et fortifient le littoral. Le chantier du Südwall est réalisé principalement par l'Organisation Todt, avec l'aide des Festungspioniere et du  Reichsarbeitsdienst.
blockhaus de Magnan    

     

 

La rue Paradis est située directement dans l'axe de l'embouchure du Paillon, au fond du jardin Albert-Ier, perpendiculairement au littoral. Le jardin et la rue font donc l'objet d'une fortification et d'un camouflage minutieux. Côté jardin, la rue est fermée par un mur antichar.

La rue Paradis fermée par un mur antichar camouflé en trompe-l’œil.
     
Fortifications du jardin Albert-Ier, avec mur antichar. [source]
    
De même, à côté de l'Opéra et le long des Ponchettes, les murs antichar et les façades sont sommairement camouflés. À Rauba Capèu, l'Hôtel Suisse est occupé par la Marine de guerre (Kriegsmarine), comme à l'époque italienne.    

À Nice, l'état-major (Feldkommandantur 994) est installé dans l'hôtel Atlantic (aujourd'hui Exedra), au 10 bd Victor-Hugo :
   

En même temps, dès septembre 1943, le RSHA s'est aussi installé à Nice.

Du côté du SD (Sicherheitsdienst), le KdS (Kommandeur der Sicherheitspolizei und des SD) est le SS-Hauptsturmführer Dr Gerhard Keil. Le siège de l'institution est à la villa Trianon. Il s'agit apparemment d'une villa de la fin du XIXe siècle qui était située au 25 rue Puget, sur le bas de Saint-Barthélemy (détruite en 1953 et remplacée par l'immeuble "Les Palmes d'Or") [selon ce site ; effectivement, une villa Trianon existait à cette adresse au début du siècle ; plusieurs autres villas ont porté ce nom à Nice].

Du côté de la Gestapo, le siège est établi à l'hôtel Hermitage, qui était occupé précédemment par les Italiens. Le directeur est provisoirement Von Radsch-Junker (?) puis, d'octobre 1943 à mars 1944, le SS-Hauptsturmführer Wilhelm Redzeck (puis l'Obersturmführer Keil). Le SS-Hauptscharführer Schultz est adjoint au directeur de la section exécutive, et « Alice la blonde » (Alice Mackert) est secrétaire générale.

Vue des terrasses inférieures du domaine de l'Hermitage.

Pour les "Affaires juives", le SS-Obersturmbannführer Alois Brunner établit son QG à l'hôtel Excelsior, en centre-ville, au pied de la gare. Entre septembre et décembre 1943, il y supervise les rafles et les déportations vers Drancy (pour "rattraper le retard" après l'occupation italienne).
Hôtel Excelsior Nice (1)   Alois Brunner

Selon JL Panicacci, l'Office de Placement Allemand (qui était dans la rue Croix-de-Marbre) se trouve maintenant sur le boulevard Victor-Hugo.

En avril 1944, Kohlermann est remplacé par le général-major Friedrich-Carl von Steinkeller.
 

Depuis le 11 novembre 1943 et jusqu'au 14 août 1944, Nice, Saint-Laurent-du-Var et Cannes sont la cible de bombardements alliés (notamment le 26 mai sur Saint-Roch et sur les quartiers de part et d'autre du pont du Var) : une vingtaine au total, qui feront 455 tués, 740 blessés et 9380 sinistrés.
  Afficher l'image d'origine  
Bombardement pont du Var et de Saint-Roch le 26 mai 1944.

En 1944, la famille d’Élie est évacuée dans le haut pays, à Saint-Auban (sur l'Esteron, à une cinquantaine de kilomètres à nord-ouest de Nice), jusqu'à l'automne [photos ci-dessous prises de juin à septembre].

 

   

     



Pendant ce temps, Éloi et Joséphine restent rue Paradis.


À Nice, les résistants sont traqués par la Gestapo et la répression est sévère. L'exemple le plus spectaculaire est la pendaison publique de Séraphin Torrin et Ange Grassi, le 7 juillet 1944, devant les arcades des Galeries Lafayette [photo à gauche].


Le 8 juillet, le général-major Günther Pape prend le commandement de la division "Feldherrnhalle" [photo à droite].


En août, une compagnie de l'AOK 19 (commandée depuis fin juin par le général d'infanterie Friedrich Wiese) prend position à Nice.


Entre le 13 et le 27 août 1944, un "avion fantôme" survole Nice à basse altitude, toutes les nuits, larguant une bombe légère de temps en temps. Au total, on relève 35 impacts de bombes de 15 kg. Des immeubles sont touchés dans les environs de la rue Paradis : rue Masséna, rue de la Buffa, rue Maccarani, place Grimaldi (impacts encore visibles sur la façade du grand immeuble au nord de la place), rue Alphonse-Karr, place Masséna et rue Maréchal-Pétain (aujourd'hui "de la Liberté"). On s'étonne que la DCA allemande n'ouvre pas le feu sur cet avion non identifié. (En fait, il s'agissait vraisemblablement d'un Fieseler "Storch" basé à l'aérodrome de Villanova d'Albenga, commandité par les autorités militaires allemandes de la région niçoise pour s'assurer que les prescriptions d'occultation étaient bien respectées : si la surveillance montrait un non-respect des règles, la zone illuminée était bombardée.)

Nice est libérée le 28 août grâce à une insurrection coordonnée par les divers mouvements de résistance niçois, sans aucun soutien des Alliés.
Les Allemands évacuent la ville en fin de journée (mais les combats se poursuivront en montagne jusqu'au mois d'avril 1945).

 
Le 28 août 1944, avant de partir, les Allemands font sauter leur dépôt de munitions devant le Ruhl.

Dans la nuit, la flotte alliée bombarde les casemates allemandes de la Promenade des Anglais ; mais celles-ci sont déjà vides.

Le 29 août, les résistants niçois s'étonnent d'être toujours sans nouvelles des Alliés (qui ont déjà libéré Saint-Laurent et les environs le 27 dans le cadre de l'opération Dragoon, où le général Patch commande la Seventh US Army). Ils partent donc les chercher sur le Var pour les informer de la libération de Nice. Incrédules, les Américains viennent voir et constatent que la ville est en fête.

Sous l'occupation américaine


Le 30 août, un convoi motorisé du 509th Infantry Regiment de l'US Army entre dans Nice (par l'avenue de la Californie et la rue de France). Il ne fait que traverser la ville rapidement, de peur que les soldats se dispersent au milieu des festivités, et continue sa route en direction de Menton.
 

Ce régiment fait partie de la nouvelle First Airborne Task Force (commandée par le général Robert T. Frederick [photo ci-dessous]) créée au sein de la Seventh US Army pour les besoins de l'opération Dragoon.
Frederick installe son poste de commandement à l'hôtel Alhambra (1901), sur la colline de Cimiez.
        



La famille regagne son domicile de l'avenue Notre-Dame à l'automne 1944.

Pendant ce temps, comme on l'a dit, les combats se poursuivent en montagne, autour des crêtes de l'Authion, jusqu'au mois d'avril 1945.

Authion (1800 m d'altitude), avril 1945.




Nice, 1946.

Les escales de la princesse Élisabeth (1949-1950)

Le 20 novembre 1947, la princesse royale Élisabeth d’Angleterre a épousé le lieutenant Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg. Leur premier enfant, le prince Charles, est né le 14 novembre 1948.
Le 19 novembre 1949, Élisabeth doit embarquer en direction du Malte, où elle va rejoindre son mari à l’occasion de leur deuxième anniversaire de mariage. Mais le départ est annulé en raison du brouillard. Le 20, elle peut enfin décoller de l’aéroport de Londres à 9 h du matin, à bord d’un avion Viking de la flotte royale. Une escale est prévue à Nice à l’heure du déjeuner, puis l’avion doit arriver à Malte à 17h30, juste à temps pour les cérémonies. Le 28 décembre, le couple princier quitte Malte à bord du Viking royal, déjeune à Nice, puis regagne Londres (arrivée à 15h50).

 
Le Vickers Viking VL 246 de la famille royale. - À droite : Élisabeth arrivant à Malte pour la première fois.

Le 28 mars 1950, la princesse Élisabeth effectue le même trajet en direction de Malte, avec une heure de retard à l’arrivée à Nice à cause du vent. Le 9 mai, retour en direction de Londres, selon l’itinéraire habituel. Mais peu après le décollage de Nice (14h30), le pilote est contraint de faire demi-tour à cause du mauvais temps (15h20). Mini-panique sur la Promenade : badauds hystériques, aucun officiel français ou britannique pour accueillie la princesse. Nuit improvisée au Negresco. Finalement, elle regagne Londres le 10.

Le 15 août 1950, Élisabeth donne naissance à une fille : la princesse Anne. À cette occasion, le 18, la ville de Nice lui envoie un panier de fleurs (œillets, amaryllis et tubéreuses) avec un parchemin de Gustav-Adolf Mossa et un message du conseiller municipal Raoul Bosio.
De même, en souvenir des vieilles relations entretenues par la ville de Nice avec la famille royale, la municipalité commande à Éloi un coffret en bois d'olivier pour l'offrir à la princesse héritière du trône d'Angleterre :

     
Gravé spécialement d'après "La Niçoise" d'Édouard Fer (Musée Chéret) pour décorer le coffret en bois d'olivier offert par la Ville de Nice à S.A.R. la Princesse Élisabeth d'Angleterre. - Éloi sur la place Rossetti en 1949.

Pendant ces années-là, Élisabeth voyage encore souvent en Méditerranée. À la mort de son père en février 1952, elle sera couronnée Reine du Royaume-Uni et du Commonwealth sous le nom d’Élisabeth II.
L'atelier-boutique "Au bois mosaïque" fermera en 1960.

Sépultures

Lorsque la première femme d'Élie est morte en 1876, un nouveau cimetière venait d'être créé à Nice : le Cimetière de Caucade. Élie Ferdinand y a fait l'acquisition d'un emplacement dans le carré 1, destiné à la "famille Élie Cagnoli". C'est là que sont inhumés les deux épouses Joséphine née Rey (1852-1876) et Joséphine née Falicon (1858-1907), Élie Ferdinand (1847-1916), les enfants François (1878-1918, plaque commémorative), Angèle (1881-1971), Éloi (1883-1963) et Victor (1886-1974), etc. Ils sont tout près du caveau Falicon, où reposent les parents de Joséphine (ainsi que Louis, frère d’Élie, avec sa veuve Louise sœur de Joséphine).

     




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Sources :
Archives départementales des Alpes-Maritimes
Archives familiales
Jean-Louis Panicaccci : Les Alpes-Maritimes de 1939 à 1945 - Un département dans la tourmente, Serre, 1996 ; En territoire occupé - Italiens et Allemands à Nice 1942-1944, Vendémiaire, 2012.
Alain Chazette, L'armée allemande sur la côte méditerranéenne, éd. Histoire & Fortifications, Paris, 2004.

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