Nice, paroisse St-Jacques (années 1790 - années 1830) : Andrea le marin et son fils Giuseppe


L'occupation française


Vue de la ville de Nice, entrée du port et fort Montalban, 1795, gouache de Louis Bacler d'Albe (1761-1824). [Acadèmia Nissarda]

Le port de Nice par Isidore Dagnan (1794-1873).

Forme de la ville à la fin du XVIIIe siècle. En noir, la ville médiévale ; en rouge, l'extension du XIVe siècle.
En bleu, les développements récents, notamment vers le port et vers la rive gauche (faubourg Saint-Jean-Baptiste).
Il n'y a qu'un pont, le pont Saint-Antoine, qui relie la porte du même nom au couvent des Jésuites (emplacement de l'actuel lycée Masséna).

Dans le cadre de l'aménagement du port Lympia (à partir de 1749), un lazaret fut construit à l'est de la ville. Dès l'arrivée des Français en 1792, le bâtiment a été transformé en entrepôt de poudre à canon. Le 1er juillet 1795, une explosion accidentelle détruit le site et fait des dizaines de morts. Les ruines resteront dans le paysage pendant tout le XIXe siècle (et serviront de fondations au restaurant La Réserve).
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Ruines du lazaret de Nice dans la deuxième moitié du XIXe siècle (aquarelle ; photo de Charles Negre)


Une trombe marine observée au large de Nice en 1795.

Depuis sa victoire terrestre à l'issue du siège de Toulon en décembre 1793, Napoléon Bonaparte était commandant de l'artillerie de l'armée d'Italie. Le 2 mars 1796, il est nommé général en chef. Le 27 mars, il arrive à Nice.

  
Ci-dessus, à gauche : Bonaparte à Nice, préparant la Campagne d’Italie. À droite : le 2 avril, l'armée révolutionnaire quitte Nice pour Villefranche.

Les combats font rage en Piémont pendant tout le mois d’avril. Le 28, le roi de Sardaigne capitule : signature d’un armistice à Cherasco, qui entérine la cession de Nice et de la Savoie et qui assure la libre circulation des troupes françaises en Piémont. Dès lors, la marine piémontaise est réduite à une trentaine de personnes.
En mai, Bonaparte prend Plaisance, Parme, Milan, Pavie. En juin, il reçoit la capitulation de Vérone, du royaume de Naples, du Saint-Siège, etc.

Le marin Andrea et sa famille de retour d'exil

En 1796, suite à l'armistice de Cherasco, Maria et Andrea rentrent définitivement à Nice, chef-lieu du département français des Alpes-Maritimes, avec le petit Giuseppe de 6 ans, Camilla, 4 ans, et Serafino nouveau-né.
Leurs enfant suivants vont naître à Nice, où ils sont domiciliés dans la paroisse Saint-Jacques. Dès le 11 décembre 1796 ("12 nivôse de l’an 5"), Maria et Andrea ont une fille : Maddalena
 
Pendant ce temps, le 9 octobre, signature d’un traité entre Gênes et la France. Dans un premier temps, Napoléon tente de ménager Gênes et d’en faire une sorte de zone neutre, mais les pays limitrophes sont ravagés. En novembre, reprise des combats contre les Autrichiens, etc. En 1797, la Sérénissime République capitule à son tour. Napoléon remplace le régime aristocratique par une république révolutionnaire sur le modèle français (finalement, cette "République Ligurienne" sera annexée à l’Empire en 1805).
Le régiment La Marina est dissous, et intégré à l'armée napoléonienne sous le nom de 3e demi-brigade de ligne (1798-1814) ; cette unité affronte les Autrichiens en Lombardie en 1799.

La marine piémontaise, désarmée mais soutenue par les Autrichiens, tente encore de défendre ses deux dernières enclaves sur le littoral : Oneille et Loano (en 1798-1799).
 

  
Les États-Sardes continentaux et le pays génois convertis en départements français entre 1805 et 1814.

En tant que marin, Andrea est vraisemblablement passé au service de la Marine française. Les ports de Nice et de Villefranche sont rattachés à l'arrondissement maritime de Toulon. Un sous-commissaire de marine représente l'administration maritime à Nice ; il gère la comptabilité et le personnel des ports entre Nice et Menton. 

Avant l'arrivée des Français, la paroissiale Saint-Jacques-le-Majeur était l'actuelle église de l'Annonciation (avec sa chapelle Sainte-Rita), un édifice baroque du XVIIe siècle adjacent à la loge communale. En 1794, elle est transformée en dépôt de sel. En 1795-1796, les sacrements sont enregistrés à la cathédrale. En 1797-1804, la paroisse Saint-Jacques-le-Majeur continue de tenir son propre registre et de consigner les sacrements en latin. 

En 1801, le Premier Consul Napoléon Bonaparte introduit le Concordat, qui réglemente l'organisation des cultes. La vie paroissiale peut alors ressortir de la clandestinité. Mais l'ancienne église paroissiale n'est plus en état, puisqu'elle a été saccagée par l'administration française. Un nouveau bâtiment est donc attribué à la paroisse : l'ancienne église des jésuites (du Gesù), édifiée au XVIIe siècle dans la rue Droite. 

     
La nouvelle église paroissiale Saint-Jacques ("du Gesù").

À partir de 1805, les actes sont consignés en français.

Restaurée, la chapelle Sainte-Rita rouvre en 1806, mais elle n'est plus qu'une succursale de la nouvelle paroissiale.

Pendant ces années d'occupation, Maria donne encore naissance à plusieurs enfants : Antonio (le 28 février 1799) ; Cecilia (le 11 décembre 1800) ; Benedetto (le 25 décembre 1803) ; Francesco (le 15 novembre 1806) ; Carolina (le 12 juin 1809). 

Un petit résumé (en orange, les marins ; en vert, les deux premiers fils d'Andrea, dont il va être question sur cette page) [cliquer pour agrandir] :

Le 26 mai 1805, à la cathédrale de Milan, Bonaparte s'est fait couronner "roi d'Italie". Mais il convoite toujours Rome. Il annexe les duchés de Toscane, de Parme et de Plaisance en mai 1808, puis les États-Pontificaux en mai 1809 : tout cela est réorganisé en départements français.
Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, le pape Pie VII est kidnappé par l'armée française et emprisonné à Florence, puis transféré en France : le convoi passe par Nice les 7 et 8 août 1809.

Le 19 septembre 1810, à l'hôpital civil de Nice ("rue Impériale"), décès de la mère d'Andrea, Anna (veuve de Jean-Baptiste), âgée de 75 ans. Arrivée sur le littoral du pays niçois dans son enfance, elle aura connu les règnes de Charles-Emmanuel III et de Victor-Amédée III, et le régime français pendant l'exil de Charles-Emmanuel IV et de Victor-Emmanuel Ier.

Le menuisier Joseph et sa famille "française"

Le 26 décembre 1810, lendemain de Noël, le fils aîné Giuseppe Cagnoli, âgé de 20 ans, épouse en la paroisse Saint-Jacques Marie Marguerite Séraphine Farnoux, âgée de 27 ans. Séraphine est couturière. Elle est née le 15 juillet 1783 dans le quartier de Sainte-Réparate, d'une mère niçoise (elle-même fille d'un Languedocien immigré lors de la guerre de Succession d'Autriche) et d'un père provençal originaire de Carnoules.

Pendant ces années d’occupation, la langue officielle est le français. Dès lors, pour l’administration, Giuseppe devient « Joseph ».

Séraphine et Joseph quittent leurs parents et s’installent à côté de l’église paroissiale ("du Gesù"), à la porte 24 de l'îlot 35 (entouré par la rue Rossetti, la rue de la Croix, la rue Droite et l’église).

Apparemment, Joseph et Séraphine ont leurs premiers enfants en 1812 : Émilie et Michel André. Conformément à la tradition, le fils aîné porte les prénoms de son grand-père paternel.


La menuiserie dans l'Encyclopédie de 1769.

Après plusieurs années de détention, Pie VII est libéré en janvier 1814 et peut regagner Rome. Il fait escale à Nice du 9 au 11 février 1814. (Charles-Félix inaugurera une colonne en face de la Croix de Marbre pour commémorer ces deux passages.)

La Restauration sarde

En avril 1814, Bonaparte est déchu et condamné à l'exil. Il quitte Fréjus le 28 avril et arrive le 3 mai à l'île d'Elbe, provisoirement sous contrôle britannique.
En même temps, les Alliés invitent les Savoie à regagner le continent. Victor-Emmanuel quitte Cagliari le 2 mai pour Gênes, provisoirement gouvernée par les Anglais, où il débarque le 9 : les deux navires ont failli se croiser. Puis il entre à Turin le 20. 
Le 30 mai, le Traité de Paris restaure le Royaume de Sardaigne et le restitue à l’héritier de la Maison de Savoie, Victor-Emmanuel Ier, qui devient alors le 5e roi de Sardaigne de sa dynastie. Les Bourbon réclament Nice et la Savoie, mais la frontière avec la France est finalement tracée telle qu'elle était avant l'invasion de 1792.
En outre, une clause secrète prévoit l'annexion de la région de Gênes aux États-Sardes, qui sera officialisée par le Congrès de Vienne en 1815.
Gênes et Nice se retrouvent donc réunies sous la couronne de Savoie.

À la Restauration, Andrea est garde sanitaire (guardia sanitaria). Il travaille vraisemblablement au nouveau port Lympia (notamment au bagne), ainsi qu'au lazaret de Villefranche. Dans cette fonction, comme pour les autres postes administratifs, la Marine royale emploie notamment les invalides qui ne sont plus capables de servir sur des navires de guerre mais qui peuvent encore travailler à terre (cf. règlement de la marine militaire, patente royale du 16 janvier 1816). Andrea a plus de 50 ans. Peut-être a-t-il été blessé pendant la guerre de 1792-1796 ou sous l'occupation française.

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À gauche : le royaume de Sardaigne entre 1815 et 1860. - Ci-dessus : le port Lympia, chantier lancé par Charles-Emmanuel III en 1749. - À droite : l'emblème de la Marine royale à la Restauration (avec au centre le nouveau blason de la dynastie, simplifié et augmenté de la croix de saint Georges).
Ci-dessous : une vue de Nice depuis le large
entre 1815 et 1848, par Ambroise Louis Garneray (1783-1857).

Pour permettre aux autorités portuaires de surveiller l'état sanitaire des navires et limiter les risques de propagation des épidémies, chaque équipage doit être muni d'une patente sanitaire, document délivré par les autorités du port de départ et énumérant minutieusement les membres de l'équipage et leurs provisions. [À titre d'exemple, le document reproduit ci-contre est une patente sanitaire sarde délivrée à Savone en 1829 pour un brigantin à destination de Naples, avec 15 personnes à bord.] 
En outre, pour les itinéraires internationaux, il faut aussi pouvoir présenter un certificat consulaire de santé, par lequel les autorités consulaires du lieu de provenance garantissent le bon état sanitaire général du port au moment du départ. Le rôle d'Andrea consiste notamment à inspecter les navires qui partent afin d'établir leur patente. 
Pour les navires qui mouillent dans les ports de Nice, il s'agit de monter à bord pour vérifier que tout est conforme aux documents (en particulier : pas de passager clandestin, pas de maladie, etc.). En cas de passagers supplémentaires ou de soupçon de maladie, le médecin monte aussi sur le pont pour ausculter les marins ; et en cas de maladie déclarée ou constatée, le navire est mis en quarantaine au lazaret. 

En février 1815, pendant le Congrès de Vienne, Bonaparte s'est échappé de l'île d'Elbe et a tenté un débarquement à Golfe-Juan pour marcher sur Paris. Après une dernière défaite à Waterloo (18 juin), il est définitivement déporté à l'île britannique de Sainte-Hélène, dans l'Atlantique Sud, à bord du vaisseau Northumberland placé sous le commandement du capitaine Charles Ross

Les garçons de la famille vont devenir menuisiers ou charpentiers ; Camilla et ses sœurs, quant à elles, sont vouées à devenir tisserandes. 

En 1815, Angelo réside au pied des Bastions, dans l'îlot 44 [voir plan ci-contre], avec sa femme Camilla et déjà de nombreux enfants (Giuseppe, Pietro, Teresa, Orazio, Antonietta, Antonio...). Comme son frère, et comme leur père avant eux, il travaille dans la Marine à Villefranche (au chantier naval).


Le marin Andrea et sa descendance (menuisiers, charpentiers, ébénistes).

 
Avec l'acquisition de la Ligurie, l'activité des ports de Nice et Villefranche va immédiatement chuter au profit de Gênes. L'administration de la Marine sarde, sous le commandement de l'amiral Des Geneys [portrait à droite, en 1822], est immédiatement transférée dans le nouveau port. (Gênes restera le siège de la Marine royale des États de Savoie jusqu'en 1870, date à laquelle Cavour décidera de centraliser toute cette activité à La Spezia.)

           
Les équipages de la Marine royale dans les années 1820. - Des marins nicois représentés par Clément Roassal dans les années 1820-1830.

Dès lors, l'activité maritime de Gioan Battista Cagnoli et de ses fils Angelo et Andrea n'est plus d'actualité. Les fils d'Andrea (Giuseppe, Serafino, Francesco) vont donc se tourner vers les métiers du bois. De la charpente des navires, on passe à la charpente des maisons ; et de la charpente, on va passer à la menuiserie et à l'ébénisterie.
Dès 1815, les habitants du Comté de Nice sont recensés : Giuseppe et Serafina ont respectivement 25 et 30 ans, ils sont menuisiers et élèvent deux enfants : Andrea (2 ans) et Maria. (Les parents de Giuseppe n'y sont pas : Andrea est-il en poste dans un autre port ? à Villefranche ? Cagliari ? Gênes ?)
Puis naissent Antonio (en 1816) et Gioan Battista (en 1819).

1820 : début de construction de la route de bord de mer, future "promenade des Anglais".

En 1821, le roi abdique face à une insurrection en Piémont. Son frère Charles-Félix (1765-1831) lui succède sur le trône du royaume, en tant que 6e roi de Sardaigne. Auparavant, il était vice-roi de Sardaigne de 1799 à 1816. Le nouveau roi confirme le retour à l'ancien régime par la sévère répression de l'insurrection. Puis l'heure est à la reconstruction : il va lancer de grands chantiers de génie civil et d'urbanisme, et encourager la création artistique.

En 1822, sur la route de France à l'approche de Nice, le roi Charles-Félix fait ériger une colonne en souvenir des passages du pape Pie VII au début du siècle : captif de Napoléon en 1809, et libéré en 1814.

   
La colonne du Pape, en face de la Croix de Marbre (qui commémorait le Congrès de Nice de 1538, entre Charles V et Francois Ier, à l'initiative du pape Paul III).


Dans le domaine du bois, le travail ne manque pas. En 1822, Claudio Gimello ouvre un atelier de marqueterie dans la rue des Ponchettes, et cette activité artisanale devient rapidement une spécialité niçoise très prisée en Europe. Plusieurs maîtres s'installent à proximité des quartiers fréquentés par les riches touristes hivernants, et ils emploient de nombreux ouvriers.


En 1822, nouveau recensement. La famille de Giuseppe et Serafina s’est agrandie. Andrea a 10 ans (il mourra à Saint-Jacques en 1835), Maria en a 8, et il y a maintenant Antonio (6 ans), Giovanni Battista (3 ans), et le petit Spirito (8 mois).


Lors du recensement de 1822, on trouve la famille d’Andrea et Maria, avec Serafino et les autres enfants, à la porte 15 de l’îlot 72 (entouré par la rue Saint-Joseph, la rue de la Croix, la rue Sainte-Claire et une voie qui n’existe plus et qui prolongeait la rue de la Condamine : c’est exactement l’immeuble de l’actuel Théâtre municipal Francis-Gag). Mais je ne sais pas depuis quand ils y sont, ni où ils habitaient avant. 

Giuseppe, le père de famille, meurt dès septembre 1824, à l'âge de 34 ans. Sa veuve, couturière, ne se remariera pas.

En 1822-1823, à la fin du règne de Victor-Emmanuel, la Marine commence à sortir de la Méditerranée : les États-Sardes amorcent des relations commerciales avec Tanger et avec la mer Noire.
Du côté de l'Empire ottoman, le nouveau roi, Charles-Félix, va envoyer la Marine sarde bombarder Tripoli en 1825, et Tunis en 1830, dans l'espoir d'en finir avec les attaques de pirates.

En juillet 1820 a commencé la construction d'un second pont sur le Paillon, plus près de l'embouchure, dans le but de faciliter la communication entre la ville et les faubourgs en plein essor. Les travaux sont achevés en 1824. En l'honneur de Charles-Félix, l'ouvrage est alors baptisé officiellement "pont Royal Saint-Charles", mais on l'appellera couramment "pont Neuf". Dès lors, le pont Saint-Antoine sera qualifié de "pont Vieux".

 
À droite : le pont Royal Saint-Charles (qu'on distingue aussi à gauche, près de l'embouchure du Paillon).



En 1825, à côté de l'immeuble où habitent Serafina et les enfants, l'église paroissiale Saint-Jacques-le-Majeur est ornée d'une nouvelle façade.




En novembre 1826, le roi se rend à Nice avec la reine Marie-Christine. Ils résident au Palais Royal (photo à droite). Cette visite royale va laisser de nombreuses traces. Les constructions des Ponchettes sont percées d'un nouveau passage : la porte Charles-Félix. Celle-ci relie directement la place Charles-Félix (à l'est du cours Saleya) au bord de mer.

         
Ci-dessus : deux illustrations de la visite royale par Hippolyte Caïs de Pierlas (1788-1858).
À gauche, le 8 novembre, "un marin traîne la voiture de Leurs Majestés" à travers la nouvelle Porte Charles-Félix (on reconnaît la tête du roi par la portière) ; à droite, "corps de ville et cortège" entre le Pont Royal Saint-Charles et le palais royal.
Si Andrea n'avait pas déjà une soixantaine d'années, on pourrait l'imaginer dans cet uniforme de matelot.

Charles-Félix encourage le développement des arts dans tout le royaume. En 1826, la ville rachète ainsi le Théâtre (Théâtre Maccarani, puis Théâtre de la Montagne, à l'emplacement de l'actuel Opéra), le démolit et construit à la place un Théâtre Royal de style néoclassique, inauguré le 26 octobre 1827.

En 1827, la corporation des serruriers de la ville fait ériger sur la place Charles-Félix un monument pour commémorer la visite du roi. Il s'agit d'une petite colonne en alliage de fer et de pierre blanche, avec un aigle à sa base et un monogramme royal à son sommet (le monument sera supprimé en 1861). [Ci-dessous : porte et place Charles-Félix ; avec le monument des Serruriers sur une peinture d'époque.]

 
                                                                                         [photos SC juillet 2012, février 2013]

La même année, les Juifs de Nice font ériger un monument d'inspiration égyptienne, en forme d'obélisque, à l'entrée du pont Neuf, sur la rive gauche, pour rendre hommage au roi Charles-Félix et rappeler les engagements pris par la Maison de Savoie pour protéger leur communauté (ce monument disparaîtra aussi juste après l'annexion, en 1861).

     
Les sphinx et le socle du monument érigé par les Juifs de Nice en l'honneur de Charles-Félix en 1827.

En 1829, la statue de Charles-Félix est érigée au port (photo ci-dessus). Son doigt tendu vers le bassin Lympia rappelle qu'il a rétabli les franchises du port, dont Nice bénéficiait depuis 1612 (sous Charles-Emmanuel Ier) et qui avait été aboli pendant l'occupation française.

 

 

Le petit frère Francesco se marie le 24 mai 1829 avec une certaine Élisabeth Dalaise.

En 1827, Rancher indique aux voyageurs les principales auberges de Nice : l'hôtel d'York, place Saint-Dominique (aujourd'hui place du Palais de Justice) ; l'hôtel des Étrangers et l'hôtel des Quatre Nations, rue du Pont-Neuf ; et une pension anglaise, maison Goiran, à la Croix de Marbre. Mais il ne mentionne pas la marqueterie, activité encore trop récente.

Le menuisier Serafino et sa famille "sarde"






En 1814, à la restauration, le roi Victor-Emmanuel a rétabli l’armée sarde. Rappelons que le Reggimento di Nizza, fondé en 1701, avait été mobilisé pour la guerre de succession d'Espagne ; devenu Reggimento "La Marina" lorsque les États de Savoie avaient pris l'envergure d'un royaume maritime en 1714, il était passé sous le contrôle de Napoléon en 1798. Il reprend du service sous le nom de Reggimento di Cuneo (1814-1815), qui devient rapidement le régiment d’infanterie Brigata Cuneo (1815-1831). C’est là que le puîné Serafino fait ses classes, en tant que grenadier (vers 31 ans). En 1827, il est libéré de ses obligations militaires (logiquement, Giuseppe a dû passer par là quatre ans plus tôt) :



L'acte de démobilisation de Serafino Cagnoli, daté de mai 1827, signé par le colonel commandant de la brigade, comte Renaud di Falicon,
et par le commissaire de guerre de la province, un certain Michaud (sans doute Gaëtan).


               
Ci-dessus : grenadiers de la Brigata Cuneo en uniformes d'été et d'hiver.

 
Représentations générales des costumes de l'armée entre 1814 et 1859.

La conquête de l'Algérie par la France en 1830 met un terme définitif aux attaques de pirates barbaresques sur les côtes du Royaume (mais il reste d'autres pirates dans la Méditerranée, notamment grecs).

En 1831, âgé de 35 ans, Giuseppe Serafino épouse Lucrezia, fille d’un certain Pietro Descalsi.
Le 9 octobre 1831, naissance de leur fils Andrea Serafino ("Andrea" comme son grand-père paternel, "Serafino" comme son père, pour le distinguer de l'Andrea fils de Giuseppe).

Évocation de Nice en 1830, par Édouard Corinaldi (Souvenirs de Nice (1830-1850), 1901) :

Nice, en 1830, était loin d'être la grande et magnifique ville qu'elle est devenue depuis. (...) Sa population, banlieue comprise, n'était guère que de 30 000 âmes.
Sa renommée commençait à peine. Elle n'était fréquentée que par un nombre assez restreint de familles anglaises. Les touristes francais lui préféraient Hyères, qui était loin de l'égaler, mais où ils pouvaient se rendre sans sortir de France. Elle était à peu près inconnue aux voyageurs des autres pays.
On n'y voyait ni somptueuses villas, ni jardins de luxe artistement dessinés et remplis de plantes exotiques. Mais sa beauté, pour ne rien devoir qu'à la nature, ne s'en faisait pas moins sentir.(...)
Trois rues dataient du XVIIIe siècle : la rue du Gouvernementm aujourd'hui rue de la Préfecture ; la rue du Pont-Neuf, aujourd'hui rue du Palais ; la rue Sainte-Francois-de-Paule, qui n'a point changé de nom. Toutes les autres remontaient
à des dates plus anciennes; elles étaient étroites, sinueuses, mal pavées, assez pauvrement éclairées par quelques réverbères à huile placés de loin en loin, que, par économie, l'administration paternelle de ces temps avait bien soin de ne pas allumer les nuits de pleine lune.
Pour le balayage de la poussière elle s'en fiait aux vents, et s'inquiétait fort peu des lois de l'hygiène. Mais quelle joie, quel entrain animait la vieille cité !... Quel bonheur d'y vivre, et quelle joyeuse insouciance de l'avenir on y lisait sur tous les visages !...
Cette gaieté, cette insouciance avaient une double raison d'être. D'abord à cette époque Nice, petite ville de 30,000 âmes, possédait plusieurs industries qui, jointes à son commerce d'huile et à la culture de son sol, pouvaient suffire à faire subsister ses habitants. (...) En second lieu, de 1814 à 1848, la vie était à Nice d'un bon marché dont on n'a pas l'idée aujourd'hui.
Chaque bourgeois, un peu aisé, avait sur la colline quelques setérées de terre plantées d'oliviers. L'huile qu'il en tirait servait pour une part à sa consommation ; il vendait le reste et s'en constituait un revenu dont l'importance était proportionnée à celle de la terre.

En outre, il avait en général, soit à Saint-Roch, qui était alors le centre principal des jardins maraîchers, soit dans la plaine qui s'étendait entre la colline de Saint-Etienne et celle de Cimiez, un enclos plus ou moins vaste qui lui donnait des oranges et des légumes. Il vendait les premières et les vendait très bien ; car, moins douces que les oranges d'Espagne, les oranges de Nice se conservaient en revanche beaucoup plus longtemps, et c'était une qualité précieuse au temps où l'on ne pouvait les transporter que par le roulage. Quant aux légumes, une part servait à la nourriture du maître et à celle du métayer; le surplus était vendu à l'unique marché de la ville, établi autour de l'église Sainte-Réparate. Tout cela constituait de petits revenus qui, vu le bon marché de la vie et les goûts simples des Niçois, suffisaient à les faire vivre surtout quand ils avaient la chance d'y joindre le salaire de quelque emploi. (...)
Nice étant port franc, toutes les marchandises étrangères nous y arrivaient sans droits, et s'y vendaient au plus bas prix.
Quant aux produits du sol, presque tous étaient obligés de s'y vendre sur place, vu la lenteur et l'insuffisance des moyens de transport. Ils s'y donnaient presque pour rien. Aussi notre pays était-il, dans ces temps heureux, un vrai pays de cocagne !... (...)
Passons maintenant à la question des loyers. De 1830 à 1840, ils étaient fort peu élevés; mais ici il faut distinguer entre les villas ou appartements meublés destinés à la colonie étrangère, et les appartements loués vides aux indigènes.
Les premiers, meublés, il est vrai, avec une extrême simplicité, se livraient entre douze cents et deux mille cinq cents francs pour six mois, du 1er octobre au 30 avril suivant. Un petit nombre de villas plus vastes ou mieux meublées se louaient jusqu'à trois mille francs. (...)
Quant aux appartements loués vides aux indigènes, les prix variaient selon leur situation. Dans les quartiers réservés à la haute bourgoisie niçoise, tels que le quai du Midi, la rue Saint-François-de-Paule, la rue du Pont-Neuf et dans quelques maisons de la rue du Gouvernement, on pouvait avoir un appartement de huit ou neuf pièces au prix de cinq cents à sept cents francs par an, selon l'exposition et l'étage. Dans l'intérieur de la ville, sur la place Victor, aujourd'hui Garibaldi, dans la rue Ségurane, et sur le Port, on avait facilement le même nombre de pièces dans des prix variant entre deux cents et quatre cents francs par an.
Les gages courants d'une servante à tout faire étaient de six à huit francs par mois; ceux d'une femme de chambre, de douze à quinze francs; ceux d'un domestique homme, de quarante à soixante francs par mois.  (...)
De 1814 à 1850 il n'y avait guère à Nice qu'une promenade fréquentée et aimée par les Niçois de ces temps. Cette promenade était le cours Saleya, alors planté d'ormes magnifiques, et la Terrasse qui en était l'indispensable complément.
Les dimanches et jours de fête, la foule se tenait, pendant la journée, sous les épais ombrages du Cours, et remplissait l'après-midi les nombreux cafés qui se trouvaient sous la Terrasse. Il y avait là le café Royal, fréquenté surtout par les officiers et la noblesse du pays, le café Américain, le café du Commerce et tant d'autres, qui avaient pour clients la haute et la moyenne bourgeoisie. Dans tous ces établissements on avait alors une tasse de café pour trois sous, une glace pour quatre sous.
C'est au centre du Cours, en face du palais du Gouvernement, que jouait la musique militaire, la seule que nous eussions alors à Nice.
L'après-midi, lorsque le soleil commençait à descendre vers l'horizon, l'on montait sur la Terrasse. C'est de cette promenade-là surtout que les Niçois étaient fiers !... La Terrasse était pour eux la huitième merveille du monde !... (...)
Après tout, cette promenade originale méritait bien leur admiration. On s'y trouvait presque au sortir de chez soi. On y humait à pleine poitrine, tout comme sur le pont d'un navire, l'air fortifiant de la mer. On y jouissait d'une vue splendide. Elle tenait de la promenade et du salon. Les dimanches d'été, de cinq à huit heures du soir, toutes les familles un peu notables du pays s'y trouvaient réunies et s'y revoyaient avec plaisir. (...)
Vers huit heures, la foule commençait à s'éclaircir. A huit heures et demie il n'y avait plus personne, chacun était allé s'attabler au souper familial, après quoi chacun regagnait son lit, et s'endormait du sommeil du juste. 

Choléra et Consiglio d'ornato

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b3/Armoiries_Sardaigne_1831.svg/200px-Armoiries_Sardaigne_1831.svg.png?uselang=fr1831-1849 : règne de Charles-Albert (1798-1849), 7e roi de Sardaigne, cousin éloigné des précédents. Sur le portrait officiel ci-contre, il est représenté devant le port de Nice, où l'on distingue la statue de son prédécesseur Charles-Félix.

Entre 1829 et 1837, une épidémie de choléra se propage dans le monde entier. Originaire de la vallée du Gange, la maladie a commencé à se répandre vers l'ouest en 1817 ; elle est apparue en Russie en 1830, à Berlin en 1831.
En octobre 1831, le gouvernement sarde commence à s'inquiéter et prend des mesures préventives. Le choléra se propage en France en 1832 et arrive donc aux portes de Nice. Globalement, la ville sera épargnée, mais un certain nombre de cas vont tout de même se déclarer.

Pour faire face au développement un peu anarchique des constructions, et pour prévenir les risques sanitaires dans ce contexte d'épidémie, le roi Charles-Albert approuve en 1832 la création d'un conseil d'urbanisme (sur le modèle de celui qui existe à Turin), le Consiglio d'Ornato, dont la mission consistera à définir un plan régulateur et à assurer sa mise en œuvre. Les principaux périmètres d'interventions vont être : sur la rive gauche du Paillon, les quais, la place Victor (future Garibaldi) avec la chapelle du saint Sépulcre, et le port Lympia ; sur la rive droite, la place Masséna, le faubourg de la Croix de marbre, l'endiguement du Paillon en aval du pont Neuf, le Jardin public et la promenade des Anglais.

Vers 1832, une place en demi-cercle se forme dans l'axe du pont Neuf, sur la rive gauche. Elle prend le nom de Charles-Albert. En face, côté faubourg, les terrains appartiennent à la famille Tiranty ; le Consiglio d'Ornato y prévoit la construction d'une place symétrique (elle deviendra en fait quadrangulaire : c'est l'actuelle place Masséna).

En 1833, naissance de la fille de Serafino et de Lucrezia : Anna Maria. (Elle épousera Jean-Baptiste Pognaire, fils d’Antoine Pognaire et de Françoise Masse.)

L'année 1834 est marquée par la panique face à l'approche du choléra. À l'automne, tous les navires venant de l'étranger (notamment de France) sont mis en quarantaine, et les frontières terrestres sont fermées :

Le choléra, mal encore peu connu, inspirait alors une grande épouvante. Ces craintes étaient, paraît-il, partagées à un haut degré par la Cour de Turin. Vers la fin de l'été de l'an 1834, le bruit courut que des cas de choléra étaient signalés en Provence. Ce bruit qui ne devait que trop se réaliser l'année suivante, était alors prématuré. Cependant le cabinet sarde le tint pour vrai, et résolut de mettre le royaume à l'abri du fléau, en cessant tout rapport avec nos provinces méridionales.
Dès le 11 septembre 1834, tous les navires venant de nos ports méditerranéens furent soumis à une quarantaine rigoureuse, ce qui arrêta net les relations maritimes entre les deux pays.
Quant aux rapports internationaux par la frontière de terre, ce fut bien une autre affaire. Les voyageurs qui nous arrivaient de France par le pont du Var, ne furent pas soumis à une quarantaine quelconque; ils furent simplement repoussés.
Ni paysan, ni touriste, personne en un mot, ne put plus venir de Saint-Laurent à Nice, et pour empêcher quelque audacieux de traverser le Var à gué, des sentinelles furent placées de distance en distance le long du fleuve, avec ordre de faire feu sur l'imprudent qui eût osé tenter l'aventure.
Ces mesures radicales firent cet hiver-là le plus grand mal à Nice, mais nous fûmes garantis des atteintes du choléra qui ne nous menaçait pas encore.
Pour remercier la sainte Vierge de cette faveur, on décida conformément au voeu émis par nos consuls en 1832 de lui élever une église.
Ce qu'il y a de piquant, c'est que la construction commencée était à peine au niveau du sol lorsqu'en juillet 1835 le choléra fit sa première apparition à Nice, et y enleva de 200 à 220 personnes.

(Ici il faut relater un fait important dans notre histoire, car il fut cause de la fortune de Cannes. J'ai dit que dans ce triste hiver, tous les voyageurs étaient arrêtés au pont du Var et forcés de rebrousser chemin. Parmi eux se trouva Lord Brougham. Repoussé comme les autres, il insista cependant, et fit savoir au Gouverneur que lui, Lord Brougham, demandait à entrer à Nice et à y passer l'hiver. Le Gouverneur rejeta sa demande. Lord Brougham dut rebrousser chemin. Vivement froissé, il se retira alors à Cannes, y bâtit une villa à laquelle il donna le nom de sa fille Louisa, et se promit de faire, de cette petite localité, jusque-là sans avenir ni importance, la florissante rivale de Nice. Il faut bien reconnaître qu'en grande partie il y a réussi. )
(Édouard Corinaldi, Souvenirs de Nice (1830-1850), 1901)

En 1835, naissance de Pierre, fils de Serafino et de Lucrezia.

Le 16 juillet 1834, un incendie se déclare dans l’ancienne église Saint-Jacques, succursale du Gesù. Pour participer à l'effort de restauration, un paroissien, le comte Alexandre Michaud, fait don d'un tableau pour remplacer celui qui a été détruit dans l'abside et commande des ornements afin de réparer les dégâts causés dans le chœur. Son frère, Étienne Michaud, est consul de Russie à Nice. Ingénieur militaire, Alexandre a quitté Nice lors de l'invasion française et a fait la guerre de 1792-1796 en montagne ; après l'armistice de Cherasco, il s'est engagé dans l'armée russe pour continuer la résistance avec les Alliés et il est devenu aide de camp d'Alexandre Ier ; lors des négociations du Traité de Paris en 1814, il est intervenu pour obtenir la restauration complète des États de Savoie ; puis il s'est retiré à Turin pour s'y consacrer à des missions diplomatiques. Le tableau qu'il offre à la paroisse est une Annonciation du peintre russe K.A. Chevelkine (portraitiste du tsar Alexandre Ier) qui lui a été offerte par le Tsar. Dès lors, l'église est placée sous le vocable de l'Annonciation. Mais elle reste désignée populairement par la métonymie de chapelle Sainte-Rita.

   
L'église de l'Annonciation (ex-paroissiale Saint-Jacques), avec le tableau de Chevelkine offert par Alexandre Michaud.
 

La descendance de Joseph

Mort en 1824, Joseph n’aura pas vu le mariage de ses enfants, dont la plupart vont mourir pendant les années de choléra.

Le fils aîné, Andrea, meurt en octobre 1835 à l'âge de 22 ans.

Depuis 1834, la Marine sarde commence à s'équiper de bateaux à vapeur. Mais si les navires du port de Gênes commencent à partir pour l'Amérique du Sud (et bientôt pour l'océan Pacifique, par le cap Horn, à partir du milieu des années 1840), l'activité du littoral niçois se réduit essentiellement à du commerce de proximité.
Andrea Cagnoli, père de Giuseppe, est garde sanitaire. Il est donc en charge de la surveillance des navires entrant à Nice ou à Villefranche, afin de prévenir la propagation d'éventuelles maladies contagieuses. Les équipages et marchandises concernés sont mis en quarantaine au lazaret. À cet égard, ces années de choléra sont particulièrement critiques. À partir de 1834, les mesures de quarantaine sont renforcées, en particulier pour tout ce qui provient de France (surtout depuis que celle-ci entretient des échanges réguliers avec l'Algérie). Elles deviennent systématiques à l'automne.
L'été suivant (1835), des cas se déclarent aux bagnes de Villefranche et de Nice.

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Les bagnes de Villefranche (1744) et de Nice (1770). Le royaume dispose de 3 autres bagnes : à Savone, à Gênes et sur l'île de la Capraia.

Pendant l'été 1837 (30 juillet, 31 août et 1er septembre), des crues exceptionnelles sortent le Paillon et les vallons de leurs lits, causant de grands dégâts dans les campagnes niçoises et dans certains quartiers.

Dans la nuit du 6 janvier 1839, le garde-sanitaire Andrea meurt au lazaret de Villefranche.
Conformément à l'usage, on l'enterre directement au lazaret, pour ne pas risquer de contaminer la ville en y apportant son corps.

 




Le Lazaret de Villefranche (avec une escadre impériale russe dans la rade, sans doute dans des années 1850-1860).
 
Curieusement, l'amiral Giorgio Des Geneys, hospitalisé à Gênes au début du mois, meurt dans la soirée du 8.

Quelques mois plus tard, décès de la fille aînée de Giuseppe et de Serafina, Emilia, épouse de Pierre Bouchon, âgée de 27 ans.

En 1840, on retrouve à Nice un camarade d'exil, qu'on avait aperçu lors des années passées dans le port de Gênes : Niccolò Paganini. L'anecdote mérite d'être rapportée. Pendant un séjour en France, Paganini a contracté des dettes, mais surtout le choléra. Réfugié à Nice pour fuir la justice française, il va succomber à la maladie. Il est hébergé par le comte Spitalieri de Cessole, président du Sénat de Nice, au 23 rue du Gouvernement (aujourd'hui rue de la Préfecture), où il meurt le 27 mai 1840. Comme il n'a pas eu le temps de recevoir les derniers sacrements et que l'on craint que son talent résulte d'un pacte conclu avec le diable, l'évêque de Nice, monseigneur Galvano, refuse de l'enterrer. Le comte de Cessole prend alors l'initiative de faire embaumer le corps et de le conserver dans sa cave. Il faudra plusieurs années et une intervention du Pape pour que la dépouille puisse être acheminée jusqu'à Gênes. Finalement, en 1876, après de nombreux rebondissements et bien des sépultures provisoires, le corps sera transporté à Parme et inhumé officiellement. En 1891, après la réhabilitation religieuse et l'inhumation de Paganini, une plaque est posée au 23 rue du Gouvernement. (Et ce n'est pas la fin des péripéties pour le cadavre, mais il faut bien arrêter cette parenthèse quelque part.)


La dépouille de Paganini emportée discrètement du Lazaret de Villefranche dans la nuit du 15 août 1843 (gravure imprimée dans la revue L'Illustration en 1854).

Le jeune menuisier Spirito, cadet de Giuseppe et Serafina, meurt à 20 ans en 1841.

En 1842, Gioan Battista épouse Antoinette Ricordi. Mais il meurt dès 1844, à l'âge de 25 ans.

Antonio Cagnoli est le seul de sa fratrie à survivre à ces années funestes, avec sa mère et sa grand-mère paternelle. Il devient ébéniste. En 1845, le 19 janvier, il épouse Maddalena Chauvet (il a 30 ans, elle en a 21).
Maddalena est la fille du maître teinturier Pietro (Pierre Chauvet, d'un père originaire d'Aix-en-Provence) et de Giuseppa Mascarèu (d'une famille de vermicelliers niçois de lointaine origine piémontaise). Baptisée à Ste-Réparate, elle a grandi à la porte 27 de l’îlot 44 (entouré par les Bastions, la rue Centrale, la rue du Collet et une actuelle impasse de la place Saint-François), avec ses frères Louis et Pierre (7 ans), et sa grande sœur Françoise.
Dans les annuaires niçois de 1845-1846, aucun Cagnoli n’est référencé. Antonio et son oncle Séraphin ne sont donc pas patrons, ils sont vraisemblablement employés par un menuisier ou un ébéniste, par exemple un de ces maîtres marqueteurs dont l'activité se développe depuis les années 1820.

La mère d'Antonio, veuve de Giuseppe, meurt le 20 décembre 1846 (maison Martini, paroisse St-Jacques).


Ébénistes et marqueteurs dans l'Encyclopédie de 1765.

Au cours des dernières décennies, on a assisté à la fois à une épidémie de choléra qui a fait des dégâts dans la Vieille Ville et à l'extension de Nice vers la rive droite du Paillon sous le contrôle du Consiglio d'Ornato. Pour un jeune ébéniste comme Antoine qui cherche un logement où s'établir avec sa jeune épouse et fonder une famille, c'est désormais vers cette ville nouvelle qu'il faut se tourner, pour des raisons à la fois sanitaires et économiques.
=> Nice, faubourgs Saint-Jean-Baptiste et Croix-de-Marbre


C
arte d'état-major des États-Sardes (années 1850).


        
À gauche, vétérans et invalides de l'armée sarde.
Au centre : frégate sarde affrontant une tempête dans l'océan Atlantique, par le peintre et marin Chéri Dubreuil (1828-v.1880) [Gênes, Musée de la Mer].
À droite, 
uniforme de l'équipage des navires sardes dans les années 1840.


Sources :
Archives départementales des Alpes-Maritimes
Archives familiales
Édouard CORINALDI, Souvenirs de Nice (1830-1850), 1901.
Pierangelo MANUELE, Il Piemonte sur mare - La Marina sabauda dal Medioevo all'unità d'Italia, Edizioni L'Arciere, Cuneo, 1997.
Enrico RICCHIARDI, Le bandiere di Carlo Alberto (1814-1849), Editrice Il Punto, Torino, 2000.
Federico BONA : Bandiere e uniformi sabaude

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