Triconville & Mouchette, des Lorrains en Bourbonnais



Talon et Quatresous sont de vieilles familles rurales du Duché de Bourbon (Royaume de France).
Une ferme s'appelle les Talons dans la commune de Cindré, à une douzaine de kilomètres au nord de La Palisse ; les Quatre Sous est le nom d'un hameau de la commune de Villebret, sur la route de Montluçon.
C'est à La Palisse que se forme la famille qui fait l'objet de cette page :

Signature de Gilbert Quatresous le 8 novembre 1678 à La Palisse.
"Gilbert" est un prénom caractéristique de la région, saint Gilbert de Neuffonts étant le patron du Bourbonnais depuis le XIIe siècle. 

Le duché de Bourbon est une zone de transition entre les langues d'oïl (bourbonnais) et les langues d'oc (auvergnat) ; dans le sud-est, l'occitan reçoit même des influences de l'arpitan. La Palisse, de même que toutes les localités bourbonnaises dont il sera question sur cette page, se trouve en zone d'oïl. 

Aubergistes au relais de poste de La Palisse

En arrivant dans le Bourbonnais, Léonard Lavoute résidait à Lubier (à 2 km au nord de La Palisse) et travaillait comme "maître tailleur de pierres" ou "maître maçon" (1678-1708).
En 1708, il se lance dans l'hôtellerie. En effet, le village de La Palisse est un relais de poste entre Moulins et Roanne sur la route de Paris à Lyon par le Bourbonnais (future Nationale 7), une alternative à la route de Bourgogne. Il y a donc un besoin d'auberges pour héberger et nourrir les voyageurs.

Anne Lavoute, fille de Léonard, se marie en février 1708 avec Gabriel Bourg, un domestique employé au relais des carrosses de la diligence au Logis de l'Escu de France, où il est en charge des chevaux de relais du Carrosse de la Diligence. 
Léonard fonde alors un nouvel établissement hôtelier à La Palisse, le Logis du Lyon d'or, et le gère avec sa fille et son gendre.

Mais Gabriel meurt dès avril 1709. Aussitôt, en juin, Anne épouse en secondes noces Antoine Penin, fils du maître boulanger de Lubier.


La Palisse est traversée d'ouest en est par la route de Paris à Lyon, et du sud au nord par la Besbre.

Née en 1731, Marguerite Penin vit chez ses parents à Lubier, où sa mère meurt le 13 octobre 1754.
Le 13 février 1760, elle épouse Nicolas Triconville, originaire de Seigneulles (Duché de Bar). Triconville s'installe à La Palisse comme maître aubergiste (il reprend sans doute le "Lyon d'Or" de sa belle-mère).

En 1765, ils sont aubergistes à L'Hermitage, à 3 km au sud de La Palisse.

Dans les années 1760-1770, ils ont de nombreux enfants, dont Marie en août 1766.

En 1790, un Triconville meurt à Paris. Il s'agit de François (v.1740-1790), cousin germain de Nicolas. Carreleur à la capitale, il décède le 17 février au faubourg Saint-Martin, paroisse Saint-Laurent. 


Flag of France
        (1790-1794).svgEn Sologne bourbonnaise : entre administration et agriculture

En septembre 1791, Louis XVI abolit l'absolutisme et prête serment à la Constitution du Royaume de France.
Le 14 octobre, l'Assemblée nationale législative institue un Comité d'instruction publique : sa mission est de prendre en charge l'éducation, qui était jusque-là la prérogative du clergé.



Flag of France.svgEn septembre 1792, une nouvelle constitution jette les bases de la République. Le Comité d'instruction publique est reconduit. Le roi est condamné à mort et guillottiné en janvier 1793.
Le 17 décembre 1793 (27 frimaire de l'an II), Marie Triconville se marie à Moulins avec Claude Mouchette, originaire de Lorraine et arrivé à Saint-Martin-des-Lais en ces années de changement. Ilssu d'une famille lettrée, Mouchette vient travailler dans l'administration et l'instruction publique. En 1792-1795, dans le cadre de la laïcisation du pays, la commune de Saint-Martin-des-Lais est renommée "Les Lais-sur-Loire".
Marie quitte la grand-route et s'installe chez son mari à la campagne. Claude est maire de la commune (dès 1793).


À proximité de l'Auvergne, l'orthographe du patronyme exotique "Mouchette" va devenir "Mouchet".
Marguerite Mouchet naît le 17 décembre 1794 (27 frimaire an III).

Le Directoire (constitution de 1795) réattribue l'éducation au Ministère de l'Intérieur.

En 1800-1802, sous le Consulat de Bonaparte, Claude est aussi instituteur public de la commune de Gannay-sur-Loire.
C'est là que Marie donne naissance, entre autres, à Claudine Aimée, le 5 juillet 1800 (16 messidor an VIII), et à Jean-Baptiste, le 27 juin 1802 (8 messidor an X).

À Saint-Martin-des-Lais, Claude et Marie vivent avec leurs enfants et sont fermiers propriétaires.
Claude reste maire de la commune (jusqu'au 31 décembre 1834) ; à ce titre, il a toujours la charge des actes d'état civil (notamment ceux de sa famille).

Le 28 février 1816, la fille aînée, Marguerite Mouchet, se marie à Paray-le-Frésil : elle épouse le maire du village, Antoine Aurousset, capitaine en retraite du 65e régiment de ligne (membre de la légion d'honneur).

En 1822Claudine Aimée épouse Gilbert Gilbert, fils de paysans de Limagne bourbonnaise. Ils s'établissent à Moulins, où Gilbert est chapelier.

Le mari de Marguerite meurt en son village de Paray le 10 février 1823.
Elle va se remarier le 1er octobre 1828, avec Joseph Alexandre Bédel : né à Épinal (Vosges) le 31 juillet 1798, ce Lorrain est professeur de 3e au collège royal de Moulins. Il deviendra bientôt recteur de l'Académie de Clermont-Ferrand (chevalier de la légion d'honneur).

Retraite en ville sous la Monarchie de Juillet

Jean-Baptiste Mouchet, propriétaire de la ferme familiale, se marie à son tour en 1831.

La famille Triconville était originaire du Barrois (département de la Meuse). En 1832, le dernier Triconville de Seigneulles meurt au village : il s'agit de Marie-Jeanne (1769-1832), cousine issue de germains de notre Marie Triconville.

À la fin de l'année 1834, Claude Mouchet quitte la mairie de Saint-Martin-des-Lais.
À la retraite, Claude et Marie se rapprochent de la ville. Ils achètent un logement à Yzeure, en banlieue de Moulins. Claude y meurt en 1836. Marie reste seule avec trois domestiques (cf. recensement 1836), puis meurt à son tour en 1843.

Marie avait un frère, Claude (1779-), dont un petit-fils va quitter Lapalisse pour l'Algérie française : ce Claude Triconville (1826-1852) mourra à Médéa, dans les montagnes au sud d'Alger, peu après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (02.12.1851) et les plébiscites de décembre 1851 (maintien de Bonaparte) et novembre 1852 (rétablissement de l'Empire), le jour de la proclamation du Second Empire.